Apocalypse 1:8
Le texte
Après le cri d'attente du verset 7, une voix coupe la parole à Jean. Ce n'est plus le prophète qui parle de Dieu, c'est Dieu qui parle de Lui-même : « Moi, je suis l'alpha et l'oméga, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, et qui était, et qui vient, le Tout-puissant. » Une seule phrase, sans argument, sans démonstration. Dieu se nomme par les deux extrémités de l'alphabet grec, comme s'Il embrassait d'un seul geste tout ce qui peut être dit et écrit, puis Il se déploie en trois temps, présent, passé, avenir, et se scelle du titre de Souverain absolu. C'est la signature divine posée au bas de la lettre, avant même que l'histoire du livre ne commence.
Le cœur
Remarquez l'ordre étrange des trois temps : « celui qui est, et qui était, et qui vient ». Non pas était, est, sera. Dieu part du présent, parce que le présent est le lieu où Il se tient devant Ses assemblées persécutées, et Il ne dit pas « qui sera » mais « qui vient » : Son avenir n'est pas une durée qui s'étire, c'est une venue qui s'approche. Voilà pourquoi ce verset n'est pas de la métaphysique mais de la grâce. Le Dieu qui a commencé l'histoire au premier mot de la Genèse et qui la conclura au dernier mot de ce livre n'est pas prisonnier de Sa propre éternité : Il en sort, Il descend, Il vient. L'alpha et l'oméga tiennent ensemble création et salut, et entre eux deux, tout ce qui vous arrive aujourd'hui.
Le fil rouge
Ce titre ne tombe pas du ciel sans passé. Quand Dieu se présente à Moïse au buisson, Il refuse de se laisser enfermer dans un nom et se déclare simplement Celui qui est. Et par la bouche d'Ésaïe, dans les chapitres où Israël exilé se demande si son Dieu n'a pas été vaincu par les dieux de Babylone, le Seigneur se nomme le premier et le dernier, précisément pour dire qu'aucune puissance n'a existé avant Lui ni ne Lui survivra. Voilà l'arrière-fond. Mais voici le choc : neuf versets plus loin, la même bouche qui a été percée dit à Jean : « moi, je suis le premier et le dernier, et le vivant ; et j'ai été mort ». Le titre réservé au Dieu unique passe au Crucifié. L'alpha et l'oméga ont un corps, des cicatrices, et des clés à la main.
Le miroir
Nous vivons entre des dates. La visite chez le médecin, la fin du contrat, l'âge de nos parents, la case vide sur l'agenda de septembre. Notre angoisse la plus tenace n'est pas philosophique, elle est chronologique : nous ne savons pas ce qui vient, et nous compensons en essayant de tout tenir. Assurances, plans, projections, ce mécanisme mental qui recalcule sans cesse les scénarios à trois heures du matin. Ce verset ne vous promet pas que vous connaîtrez la suite. Il dit que la suite est déjà habitée. Quelqu'un se tient au bout de votre calendrier, et Il ne s'y trouve pas comme un juge qui vous attend au tournant, mais comme Celui qui vient vers vous. La foi consiste souvent à desserrer les doigts d'une main qui voulait être alpha et oméga de sa propre vie.
La question
Si Dieu est le Tout-puissant et qu'Il vient, pourquoi tarde-t-Il tant ? Jean écrit « le temps est proche », et vingt siècles ont passé. Les sept assemblées d'Asie ont disparu, certaines dans le sang, sans avoir vu la venue annoncée. Le texte ne s'excuse pas. Il ne dit pas que le temps de Dieu serait différent du nôtre, comme si cela consolait quelqu'un dont l'enfant vient de mourir. Il pose autre chose : Jean lui-même est « votre frère » qui a « part avec vous à la tribulation et au royaume et à la patience en Jésus ». Tribulation, royaume et patience dans le même souffle, sans hiérarchie. Le règne n'annule pas l'épreuve, il la traverse. Nous n'avons pas de réponse sur le délai. Nous avons une compagnie dans l'attente, et un Dieu qui a Lui-même connu la mort avant de tenir ses clés.
Le détail
« Le Tout-puissant » traduit un mot grec, pantokratôr, celui qui tient tout en main. Dans la Bible grecque, ce mot rendait le titre hébreu du Seigneur des armées, le Dieu entouré de ses troupes célestes. Ce n'est donc pas l'idée abstraite d'un être capable de tout, mais l'image d'un souverain à la tête de ses forces. Or ce mot revient neuf fois dans l'Apocalypse et presque nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament. Ce n'est pas un hasard : dans un livre où des bêtes montent de la mer et où le sang des témoins coule, il fallait ce vocabulaire militaire. Dieu ne se contente pas d'exister avant et après. Il commande.
Le profil
Imaginez de petites communautés dispersées dans les villes commerçantes d'Asie mineure, quelques dizaines de personnes par assemblée, tisserands, esclaves, artisans, sous un empire qui frappait sur ses monnaies l'éternité de Rome et qui appelait l'empereur seigneur et dieu. Refuser l'encens devant sa statue coûtait la clientèle, parfois la vie. À ces gens-là, Jean n'écrit pas d'abord des conseils de courage. Il leur fait entendre une voix qui dit : moi, je suis l'alpha et l'oméga, le Tout-puissant. Chaque mot était un démenti. Rome se croyait le commencement et la fin de l'histoire ; elle n'en était qu'un épisode. Celui qui tient réellement tout ne siégeait pas au Palatin. Il venait.
Réflexion
Quel morceau de votre avenir essayez-vous de tenir comme si vous en étiez l'oméga, et à quoi ressemblerait le fait de le remettre ?
Jean met ensemble tribulation, royaume et patience. Laquelle des trois refusez-vous le plus volontiers de reconnaître dans votre vie actuelle ?
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Ce que la communauté partage sur Revelation 1
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Père, tu es celui qui est, qui était et qui vient. Quand mes journées changent sans cesse, toi tu restes. Dépose en moi cette paix qui ne vient pas de mes forces, et garde mon cœur tourné vers toi, aujourd'hui et demain.
Ses pieds semblables à de l'airain brillant, comme embrasés dans une fournaise." Ces pieds ont connu le feu avant de te porter. Celui qui marche au milieu des assemblées n'ignore rien de la fournaise où tu te trouves. Et sa voix "comme une voix de grandes eaux" couvre enfin toutes celles qui t'accusent.
Merci, Seigneur Jésus, parce que ton retour n'est pas une vague idée: « Voici, il vient avec les nuées, et tout œil le verra. » Merci de ne pas revenir en secret, mais visiblement, devant tous. Cette certitude tient mon cœur debout dans les jours lourds.
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