Matthieu 5:16
Le texte
Jésus vient de dire à ces gens assis dans l'herbe, sur une montagne, qu'ils sont la lumière du monde, et qu'on n'allume pas une lampe pour la glisser sous un boisseau. Le verset 16 tire la conclusion : « Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, en sorte qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Trois mouvements en une phrase : une lumière qui brille, des regards qui se posent sur des actes visibles, et une louange qui monte, non vers celui qui brille, mais vers le Père. Rien n'est dit de la manière dont ce trajet s'accomplit. C'est peut-être là que le verset commence vraiment à nous travailler.
Le cœur
Remarquez l'étrange géométrie de la phrase : les hommes voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père. Logiquement, le regard devrait s'arrêter sur nous. Il ne s'arrête pas. Quelque chose, dans une vie ainsi vécue, renvoie ailleurs, comme un vitrail que personne n'admire quand le soleil le traverse. Voilà le cœur du royaume tel que Jésus le décrit depuis le début de ce sermon : il n'est pas un programme moral mais une lumière reçue. On ne devient pas lumière par effort ; Jésus dit « vous êtes », au présent, à des pauvres en esprit et à des affligés. La question qu'Il laisse ouverte est plus inquiétante que rassurante : à quoi ressemble une bonté qui, vue par d'autres, ne parle pas de nous ?
Le fil conducteur
La lumière n'est pas une image que Jésus improvise. Israël avait reçu la promesse d'être une lumière pour les nations, et Jérusalem, la ville élevée qu'on ne peut cacher, devait rendre visible sur terre le nom de Dieu. Cette vocation a surtout échoué. Et voici que Jésus la redonne, non à une institution ni à une capitale, mais à une poignée de gens assis dans l'herbe, dont Il vient de dire qu'ils sont pauvres, endeuillés, affamés de justice. La lumière du monde, plus tard, Il l'appliquera à Lui-même. Il y a donc là un ordre à respecter : ce n'est pas notre éclat qui se répand, c'est le Sien qui nous traverse. Le vitrail n'a jamais fabriqué son soleil.
Le miroir
Nous vivons entre deux peurs, et ce verset les touche toutes les deux. La première : être vu. Au bureau, dans la famille élargie, dans le groupe de parents d'élèves, il est plus simple de garder sa foi sous le boisseau, discrète, inoffensive, jamais assez visible pour coûter quelque chose. La seconde peur est l'inverse : être vu et aimer cela. Le service rendu qu'on mentionne l'air de rien, le don dont quelqu'un doit savoir, la fatigue qu'on affiche pour qu'elle soit comptée. Jésus ne résout pas cette tension pour nous ; Il la laisse ouverte, et c'est peut-être la seule façon de la traverser honnêtement. Alors, aujourd'hui : accomplissez un geste concret et visible pour quelqu'un de votre maison ou de votre travail, et n'en parlez à personne ce soir, à personne d'autre qu'au Père.
Le détail
« Bonnes œuvres » : en grec, le mot employé ici n'est pas celui du bien moral, du devoir accompli, mais kala, qui signifie aussi beau, attirant, séduisant à regarder. Des œuvres belles. Cela déplace tout. Une conduite irréprochable peut être froide, et une droiture peut repousser. Ce que Jésus décrit, c'est une bonté qui a de la lumière dedans, quelque chose devant quoi un incroyant s'arrête sans savoir pourquoi. Comment devient-on beau de cette manière-là ? Le texte ne le dit pas. Il dit seulement que cette beauté se voit, et qu'elle ne se fabrique pas plus qu'une lampe ne s'allume elle-même.
Le personnage principal
C'est ici, pour la première fois dans l'Évangile de Matthieu, que Jésus dit à des hommes : « votre Père qui est dans les cieux ». Le mot arrive discrètement, à la fin d'une phrase, et il change la couleur de tout le sermon. Le Dieu qui reçoit la gloire n'est pas d'abord juge, ni législateur, ni propriétaire ; Il est Père, et Il est votre Père. Ce que le monde doit finir par apercevoir à travers nos vies, ce n'est donc pas la performance de croyants exemplaires, mais le visage d'un Père. Il y a là quelque chose de vertigineux : Dieu accepte que Sa réputation passe par des gens comme nous.
L'intertexte
Un chapitre plus loin, Jésus dira presque le contraire : ne faites pas vos œuvres devant les hommes pour être vus d'eux. Les deux phrases ne s'annulent pas, elles se surveillent l'une l'autre. La différence n'est pas dans la visibilité, mais dans la direction du regard qu'on espère. Et plus loin encore, dans ce même chapitre, Jésus donne l'image qui éclaire tout : le Père « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons ». Voilà le modèle de la lumière chrétienne : elle ne choisit pas ceux qu'elle éclaire, elle ne se retire pas devant l'ingratitude. Elle se lève, simplement, comme le soleil du Père.
Réflexion
Où, cette semaine, ai-je maintenu ma lampe sous le boisseau, et de quoi avais-je peur exactement ?
Si quelqu'un observait ma vie de près pendant un mois, qu'aurait-il envie de glorifier : mon sérieux, ma compétence, ou le Père ?
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What strikes me most about the Sermon on the Mount is not the content but the listeners. No rabbis, no scribes, just fishermen and beggars and the sick. Jesus gave his deepest teaching to people nobody took seriously. That comforts me whenever I feel too small for the Kingdom again.
Père, tu vois mon cœur mieux que moi, ses recoins encombrés, ses désirs mélangés. Nettoie ce qui trouble mon regard, pour que je puisse enfin te reconnaître, dans le quotidien comme dans le silence. Rends mon cœur simple et vrai devant toi.
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