Explication biblique

Ruth 1:5

Bible

Le texte

Dix ans après leur arrivée en Moab, les deux fils meurent à leur tour. Le verset ne dit rien de la cause, rien des funérailles, rien de la douleur. Il enregistre seulement un résultat : « et la femme resta, [privée] de ses deux enfants et de son mari ». Le nom de Naomi disparaît ; elle n'est plus qu'« la femme », définie par ce qui lui manque.

Le cœur

Le verbe hébreu employé ici, tishsha'er, veut dire « rester », « être laissé de reste ». C'est le mot du reste, celui qui survit quand tout le reste a été emporté : ce qui demeure après le déluge, après l'exil, après le jugement. Le narrateur ne dit donc pas seulement « elle devint veuve ». Il dit : elle est ce qui reste. Et il l'écrit dans un ordre étrange, à rebours de la chronologie : les enfants d'abord, le mari ensuite. C'est ainsi que la perte se raconte quand on la porte, non par ordre de calendrier mais par ordre de poids. Voilà où la Bible situe Dieu : non au-dessus de la catastrophe, mais dans le vocabulaire même du survivant.

Le fil rouge

Une femme vidée, dans un pays étranger, sans descendance : humainement, la ligne est coupée. Or cette ligne-là est précisément celle qui portera David, et par David le Messie. Le livre entier se joue entre ce verset et la généalogie qui le clôt. Il faut le dire sans adoucir : Dieu ne contourne pas le vide, Il travaille dedans. Le salut n'arrive pas malgré une histoire trouée, il passe par le trou. Bethléhem, la « maison du pain », a d'abord été une maison sans pain (verset 1) ; c'est de cette ville affamée que sortira le pain vivant. Le schéma est constant dans l'Écriture : la stérilité de Sara, la fosse de Joseph, le tombeau du vendredi.

Le miroir

Il y a un moment, dans certaines vies, où l'on cesse d'être appelé par son prénom pour être désigné par sa perte : la veuve, le père du petit qui est mort, celui qui a perdu son entreprise. Naomi connaît cela au verset 5, et elle le ratifiera elle-même au verset 20 : « Ne m'appelez pas Naomi, appelez-moi Mara ». Si vous êtes là, notez que le texte ne vous presse pas de tourner la page. Il ne dit pas « elle fit confiance ». Il dit qu'elle resta. Et si vous n'êtes pas là, mais assis à côté de quelqu'un qui y est, apprenez du narrateur : il ne commente pas, il ne console pas trop vite, il compte les morts et il laisse le silence tenir un verset entier.

Le profil

Les premiers auditeurs entendaient dans « les champs de Moab » autre chose qu'un lieu géographique. Moab était né d'un inceste dans la grotte de Tsoar, avait refusé le pain et l'eau à Israël au désert, et la Loi excluait ses descendants de l'assemblée du Seigneur. Partir vivre là quand Bethléhem a faim, c'était déjà limite ; y marier ses fils, c'était franchir la ligne. Un auditeur israélite, arrivé au verset 5, hoche donc la tête : voilà, on sait comment ça finit. Ces deux morts ressemblent trop à une sanction pour qu'on n'y pense pas. Le livre laissera cette lecture ouverte sans jamais la confirmer, et il fera venir d'une de ces belles-filles moabites l'arrière-grand-mère du roi.

L'intertexte

Trois échos travaillent ce verset. D'abord Job : lui aussi perd ses enfants en bloc, dans un récit qui refuse d'expliquer. Naomi dira au verset 13 que « la main de l'Éternel s'est étendue contre moi », très exactement le langage de Job, et le livre ne la contredira jamais. Ensuite Genèse 38 : Juda perd lui aussi ses deux fils, mariés à une femme étrangère, et de cette impasse naîtra Pérets, ancêtre de Boaz. Le lecteur qui connaît Tamar reconnaît le motif et devine qu'une histoire se rouvre. Enfin Matthieu 1 : Rahab, Ruth, la femme d'Urie. Les femmes étrangères et endeuillées ne sont pas des exceptions dans la lignée du Christ, elles en sont la colonne vertébrale.

