Jean 3:17
Le texte
« Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde afin qu'il juge le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. » Une phrase qui commence par un « car », donc qui s'appuie sur ce qui précède : Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné Son Fils unique. Et maintenant Jean précise ce que cet envoi n'était pas. Il écarte d'abord une possibilité avant d'affirmer la vraie. L'envoi du Fils n'avait pas pour but le procès du monde ; il avait pour but son sauvetage. Remarquez la répétition insistante de ce mot, « le monde », trois fois dans une seule phrase, comme si Jean craignait qu'on ne rétrécisse la portée de ce qu'il vient de dire.
Le cœur
Pourquoi faut-il le dire par la négative ? Parce que quelque chose en nous s'attend à l'autre chose. Nicodème est venu de nuit, prudemment, comme on se présente devant une instance qui pourrait le condamner. Et voilà que Jésus lui parle de naissance, de vent, d'élévation, et enfin de salut. Le mot grec pour « sauvé », sôthè, dit d'abord la guérison, le fait d'être tiré hors du danger ; il ne parle pas d'un verdict adouci mais d'une vie arrachée. Ce verset dit donc quelque chose sur l'intention de Dieu, ce qui est plus intime que Ses actes. Et il laisse une question ouverte que le verset suivant rouvrira aussitôt : si le jugement n'est pas le but, pourquoi le texte continue-t-il d'en parler ?
Le fil rouge
Juste avant, Jésus a évoqué Moïse élevant le serpent dans le désert. C'est une image étrange et il vaut la peine de s'y arrêter : le peuple mourait de morsures, et Dieu n'a pas retiré les serpents, Il a donné un signe à regarder. Le remède avait la forme du mal. Ainsi le Fils est « élevé », mot qui dans Jean signifie à la fois la croix et la gloire, sans qu'on puisse choisir entre les deux. Le verset 17 se tient dans ce prolongement : Dieu ne vient pas régler des comptes, Il vient guérir en Se laissant frapper. Toute l'histoire d'Israël, avec ses sacrifices et ses délivrances, tendait vers un Dieu qui sauve en descendant, non en condamnant d'en haut.
Le miroir
Il y a une part de nous qui préférerait le tribunal. Le tribunal est clair : on plaide, on paye, on repart quitte. Le salut, lui, ne se négocie pas ; il faut le recevoir, et recevoir humilie. Regardez comment vous fonctionnez quand vous avez échoué au travail, quand vous avez blessé votre conjoint, quand vous avez encore repris cette vieille habitude que vous croyiez enterrée. Ne cherchez-vous pas d'abord une peine à subir, une compensation à offrir, quelques jours de silence intérieur pour vous punir vous-même ? Cette phrase de Jean vous ôte cette monnaie des mains. Elle dit que l'intention de Dieu à votre égard, avant même votre repentir, était de vous sauver. Cela ne console pas immédiatement. Cela dérange d'abord.
Le contexte
Nous sommes de nuit, à Jérusalem, probablement peu après le geste violent de Jésus dans le temple. Un membre du sanhédrin, l'assemblée qui juge, vient rencontrer un rabbi galiléen sans titre. L'ironie est fine : celui qui appartient à l'institution du jugement s'entend dire que Dieu n'a pas envoyé Son Fils pour juger. Nicodème avait de bonnes raisons de venir dans l'obscurité ; la réputation se perd vite quand on fréquente les mauvaises personnes. Et Jean, en écrivant cet évangile pour des communautés déjà exclues des synagogues, sait parfaitement ce que coûte une visite nocturne. Le verset ne tombe pas dans un ciel serein. Il est prononcé dans un climat de méfiance, de surveillance et de calculs.
Le portrait
Les premiers lecteurs de Jean étaient majoritairement juifs, nourris de l'attente d'un Messie qui viendrait précisément juger : briser les nations, rétablir Israël, séparer le bon grain de l'ivraie. Dire que Dieu n'envoie pas Son Fils pour juger le monde, c'était démonter une espérance nationale entière. Et le mot « monde », répété trois fois, frappait plus fort encore : ce monde-là incluait Rome, incluait les occupants, incluait ceux qu'on espérait voir tomber. Nous lisons ce verset comme une douceur ; ils l'ont entendu comme un renversement. Dieu ne vient pas sauver un peuple contre les autres. Il vient sauver le monde. Beaucoup ont dû se demander, à ce moment-là, s'ils voulaient vraiment d'un tel salut.
La question
Alors pourquoi le verset 18 parle-t-il aussitôt de jugement, et le verset 36 de colère qui demeure ? Le texte ne se rétracte pas ; il déplace. Le jugement n'est pas le but de la venue, mais il en devient l'effet inévitable, comme la lumière qui, sans intention de blesser, révèle ce qu'on cachait. « Or c'est ici le jugement, que la lumière est venue dans le monde. » Le juge n'est pas assis, il est debout dans l'embrasure de la porte, et c'est nous qui reculons. Faut-il alors dire que Dieu ne condamne personne ? Le texte ne le dit pas. Il dit que ce n'est pas pour cela qu'Il est venu. La distinction est mince et elle est tout. Je ne sais pas la résoudre davantage ; je crois qu'elle n'est pas faite pour être résolue mais pour être habitée, dans la crainte et dans la reconnaissance.
Réflexion
Quand vous imaginez Dieu tourné vers vous, quel visage Lui prêtez-vous spontanément : celui du juge ou celui du sauveur ? D'où vous vient cette image, et qu'est-ce qui l'a formée ?
Y a-t-il dans votre vie une zone que vous tenez délibérément hors de la lumière, non par ignorance mais par peur de ce qui serait mis à découvert ? Que faudrait-il pour l'y amener ?
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Ce que la communauté partage sur John 3
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Rabbi, celui qui était avec toi au delà du Jourdain, à qui tu as rendu témoignage, voici, il baptise, et tous viennent à lui. » Ce « tous » leur brûle la gorge. Ils comptent les foules qui s'en vont ailleurs. Toi aussi, tu peux mesurer ta valeur au nombre de ceux qui restent. Mais Jean n'a jamais baptisé pour se garder quelqu'un.
Nicodème vient de nuit, avec ses questions et sa prudence. Et c'est à lui que Jésus parle du serpent élevé dans le désert, puis de ce don: "Car Dieu a tant aimé le monde, qu'il a donné son Fils unique." Non pas prêté, non pas promis. Donné. Regarde bien: ce n'est pas ta clarté qui te sauve, c'est ce Fils-là, qu'il te reste à regarder.
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