Matthieu 28:18
Le texte
Sur une montagne de Galilée, onze hommes attendent. Ils voient Jésus, ils se prosternent, et pourtant le texte ajoute cette petite phrase qui refuse de s'effacer : « mais quelques-uns doutèrent ». C'est alors que Jésus s'avance vers eux et prononce une déclaration qui n'est ni une consolation ni une explication, mais une revendication : « Toute autorité m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. » Avant d'envoyer qui que ce soit, Il dit d'abord qui Il est devenu.
Le cœur
Remarquez ce que Jésus ne dit pas. Il ne dit pas : « J'ai vaincu la mort, réjouissez-vous. » Il ne dit pas : « Voyez, j'avais raison. » Il parle en termes de pouvoir, de juridiction, de domaine. Le verbe grec est un passif, edothè, « elle m'a été donnée ». L'autorité n'est pas arrachée, elle est reçue. Le Fils ne s'est pas emparé du trône ; le Père le Lui a remis, à Lui, le crucifié, celui dont le corps portait encore les marques des clous. Voilà le cœur théologique : le gouvernement de l'univers repose désormais entre les mains d'un homme qui a été torturé à mort par les autorités de ce monde. La croix n'a pas été un accident sur la route du règne. Elle en était le chemin.
Le fil conducteur
Depuis Genèse, l'Écriture raconte une autorité confiée puis trahie : l'homme reçoit la terre, la perd, et les royaumes se succèdent en se dévorant. Daniel avait vu en vision quelqu'un « comme un fils d'homme » recevoir domination et royaume de la part de l'Ancien des jours, et c'est précisément le vocabulaire que Jésus reprend ici, sur une montagne, devant onze pêcheurs. Ce que Daniel avait entrevu dans le ciel se dit maintenant à voix haute dans un champ de Galilée. Et notez le renversement du désert : Satan avait offert à Jésus « tous les royaumes du monde » au prix d'un seul acte d'adoration détournée. Jésus a refusé le raccourci. Ce qu'Il reçoit ici du Père, Il l'a reçu en obéissant jusqu'au bout.
Le miroir
Nous croyons volontiers que Jésus a autorité sur nos âmes, et beaucoup moins sur nos agendas. « Dans le ciel » ne nous coûte rien ; « sur la terre » touche le budget, le contrat de travail, la manière dont vous parlez de votre collègue dans la voiture, ce que vous faites de votre corps fatigué, la peur qui vous serre quand le téléphone sonne à une heure inhabituelle. Si toute autorité Lui appartient, alors le patron qui vous humilie n'a qu'une autorité empruntée, provisoire, et le diagnostic du médecin n'est pas le dernier mot prononcé sur vous. Cela ne supprime pas la douleur. Cela la relativise, ce qui est bien plus dérangeant, car il faut alors cesser de vivre comme si les puissances visibles avaient le dernier mot.
Le personnage principal
« Et Jésus, s'approchant. » Ce détail est plus tendre qu'il n'y paraît. Le Souverain de l'univers vient de dire qu'Il détient tout pouvoir, et Son premier geste est de réduire la distance avec des hommes dont certains hésitent encore. Il ne les convoque pas au pied de la montagne, Il ne les fait pas trembler comme les gardes du sépulcre, devenus « comme morts » de frayeur. Il approche. Ceux qui L'ont abandonné, Il les appelle « mes frères » dès le matin de Pâques. Voilà le portrait : une autorité qui ne se prouve pas en écrasant, mais en s'avançant. Un roi dont le pouvoir sert à porter, enseigner, accompagner « tous les jours ». La toute-puissance a ici un visage, et ce visage vient vers vous.
Le profil
Matthieu écrit pour des croyants juifs qui vivent sous une double autorité écrasante : celle de Rome, avec ses légions et ses gouverneurs, et celle des chefs religieux de leur propre peuple, qui viennent précisément, quelques versets plus haut, d'acheter des soldats pour étouffer la nouvelle. Ces lecteurs savent ce que coûte de dire « Jésus est Seigneur » dans un empire où seul César porte ce titre. Quand ils entendent « toute autorité », ils entendent une contestation politique, pas une pieuse abstraction. Ils entendent aussi que le pouvoir de calomnier, de corrompre, de faire taire, est désormais surclassé. La rumeur payée circule encore « jusqu'à aujourd'hui », dit Matthieu avec amertume. Mais elle circule sous un ciel qui a changé de maître.
La question
Si toute autorité Lui a été donnée, pourquoi le monde ressemble-t-il si peu à un territoire gouverné ? Les enfants meurent, les tyrans prospèrent, l'Église se déchire. Le texte ne répond pas. Il place simplement l'affirmation d'un règne total à côté du doute de quelques-uns, sans corriger ni l'un ni l'autre. Peut-être est-ce là l'honnêteté de Matthieu : le règne est réel et il est encore contesté, et nous vivons dans cet intervalle inconfortable. Ce que le texte refuse, c'est de nous laisser conclure que l'absence de preuve visible est une absence de pouvoir. Jésus ne démontre rien sur cette montagne. Il déclare, et il envoie. La vérification est confiée à l'histoire, et à nous.
Réflexion
Sur quel terrain concret de votre vie de cette semaine reconnaissez-vous en pratique une autre autorité que la Sienne ?
Les onze se prosternent et doutent en même temps. Où en êtes-vous de cette coexistence, et osez-vous la nommer devant Lui ?
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Ce que la communauté partage sur Matthew 28
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci pour cet ange dont l'aspect était comme l'éclair et le vêtement blanc comme la neige. Tu n'as pas laissé le tombeau dans l'obscurité: tu y as envoyé ta lumière. Merci parce que ta gloire perce encore aujourd'hui mes matins les plus sombres.
« Et si cela vient aux oreilles du gouverneur, nous le persuaderons, et nous vous mettrons hors de souci. » Voilà des chefs religieux devenus gestionnaires de rumeurs. Ils ont un plan pour le gouverneur, un budget pour les soldats, une histoire pour la foule. Mais le tombeau reste vide. On peut acheter un silence, jamais étouffer une résurrection. Et toi, que cherches-tu à faire taire ce matin ?
Voici, moi je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation du siècle." Jésus vient de confier une mission immense: aller vers toutes les nations. Et juste avant que le poids ne t'écrase, Il glisse cette promesse.
Remarque qu'Il ne dit pas "je serai" mais "je suis". Aujourd'hui. Dans ta cuisine, dans ton bureau, dans ta solitude. Tous les jours, y compris celui que tu redoutes demain. La mission n'est jamais un envoi sans Lui, c'est une marche à Ses côtés.
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