La question

Dieu a-t-il tué Machlon et Kilion ? Le texte ne le dit pas, et cela devrait nous rendre prudents. Mais il ne le nie pas non plus, et il laisse Naomi accuser le Tout-Puissant sans jamais la reprendre. Nous voudrions un des deux : ou bien une explication morale (ils ont désobéi, voilà le prix), ou bien une innocence claire (Dieu n'y est pour rien). L'Écriture nous refuse les deux et nous laisse avec un Dieu dont la main est réellement dans l'histoire, y compris là où cela fait mal, sans que nous ayons le droit de convertir cela en comptabilité. Ce que le livre offre à la place d'une explication, c'est une suite : le verset 6, l'orge, un rachat. Pas une réponse. Une continuation.

Réflexion

Par quel nom vous désignez-vous en ce moment : par votre prénom, ou par votre perte ?

Où, dans votre entourage, quelqu'un attend-il non une explication mais quelqu'un qui reste assis à côté de lui, comme le narrateur reste avec Naomi avant de la remettre en route ?

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Questions fréquentes sur Ruth 1:5

Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.

Que signifie Ruth 1:5 ?
Dix ans après leur arrivée en Moab, les deux fils meurent à leur tour. Le verset ne dit rien de la cause, rien des funérailles, rien de la douleur. Il enregistre seulement un résultat : « et la femme resta, [privée] de ses deux enfants et de son mari ». Le nom de Naomi disparaît ; elle n'est plus qu'« la femme », définie par ce qui lui manque.
De quoi parle Ruth 1:5 ?
Le verbe hébreu employé ici, tishsha'er, veut dire « rester », « être laissé de reste ». C'est le mot du reste, celui qui survit quand tout le reste a été emporté : ce qui demeure après le déluge, après l'exil, après le jugement. Le narrateur ne dit donc pas seulement « elle devint veuve ».
Quel est le contexte historique de Ruth 1:5 ?
Une femme vidée, dans un pays étranger, sans descendance : humainement, la ligne est coupée. Or cette ligne-là est précisément celle qui portera David, et par David le Messie. Le livre entier se joue entre ce verset et la généalogie qui le clôt. Il faut le dire sans adoucir : Dieu ne contourne pas le vide, Il travaille dedans.
Que nous enseigne Ruth 1:5 sur le caractère de Dieu ?
Il y a un moment, dans certaines vies, où l'on cesse d'être appelé par son prénom pour être désigné par sa perte : la veuve, le père du petit qui est mort, celui qui a perdu son entreprise. Naomi connaît cela au verset 5, et elle le ratifiera elle-même au verset 20 : « Ne m'appelez pas Naomi, appelez-moi Mara ».
En quoi Ruth 1:5 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Les premiers auditeurs entendaient dans « les champs de Moab » autre chose qu'un lieu géographique. Moab était né d'un inceste dans la grotte de Tsoar, avait refusé le pain et l'eau à Israël au désert, et la Loi excluait ses descendants de l'assemblée du Seigneur.
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Réflexion Éditorial le verset 5

« Et la femme resta, privée de ses deux enfants et de son mari. » Remarque l'ordre des mots : d'abord ce qu'elle a perdu, puis ce qui reste. Elle. Noémi est encore là, vivante, debout dans un pays étranger. Parfois survivre au deuil ressemble à une punition. Pourtant c'est de ce reste-là que Dieu va tout recommencer.

Réflexion Éditorial le verset 7

« Et elle sortit du lieu où elle était, et ses deux belles-filles avec elle; et elles se mirent en chemin pour retourner dans le pays de Juda. »

Trois veuves sur une route. Rien n'est encore décidé, personne ne sait qui ira jusqu'au bout. Parfois il faut d'abord sortir du lieu où l'on est, sans garantie, avant de savoir qui marchera vraiment avec toi. Et toi, quel lieu gardes-tu encore alors que Dieu t'appelle ailleurs ?

Prière Éditorial le verset 18

Père, donne-moi le cœur de Ruth, décidé, qui ne recule pas quand le chemin devient incertain. Que mon oui te soit ferme, même sans garanties, même quand les autres cessent de me questionner. Je choisis de te suivre, aujourd'hui encore.

Réflexion Éditorial le verset 3

« Et Élimélec, mari de Noomi, mourut; et elle resta, elle et ses deux fils. » On part en Moab pour sauver sa famille de la famine, et c'est là qu'on enterre son mari. Le pays qui promettait du pain a pris davantage qu'il n'a donné. Noomi « resta », seule dans une terre qui n'était pas la sienne. Peut-être connais-tu ce silence-là.

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