Éphésiens 3:3
Le texte
Paul interrompt sa propre phrase pour justifier ce qu'il vient de dire. Il parle d'une « administration de la grâce » qui lui a été confiée, et il explique aussitôt d'où lui vient ce qu'il annonce : « par révélation, le mystère m'a été donné à connaître ». Ce n'est pas le fruit d'une réflexion, ni d'une école, ni d'une intuition religieuse. Cela lui a été remis. Et il ajoute, presque en passant, qu'il en a déjà écrit « en peu de mots », comme un homme qui rappelle à ses lecteurs une lettre qu'ils ont dans les mains.
Le cœur
Regardez la grammaire : Paul n'est jamais le sujet actif. Le mystère « m'a été donné à connaître ». Le mot grec mystèrion ne désigne pas une énigme à décoder mais un secret gardé longtemps et maintenant dit à voix haute. Personne ne l'a arraché à Dieu. Il a été prononcé. Cela change la position de tout croyant : nous ne sommes pas les propriétaires de la vérité, nous en sommes les destinataires. Ce qui a des conséquences immédiates sur la manière de parler, de discuter, de convaincre. Celui qui a reçu ne peut pas se comporter comme celui qui a conquis. L'arrogance théologique est, littéralement, une faute de grammaire.
Le fil rouge
Ce mystère n'est pas une improvisation. Trois versets plus loin Paul le nomme : les nations « seraient cohéritières et d'un même corps et coparticipantes de sa promesse dans le christ Jésus ». La promesse faite à Abraham portait déjà cette semence, et les prophètes en ont aperçu la silhouette, mais le contenu précis restait « caché dès les siècles en Dieu » (v. 9). Il fallait la croix pour que le secret puisse être dit sans être mal compris : non pas que les païens deviennent juifs, mais que deux corps hostiles deviennent un seul corps en Christ. Le fil rouge de la Bible aboutit donc à une table où les mauvaises personnes sont assises ensemble.
Le miroir
Si ce que vous savez de Dieu vous a été donné, vous ne pouvez plus l'utiliser comme un capital. Cela se vérifie dans des situations très banales. Le collègue qui pose une question maladroite sur la foi : réflexe de supériorité, ou de dette ? La discussion politique au repas de famille, où vous savez déjà qui a tort avant qu'il ait fini sa phrase. L'argent, que nous appelons volontiers « le mien » alors qu'aucun de nous n'a inventé son propre talent ni choisi son pays de naissance. Et surtout : le contenu même du mystère. Des cohéritiers que vous n'auriez pas choisis. Le frère dont la culture, l'humour, la musique et les convictions vous irritent. Le texte ne vous demande pas de l'apprécier. Il vous informe qu'il hérite avec vous.
Le personnage principal
Paul écrit ceci enchaîné, et il se décrit lui-même comme « moins que le moindre de tous les saints ». Voilà un homme qui avait bâti son identité sur ce qu'il savait, sur sa formation, sur son zèle, et à qui tout a été retiré et rendu autrement. Son autorité est entièrement empruntée, et il y insiste plutôt que de la camoufler. Il ne dit pas : croyez-moi, j'ai étudié. Il dit : cela m'a été donné, vérifiez en lisant. C'est le paysage intérieur d'un homme libéré de la nécessité de se prouver. Un prisonnier qui n'a plus rien à défendre, sauf un secret qui n'est pas le sien.
Contexte
Nous sommes vers la fin des années cinquante ou au début des années soixante, Paul est détenu, probablement à Rome. Éphèse est une métropole prospère, fière de son temple d'Artémis, structurée par le patronage, le rang et l'appartenance ethnique. Dans le monde juif, la séparation d'avec les nations n'était pas du racisme mais de l'obéissance : elle protégeait la sainteté. Manger ensemble, se marier, partager un héritage, cela ne se faisait pas. Annoncer que les païens sont cohéritiers, c'était donc toucher à la structure sociale la plus solide de l'époque. Et l'homme qui l'annonce n'a aucun pouvoir : pas de statut, pas de liberté de mouvement, seulement des lettres et des chaînes.
La question
Si la vérité vient par révélation, comment savoir que je ne me raconte pas des histoires ? L'histoire de l'Église est encombrée de gens qui ont dit « Dieu me l'a fait connaître » pour justifier n'importe quoi. Paul lui-même donne un garde-fou au verset suivant : « en le lisant, vous pouvez comprendre ». Ce qu'il a reçu est écrit, public, examinable, et plus loin il parle de comprendre « avec tous les saints ». La révélation n'est pas une intuition privée : elle se dit, elle se lit, elle se vérifie en communauté. Mais cela ne supprime pas le vertige. On ne peut pas fabriquer une révélation, ni l'exiger. Il reste que ce que nous savons de Dieu nous vient toujours du dehors, et que nous n'en maîtrisons ni le moment ni la mesure.
Réflexion
Où utilisez-vous ce que vous savez de Dieu comme une position de force plutôt que comme une dette ?
Qui, concrètement, nommeriez-vous difficilement « cohéritier » cette semaine, et qu'est-ce que cela changerait dans votre agenda ou votre budget de le reconnaître ?
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Questions fréquentes sur Ephesians 3:3
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Ce que la communauté partage sur Ephesians 3
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Père, tout ce que je peux offrir vient d'abord de toi. Je ne me sens pas à la hauteur, et pourtant tu me confies une place, un service. Fais en moi ce que je ne peux pas faire seul, par ta grâce et par ta force qui agit.
Merci, Père, pour cette liberté de venir à toi sans trembler. En Christ, j'ai « hardiesse et accès en confiance par la foi en lui ». Plus de porte fermée, plus de peur d'être renvoyé. Je peux te parler aujourd'hui, simplement, comme un enfant aimé.
Merci, Père, parce que de toi « est nommée toute famille dans les cieux et sur la terre ». Mon nom, ma place, mes liens viennent de toi. Je te rends grâce pour cette famille plus vaste que la mienne, où tu m'as fait entrer par ton Fils.
Paul prie pour que tu puisses « connaître l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance ». Étrange demande: connaître ce qui dépasse la connaissance. C'est qu'on n'apprend pas cet amour comme une leçon, on s'y laisse remplir. Tu ne le comprendras jamais tout à fait. Mais tu peux en être rempli aujourd'hui.
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