Exode 24
Le texte
Dieu convoque Moïse, Aaron, Nadab, Abihu et soixante-dix anciens sur la montagne, mais avec une réserve étrange : ils devront se prosterner « de loin », et Moïse seul s'approchera. En bas, le peuple entend lu à haute voix le livre de l'alliance et répond d'une seule voix : « Toutes les paroles que l'Éternel a dites, nous les ferons. » Moïse bâtit un autel, dresse douze stèles, fait offrir des sacrifices, partage le sang en deux moitiés, l'une pour l'autel, l'autre aspergée sur le peuple. Puis les soixante-dix montent, voient le Dieu d'Israël au-dessus d'un pavement de saphir, et, chose inouïe, « ils mangèrent et burent ». Moïse entre ensuite dans la nuée pour quarante jours.
Le cœur
Une alliance se conclut ici par trois moyens que l'Écriture ne cessera plus de relier : la parole, le sang, le repas. Le peuple s'engage avant d'avoir tout entendu, ce qui est audacieux et, on le sait deux chapitres plus loin, catastrophique. Mais remarquez que l'initiative n'est pas la leur. C'est Dieu qui dit « Monte », c'est Lui qui écrit, c'est Lui qui ne porte pas la main sur les nobles d'Israël. Ce détail négatif, presque murmuré, dit l'essentiel : voir Dieu devrait tuer, et on survit. La sainteté n'est pas ici adoucie, elle est contenue. Le sang aspergé sur l'autel et sur le peuple soude deux parties qui, en toute logique, ne devraient pas tenir ensemble. L'alliance n'est pas un contrat entre égaux ; c'est une grâce ritualisée, avec un prix payé d'avance.
Le fil rouge
Le geste de Moïse aspergeant le peuple et déclarant « Voici le sang de l'alliance que l'Éternel a faite avec vous » n'a qu'un seul véritable écho dans l'Écriture, et il vient mille cinq cents ans plus tard, dans une chambre haute à Jérusalem. Jésus prend une coupe et reprend presque mot pour mot la formule du Sinaï, en y ajoutant un possessif : ce sang est le Sien. Il ne cite pas une belle image ancienne, Il annonce qu'un second rite de ratification est en cours, et que cette fois la victime n'est pas un taureau. Le repas des soixante-dix anciens devient alors lisible : voir Dieu et manger devant Lui n'était pas une anomalie, c'était une esquisse. Ce que Sinaï accorde à soixante-quatorze hommes sur une montagne, la table du Seigneur l'ouvre à tous.
Le miroir
« Toutes les paroles que l'Éternel a dites, nous les ferons. » Personne ne ment en disant cela. Le peuple est sincère, et c'est précisément ce qui rend la suite si dure à lire. Nous connaissons ce moment : la promesse au baptême, le oui du mariage, l'engagement pris comme ancien ou responsable de groupe, la résolution prise après une nuit difficile. On la dit d'une seule voix, le cœur plein. Puis viennent quarante jours d'absence, un chef qui tarde, et l'or fond. Ce texte ne se moque pas de votre sincérité, il lui refuse seulement le statut de fondement. Ce qui tient l'alliance, ce n'est pas votre voix unanime, c'est le sang sur l'autel. Aujourd'hui : écrivez sur un papier une promesse que vous aviez faite à Dieu et que vous n'avez pas tenue, lisez-la à voix haute, puis dites après elle, à voix haute aussi : « Voici le sang de l'alliance. »
Le détail
Au verset 7, l'ordre des verbes est étrange : « nous les ferons, et nous écouterons ». En hébreu, na'aseh venishma, faire d'abord, entendre ensuite. On attendrait l'inverse, et beaucoup de traducteurs ont été tentés de lisser. Mais l'inversion dit quelque chose de juste : il y a une obéissance qui précède la compréhension, un consentement donné avant de savoir ce que cela coûtera. C'est ce que fait un enfant qui suit son père dans le noir. C'est aussi, malheureusement, ce que fait un peuple qui signe un contrat sans le lire. Le texte laisse les deux lectures ouvertes, la confiance et l'imprudence, et l'histoire d'Israël montrera qu'elles étaient toutes les deux vraies en même temps.
La question
« Ils virent Dieu, et ils mangèrent et burent. » Neuf chapitres plus loin, dans le même livre, l'Éternel dira à Moïse que nul homme ne peut Le voir et vivre. Comment tenir les deux ? On peut noter que le récit reste prudent : ce qui est décrit, ce n'est pas un visage, mais ce qui est « sous ses pieds », un pavement de saphir. Le regard s'arrête au sol. Cela n'efface pourtant pas la phrase, répétée deux fois, qu'ils virent Dieu. Et surtout cela n'explique pas le verset 11 : « il ne porta point sa main sur les nobles ». La formulation suppose qu'Il aurait pu, qu'Il en aurait eu le droit. L'Écriture ne résout pas la contradiction, elle la garde ouverte comme une grâce non méritée.
Le profil
Des esclaves affranchis depuis quelques mois. Ils connaissent les traités : en Égypte et en Canaan, un grand roi impose ses conditions à un petit peuple, on égorge des bêtes, on mange ensemble, et le vassal jure. La forme leur est familière, le contenu les stupéfie. Ici le grand roi ne réclame pas de tribut, Il descend. Et les douze stèles au pied de l'autel disent que chaque tribu est nommée, comptée, présente comme témoin de pierre. Plus tard, en exil, quand ces mêmes tribus auront été dispersées, on relira ce chapitre avec un serrement de gorge : nous avions dit oui d'une seule voix. Et l'on découvrira que l'alliance a survécu à notre voix.
Réflexion
Où, dans votre vie de foi, comptez-vous encore sur la sincérité de votre « nous le ferons » plutôt que sur le sang de l'alliance ?
Qu'est-ce que cela change pour votre manière de participer à la sainte cène, de savoir que Jésus a repris exactement les mots de Moïse au pied du Sinaï ?
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