1 Samuel 2:7
Le texte
Anne, au milieu de son cantique, prononce une phrase d'une brutalité tranquille : « L'Éternel appauvrit et enrichit ; il abaisse, et il élève aussi. » Deux paires de verbes, quatre mouvements, un seul sujet. Ce n'est pas une observation sur les hasards de la vie économique ni un proverbe sur la roue de la fortune : c'est une confession sur Celui qui tient la roue. La femme qui parle vient de rendre son fils unique au sanctuaire de Silo. Elle sait ce que veut dire être vidée, et elle sait aussi ce que veut dire être remplie, et elle refuse d'attribuer l'un au malheur et l'autre à Dieu. Les deux viennent de la même main.
Le cœur
Ce verset abolit la répartition confortable que nous faisons entre un Dieu responsable de nos élévations et des circonstances responsables de nos effondrements. Le verbe hébreu traduit par « appauvrit », yarash au causatif, signifie littéralement déposséder, retirer l'héritage : Dieu peut reprendre ce qu'Il a donné en héritage. Anne le place dans la même phrase, sans transition, que l'enrichissement. Le verset précédent est encore plus rude : « L'Éternel fait mourir et fait vivre ». Il n'y a ici aucun second pouvoir, aucun adversaire qui expliquerait le côté sombre. La grâce n'est pas la moitié agréable d'un partage entre deux forces, elle est la disposition d'un Dieu unique dont les mains font les deux. Et c'est précisément ce Dieu-là, non un Dieu partiellement souverain, qui peut être appelé « rocher ».
Le fil conducteur
Anne chante devant le sanctuaire de Silo, et huit siècles plus tard une jeune femme de Nazareth reprend presque note pour note la même mélodie : les puissants renversés, les affamés rassasiés, l'humble relevé. Marie n'invente pas son Magnificat, elle hérite de celui d'Anne. Ce qui relie les deux cantiques, ce n'est pas seulement le vocabulaire, c'est un enfant donné. Et la phrase d'Anne trouve son point d'aboutissement dans Celui qui s'est laissé appauvrir jusqu'à la croix avant d'être élevé. Le mouvement descendant puis ascendant du verset 6, descendre au shéol et en remonter, cesse d'être une figure de style le matin de Pâques. Anne chante sans le savoir la logique même du salut.
Le miroir
Ce verset dérange surtout ceux d'entre nous qui réussissent. Tant que la courbe monte, nous parlons volontiers de bénédiction ; quand elle descend, nous parlons de conjoncture, de malchance, d'injustice. Anne refuse ce partage. Elle nous prive de la fiction selon laquelle notre salaire, notre santé, notre réputation professionnelle seraient des acquis dont nous serions les propriétaires. Ils sont des prêts. Et si vous êtes du côté de l'appauvrissement en ce moment, le poste perdu, le corps qui lâche, le compte qui se vide, ce verset ne vous dit pas que tout va s'arranger : il vous dit que vous n'êtes pas tombé hors de la portée de Sa main. Aujourd'hui : écrivez sur un papier le bien dont vous parlez le plus spontanément comme « le mien », puis lisez ce verset à haute voix en tenant ce papier.
Le personnage principal
Les quatre verbes n'ont qu'un seul sujet : l'Éternel. Pas de circonstances, pas de destin, pas d'ennemi caché. Le portrait de Dieu qui se dégage est celui d'une liberté totale, et cette liberté est déstabilisante avant d'être consolante. Ce Dieu ne fonctionne pas comme un distributeur qui rendrait la monnaie de notre piété. Mais Anne ne parle pas d'un souverain froid : deux versets plus loin, ce même Dieu se penche vers la poussière et le fumier pour asseoir un misérable parmi les nobles. Sa souveraineté a une direction, elle penche vers le bas. Il n'abaisse pas pour humilier, Il abaisse ce qui s'était élevé tout seul, et Il relève ce qui ne pouvait plus se lever.
L'intertexte
Job, dépouillé en un jour, dit la même chose avec d'autres mots : l'Éternel a donné, l'Éternel a ôté. Et le cantique de Moïse, en Deutéronome 32, contient déjà l'affirmation que reprend Anne au verset 6, faire mourir et faire vivre, comme la signature d'un Dieu sans rival. Mais une tension surgit dans ce chapitre même. Au verset 30, l'homme de Dieu déclare à Éli : « ceux qui m'honorent, je les honorerai ; et ceux qui me méprisent seront en petite estime. » Voilà une logique de réciprocité morale, posée à côté de la souveraineté libre du verset 7. L'Écriture ne résout pas la tension, elle la maintient : Dieu n'est ni prévisible ni arbitraire, et nos actes pèsent réellement devant Celui qui, dit Anne, pèse les actions.
Le détail
Remarquez l'ordre des verbes et le mot qui clôt la phrase. Anne aurait pu dire : Il élève et Il abaisse. Elle dit l'inverse. L'appauvrissement précède l'enrichissement, l'abaissement précède l'élévation, et le dernier mot est « aussi », une petite particule d'insistance qui fait pencher la balance du côté de la remontée. Le verset ne se termine pas sur une chute mais sur un relèvement. Ce n'est pas un cycle neutre où tout finit par s'équilibrer ; c'est une direction. Anne, qui a connu les années stériles avant Samuel, sait de quel côté la phrase doit se terminer. Elle range volontairement la douleur avant la joie, parce que c'est ainsi qu'elle l'a vécu, et parce que c'est ainsi que Dieu travaille.
Réflexion
Quelle part de ma vie ai-je discrètement classée hors de la souveraineté de Dieu, en l'attribuant à mon travail, à ma prudence ou à la malchance ?
Si l'abaissement précède l'élévation dans la phrase d'Anne, où suis-je actuellement dans cette séquence, et qu'est-ce que cela change à ma prière de ce soir ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Avant aussi qu'on fît fumer la graisse, le serviteur du sacrificateur venait, et disait à l'homme qui sacrifiait: Donne de la chair à rôtir pour le sacrificateur." Ils ne pouvaient même pas attendre que Dieu reçoive sa part. Leur faim passait avant sa gloire. Et toi, dans ta journée, qu'est-ce que tu prends avant de lui donner ce qui lui revient?
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« Et tu honores tes fils plus que moi. » Éli n'a rien pris sur l'autel de ses propres mains. Il a seulement laissé faire. Son affection pour ses fils est devenue plus forte que sa crainte de Dieu, et le silence a suffi. Qui, chez toi, ne reprends-tu jamais, parce que tu l'aimes trop pour risquer de le blesser ?
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