Actes des Apôtres 20:35
Le texte
Paul est à Milet, sur la plage, entouré des anciens d'Éphèse qu'il a fait venir en hâte. Il tend ses mains devant eux, ces mains calleuses de fabricant de tentes, et dit : « ces mains ont été employées pour mes besoins et pour les personnes qui étaient avec moi ». Puis il tire de son travail une leçon qu'il leur laisse comme testament : en travaillant ainsi, il faut secourir les faibles, et se souvenir de ce que le Seigneur Jésus a dit Lui-même : « Il est plus heureux de donner que de recevoir ». La phrase tombe dans le silence, et le vent de mer emporte le reste. Ce sont ses dernières paroles publiques à cette église. Ensuite il s'agenouille dans le sable.
Le cœur
Remarquez ce que Paul ne dit pas. Il ne dit pas : donnez parce que c'est votre devoir, ni : donnez et Dieu vous rendra le double. Il dit que donner rend plus heureux. Le mot grec est celui des béatitudes, makarios, cette joie profonde et stable que Jésus attribue aux pauvres en esprit et aux persécutés. Autrement dit : la générosité n'est pas un impôt prélevé sur le bonheur, elle en est la source. Cela révèle quelque chose sur Dieu avant de révéler quelque chose sur nous. Car Dieu donne sans cesse, Il a acquis Son assemblée « par le sang de Son propre Fils », et Il est éternellement heureux. Nous, créés à Son image, ne trouvons notre joie que dans le même mouvement : les mains ouvertes vers le bas, vers les faibles.
Le fil conducteur
Cette phrase n'existe nulle part dans les évangiles. Paul cite une parole de Jésus que Matthieu, Marc, Luc et Jean n'ont pas retenue, et il le fait sans hésiter : « les paroles du seigneur Jésus, qui lui-même a dit ». Cela nous rappelle que l'Église a d'abord vécu de la mémoire vive de son Maître avant d'en posséder le texte écrit. Mais surtout, cette parole résume ce que Jésus a fait plus qu'elle ne résume ce qu'Il a enseigné. Depuis la création, où Dieu offre un jardin sans rien réclamer, jusqu'à la croix où l'assemblée est acquise « par le sang de son propre Fils », le mouvement de Dieu vers nous est toujours descendant, toujours à perte. Paul ne fait donc pas de la morale sociale. Il apprend aux anciens d'Éphèse à respirer selon le rythme de leur Sauveur.
Le miroir
Nous savons donner quand cela ne coûte rien : le surplus, l'heure creuse, le vêtement dont nous étions déjà lassés. Paul parle d'autre chose. Il parle de mains qui ont travaillé la nuit pour que d'autres mangent, d'un homme qui a refusé l'argent, l'or et le vêtement des autres alors qu'il aurait eu tous les droits d'en vivre. La question qu'il pose à votre budget est simple et gênante : qu'est-ce qui, dans ce que vous gagnez, est déjà destiné à quelqu'un qui ne pourra jamais vous le rendre ? Non pas ce qui reste après les vacances, l'assurance et l'épargne, mais ce qui est prélevé d'abord. Et « les faibles » ne sont pas une catégorie abstraite : c'est ce collègue qui coule, cette voisine seule, ce frère qui n'ose plus demander. Aujourd'hui : ouvrez votre application bancaire et virez une somme précise, décidée maintenant, à une personne que vous pouvez nommer.
Le détail
Le verbe « se souvenir » porte tout le poids de la phrase. Paul quitte Éphèse en sachant que « des loups redoutables » viendront, que des hommes surgiront de l'intérieur même du groupe. Contre ce danger, il ne laisse ni structure, ni règlement, ni successeur désigné. Il laisse une mémoire : souvenez-vous de ce qu'Il a dit. La santé d'une église ne tient pas d'abord à son organisation mais à sa capacité de garder vivantes les paroles de Jésus, y compris celles qu'aucun livre ne conserve. Et le contenu de ce souvenir n'est pas une doctrine sur la fin des temps ni une définition du salut, mais une phrase sur l'argent et les mains. Ce que Paul redoute le plus, ce sont des chefs qui prêchent la grâce et vivent de la convoitise.
Le contexte
Nous sommes au printemps, vers l'an 57. Paul remonte vers Jérusalem avec la collecte des églises grecques pour les pauvres de Judée, pressé d'arriver « le jour de la Pentecôte ». Il évite Éphèse, où trois années de ministère et une émeute ont laissé des traces, et convoque les anciens à Milet, à une cinquantaine de kilomètres, pendant l'escale du navire. Le décor compte. Dans le monde grec, les maîtres itinérants vivaient de leurs élèves ou d'un riche protecteur, et le travail manuel était méprisé par les gens cultivés. En montrant ses mains d'artisan, Paul revendique précisément ce que sa culture jugeait humiliant. Il refuse le système du bienfaiteur qui achète l'obéissance de ses obligés. L'évangile de la grâce doit rester gratuit, jusque dans la manière dont son messager mange.
L'intertexte
Deux échos éclairent la scène. Dans sa deuxième lettre aux Corinthiens, Paul décrit Jésus comme riche qui s'est fait pauvre afin d'enrichir les pauvres par sa pauvreté : c'est la même logique, mais remontée jusqu'à sa source, l'incarnation elle-même. Et dans le livre des Proverbes, celui qui a pitié du pauvre prête à l'Éternel, ce qui déplace le donateur de la position du bienfaiteur généreux à celle du créancier de Dieu, donc de quelqu'un qui n'a plus rien à exiger de l'homme secouru. Ces deux textes empêchent de lire notre verset comme un proverbe de sagesse populaire sur la satisfaction que procure la générosité. Le bonheur dont parle Jésus n'est pas un effet psychologique du don, c'est la participation à ce que Dieu est.
Réflexion
Si quelqu'un examinait vos relevés bancaires des six derniers mois, quelle parole du Seigneur Jésus en déduirait-il que vous avez retenue ?
Paul lègue à ses anciens une mémoire plutôt qu'une structure. Quelles paroles de Jésus les personnes dont vous avez la charge, enfants, groupe, équipe, retiendront-elles de vous quand vous ne serez plus là ?
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Questions fréquentes sur Acts 20:35
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Ce que la communauté partage sur Acts 20
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, pour ceux qui ne m'ont "rien caché des choses qui sont profitables", mais qui les ont annoncées et enseignées "publiquement et dans les maisons". Merci pour ces paroles reçues autour d'une table, dans la simplicité d'un foyer, et qui portent encore du fruit aujourd'hui.
Paul prêchait depuis des heures, et voilà qu'il interrompt tout, descend l'escalier, se penche et serre ce jeune homme contre lui: "Ne soyez pas troublés, car son âme est en lui." Il touche avant de parler. Le sermon pouvait attendre, pas Eutyche. Et toi, qu'est-ce que tu laisses en suspens pour descendre vers quelqu'un?
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