2 Corinthiens 2
Le Texte
Une lettre écrite « dans une grande affliction et avec serrement de cœur, avec beaucoup de larmes », un homme puni qu'il faut maintenant consoler, et puis, presque sans transition, une odeur. Paul explique d'abord pourquoi il a renoncé à revenir à Corinthe : il ne voulait pas d'une nouvelle visite dans la tristesse. Il demande ensuite à l'assemblée de pardonner à celui qui l'avait blessée, de « ratifier envers lui votre amour », pour que Satan ne prenne pas l'avantage. Puis il raconte son inquiétude à Troade, où une porte lui était ouverte mais où Tite manquait. Et il termine en rendant grâce à Dieu qui « nous mène toujours en triomphe dans le Christ », faisant de ses messagers une odeur, de vie pour les uns, de mort pour les autres.
Le Cœur
Ce chapitre place côte à côte deux choses que nous séparons volontiers : la discipline et la grâce. Corinthe avait puni un homme ; Paul dit maintenant : « Il suffit ». La sanction n'avait jamais pour but d'écraser, mais de restaurer, et le refus de pardonner devient à son tour un péché, une porte ouverte aux « desseins » de l'adversaire. Remarquez comment Paul fonde ce pardon : « à cause de vous dans la personne de Christ ». Le pardon de l'Église n'est pas une amabilité collective, c'est un acte posé dans l'espace du Christ, un prolongement du pardon reçu. Là où l'Évangile est réellement cru, la communauté ne peut pas se permettre la rancune : elle vivrait contre sa propre source. La grâce reçue devient obligatoirement grâce transmise.
Le Fil rouge
L'image de l'odeur n'est pas une jolie trouvaille. Dans l'Ancien Testament, l'odeur qui monte vers Dieu est celle du sacrifice : le feu consume l'offrande, la fumée s'élève, et le Lévitique répète que c'est un parfum agréable à l'Éternel. Paul dit : « nous sommes la bonne odeur de Christ pour Dieu ». Le sacrifice unique du Christ a un parfum, et ce parfum s'est répandu jusque dans des hommes fatigués qui traversent la Macédoine sans repos dans leur esprit. Le fil est direct : Dieu se plaît en Son Fils, et Il se plaît donc en ceux qui portent Son Fils. Ce qui monte de la vie de l'Église vers Dieu n'est pas sa performance, mais l'odeur d'un autre.
Le Miroir
Il y a probablement quelqu'un, dans votre paroisse, votre famille, votre équipe, qui a fait du mal et qui l'a payé. La question n'est plus s'il avait tort. La question est : allez-vous « pardonner et consoler », ou préférez-vous le laisser dans une « tristesse excessive » parce que cela vous donne raison plus longtemps ? Paul appelle cela un terrain de manœuvre pour Satan. Et il y a l'autre miroir, celui du verset 16 : votre présence de croyant n'est jamais neutre. Au bureau, à table lors des fêtes de famille, votre parole sur le Christ sentira la vie pour certains et la mort pour d'autres, et vous ne décidez pas lesquels. Cela guérit du besoin d'être apprécié par tout le monde.
Contexte
Paul écrit vers le milieu des années 50, depuis la Macédoine, à une Église portuaire riche, bavarde et fière de son éloquence. Entre la première lettre et celle-ci, il y a eu une visite douloureuse et une lettre dure, aujourd'hui perdue, qu'il évoque au verset 4. Son changement d'itinéraire lui a valu le reproche d'être instable : d'où ces explications minutieuses. À Corinthe circulaient des prédicateurs professionnels payés à la performance ; le verbe traduit par « frelatent la parole de Dieu » évoque le cabaretier qui coupe son vin d'eau. Paul revendique l'inverse : « comme de la part de Dieu, devant Dieu, nous parlons en Christ ». Et il avoue, sans pose héroïque, son angoisse à Troade quand Tite ne vient pas.
L'Intertexte
Dans la première lettre aux Corinthiens, chapitre 5, Paul avait exigé une exclusion sévère, pour que l'homme soit finalement sauvé. Lisez les deux textes ensemble et le malentendu tombe : la sévérité et la consolation viennent de la même main, avec le même but. Une Église qui ne sait que sanctionner, ou qui ne sait que tolérer, a perdu la moitié de l'Évangile. Et l'odeur double du verset 16 rejoint la parole du vieux Siméon sur l'enfant Jésus dans Luc 2 : Il est posé pour la chute et le relèvement de beaucoup. Le Christ n'est jamais une information inoffensive. Devant Lui on se lève ou on trébuche, et l'annonce de Son nom partage ceux qui l'entendent.
Le Détail
« Qui nous mène toujours en triomphe dans le Christ ». Le mot renvoie au triomphe romain : le général vainqueur monte la voie sacrée, l'encens brûle des deux côtés, et derrière son char marchent les prisonniers. Paul ne se met pas dans le char. Il est parmi les captifs, conduit par Celui qui l'a vaincu sur la route de Damas. Voilà pourquoi la même fumée d'encens signifie deux choses : pour le vainqueur et ses siens, la fête ; pour les condamnés, l'exécution qui approche. L'apôtre décrit donc son ministère comme une défaite heureuse, exhibée publiquement. Ses larmes, ses changements de plan, son insomnie à Troade ne contredisent pas le triomphe : ils en font partie. Le Christ triomphe en traînant Ses prisonniers à travers le monde.
Réflexion
Y a-t-il quelqu'un envers qui vous devez encore « ratifier votre amour », et qu'est-ce qui vous retient exactement ?
Si votre témoignage est une odeur et non un argument, qu'est-ce que cela change à la manière dont vous parlez du Christ à ceux qui ne veulent pas l'entendre ?
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Une porte ouverte, et pourtant il s'en va. « Or, étant arrivé dans la Troade pour l'évangile du Christ, et une porte m'étant ouverte dans le Seigneur, je n'ai point eu de repos dans mon esprit, parce que je n'ai pas trouvé Tite, mon frère. » Paul n'était pas une machine à missions. L'absence d'un ami lui pesait. Et toi, qui te manque aujourd'hui au point de troubler ton travail ?
Paul écrit plutôt que de venir, parce qu'il refuse d'arriver avec de la tristesse. Et il ose dire: "ma joie est celle de vous tous." Sa joie n'est pas séparée de la tienne. Voilà ce qui manque souvent à nos relations: cette confiance que le bonheur de l'autre est aussi le nôtre. Qui, aujourd'hui, porte ta joie ainsi?
Merci, Seigneur, pour ta tendresse envers ceux qui sont blessés dans l'Église. Tu vois que la peine d'un seul touche tout le corps, et tu nous apprends à ne pas exagérer, mais à porter ensemble ce fardeau avec justesse et compassion.
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