Juges 12
Le texte
Éphraïm arrive en force chez Jephthé, non pour féliciter le vainqueur d'Ammon mais pour le menacer : « Nous brûlerons au feu ta maison sur toi. » Jephthé rassemble Galaad, bat Éphraïm, puis verrouille les gués du Jourdain et transforme un simple mot en machine à trier : celui qui dit « Sibboleth » au lieu de « Shibboleth » est égorgé sur place. Quarante-deux mille morts. Ensuite, trois juges passent en quelques lignes : Ibtsan de Bethléhem, Élon de Zabulon, Abdon le Pirhathonite, avec leurs fils, leurs filles, leurs ânons, leurs tombeaux.
Le cœur
Le livre des Juges raconte un affaissement, et ce chapitre en est un palier bas. L'ennemi n'est plus Ammon, l'ennemi est le frère. Remarquez le vocabulaire de Jephthé : « vous ne m'avez pas sauvé de leur main ». Il parle de salut, mais il le réclame des hommes et s'en venge lorsqu'il ne l'obtient pas. Israël a reçu un libérateur qui gagne ses guerres et perd son peuple. Dieu, Lui, n'est mentionné qu'une fois dans tout le chapitre : « l'Éternel les a livrés en ma main », et c'est pour justifier une prétention personnelle. Voilà ce que le texte dit de nous : un délivré qui ne connaît pas la grâce devient un bourreau. La victoire sans la miséricorde tue.
Le fil rouge
Jephthé est le rejeté que Dieu emploie : fils d'une prostituée, chassé par ses frères, rappelé quand ça va mal. Le motif est celui qui traverse toute l'Écriture et culmine en Christ, méprisé et devenu la pierre angulaire. Mais ici le patron se brise, et c'est justement là que la lumière passe. Le rejeté qui revient égorge ses frères aux gués du Jourdain. Le Rejeté que Dieu enverra reviendra vers Ses frères, non pour les compter mais pour mourir à leur place, et Son premier mot aux siens après leur trahison sera la paix. Il y a une autre discrète promesse dans ce chapitre : un juge d'Israël est enterré à Bethléhem. Ce village sans importance reviendra, et le Juge qui en sortira ne demandera pas de mot de passe.
Le miroir
Chaque milieu a son shibboleth. La bonne formule pour prier à voix haute, le vocabulaire théologique qui prouve qu'on est sérieux, la manière de parler des écoles, du travail, de l'argent, de la politique. On ne tue plus, mais on classe : celui-là n'est pas des nôtres, on l'entend à son accent. Et nous le faisons souvent après une victoire, quand nous avons raison, quand nous avons tenu bon et que les autres n'étaient pas là. C'est exactement la position de Jephthé : blessé, légitime dans ses griefs, et devenu impitoyable. Le texte demande si votre droiture n'est pas déjà armée. Aujourd'hui : écrivez ou appelez cette personne dont la façon de parler de la foi vous agace, et posez-lui une seule vraie question, sans corriger sa prononciation.
Contexte
Nous sommes à l'époque des juges, avant toute royauté, dans un Israël qui fonctionne comme une fédération de tribus jalouses. Galaad est à l'est du Jourdain, région frontalière, exposée, un peu méprisée : « Vous, Galaad, vous êtes des fugitifs d'Éphraïm ». Éphraïm, à l'ouest, est la tribu forte, celle de Josué, habituée à mener et à recevoir sa part du butin. L'accusation initiale est une affaire d'honneur et de prestige, pas de théologie : on ne nous a pas invités à la guerre, donc on nous a volé notre gloire. Les gués du Jourdain sont les seuls passages praticables ; contrôler un gué, c'est contrôler la vie et la mort de quiconque veut rentrer chez lui. Jephthé, chef de bande devenu chef de guerre, sait exactement ce que cela vaut.
L'intertexte
Comparez avec Gédéon au chapitre 8 : Éphraïm lui adresse le même reproche, la même jalousie, et Gédéon désamorce par une réponse flatteuse et humble. Deux libérateurs, une même provocation, deux issues : des mots apaisants, ou quarante-deux mille cadavres. Le contraste montre que l'escalade n'était pas inévitable. Et puis il y a cette phrase de Paul aux Éphésiens, qui dit du Christ qu'Il est notre paix et qu'Il a détruit le mur de séparation. Paul écrivait à des gens dont l'accent, la circoncision, la langue et la cuisine séparaient encore les uns des autres. L'Évangile ne supprime pas les accents ; il supprime le poste de contrôle au gué.
Le détail
« Shibboleth » signifie en hébreu un épi de blé, ou un courant d'eau. Un mot parfaitement banal, choisi précisément pour cela : personne ne peut se préparer. Toute la différence tient à un souffle, le « sh » que les Éphraïmites prononçaient « s ». Pas une confession de foi, pas une loyauté, pas un crime : une consonne. Le texte le dit sans émotion : « car il ne pouvait pas bien prononcer ». Il ne pouvait pas. On l'égorge pour une incapacité de naissance. C'est là que ce chapitre devient une accusation contre toute religion qui exige la performance verbale, et là que l'on comprend la douceur inouïe du Christ qui accepte le publicain incapable de formuler plus que « sois apaisé envers moi, pécheur ».
Réflexion
Quel est le shibboleth non écrit de mon Église ou de mon groupe, et qui trébuche dessus sans même savoir pourquoi il est tenu à distance ?
Où ai-je transformé une blessure légitime en droit de juger, et qu'est-ce que la croix vient dire à cet endroit précis ?
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Questions fréquentes sur Judges 12
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, pour ce simple verset: « Ibtsan mourut, et fut enterré à Bethléhem. » Tu n'oublies aucun nom, aucune vie, même celles qui tiennent en une ligne. Merci de connaître mes jours, de garder mon repos et de me donner une place auprès de toi.
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