Matthieu 27:25
Le texte
Pilate vient de se laver les mains devant la foule en déclarant : « Je suis innocent du sang de ce juste ; vous, vous y aviserez. » Il croit pouvoir faire couler la responsabilité entre ses doigts comme de l'eau. Et alors, au lieu du silence gêné qu'on attendrait, vient une réponse collective, immédiate, presque liturgique : « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! » La foule ramasse ce que le gouverneur laisse tomber. Elle accepte le poids que l'homme au pouvoir refuse de porter. Une phrase, une seule, et le procès bascule : ce n'est plus Rome qui condamne seule, c'est un peuple qui prend sur lui le sang d'un innocent, et qui engage jusqu'à ses enfants dans ce serment.
Le cœur
Il faut oser rester devant cette phrase sans la désamorcer trop vite. C'est une formule juridique ancienne : celui qui verse le sang innocent porte ce sang sur lui, comme on porte un vêtement taché qu'on ne peut plus enlever. La foule sait ce qu'elle dit. Elle prend un risque devant Dieu.
Et pourtant, quelque chose se retourne ici, que Matthieu laisse sans commentaire. Car ce sang qui tombe sur eux, que fait-il en réalité ? Est-ce seulement une malédiction, ou déjà, à leur insu, le sang de l'alliance qui couvre et purifie ? La même phrase peut se lire dans les deux sens, et le texte ne tranche pas. Dieu, semble-t-il, n'a pas besoin de notre consentement éclairé pour nous atteindre par Sa grâce.
Le fil rouge
Le sang qui « retombe » traverse toute l'Écriture. Le sang d'Abel crie depuis la terre, et le meurtrier est marqué. Le sang de l'agneau, lui, est posé sur les montants des portes en Égypte, et là où il est vu, la mort passe outre. Deux sangs, deux directions : l'un accuse, l'autre protège. La foule crie une phrase d'accusation, mais elle la crie la veille de la Pâque, dans une ville pleine d'agneaux qu'on égorge. Matthieu ne souligne rien. Il pose simplement les deux réalités l'une contre l'autre et laisse le lecteur trembler. Quelques heures plus tard, le voile du temple se déchirera « depuis le haut jusqu'en bas », déchiré d'en haut, c'est-à-dire par une main qui n'est pas la nôtre. Le sang demandé comme jugement ouvre l'accès au Lieu très saint.
Le miroir
Ce verset a servi, pendant des siècles, à justifier la haine contre les Juifs. Il faut le dire clairement, parce que c'est exactement le mouvement que le texte dénonce : désigner un coupable extérieur pour se sentir propre. Pilate fait cela avec de l'eau, la foule avec un cri, et nous avec des explications. Vous connaissez ce geste. La réunion où vous vous êtes tu pendant qu'on démolissait quelqu'un, puis le soulagement de penser : ce n'est pas moi qui ai décidé. Le mail transféré pour ne pas avoir à trancher. Le silence à table quand un proche est humilié. L'eau coule, les mains sont propres, et l'innocent part quand même.
Aujourd'hui : nommez à voix haute, seul, une décision où vous vous êtes lavé les mains cette semaine. Une phrase, sans excuse ajoutée.
Le profil
Matthieu écrit pour des croyants juifs, une communauté qui a probablement vu Jérusalem tomber en l'an 70 et qui porte cette catastrophe comme une plaie ouverte. Quand ils lisent « sur nous et sur nos enfants », ils n'entendent pas une sentence contre un autre peuple ; ils entendent quelque chose qui les concerne, eux, leur famille, leurs voisins de synagogue qui n'ont pas cru. Ce sont des gens qui pleurent sur les leurs. Le verset n'est pas pour eux une arme contre l'extérieur mais un deuil intérieur, et peut-être aussi une espérance obstinée : si ce sang est tombé sur nous, alors il est aussi tombé sur nous pour nous sauver. Personne n'est mieux placé qu'eux pour entendre l'ambiguïté.
Le contexte
Vendredi matin, très tôt. Jérusalem est saturée de pèlerins venus pour la Pâque, et Pilate, qui réside normalement à Césarée, est monté avec des troupes précisément parce que les fêtes sont explosives. Sa position est fragile : un rapport à Rome sur une émeute mal gérée peut lui coûter son poste. Les chefs le savent et s'en servent. La foule rassemblée devant le prétoire n'est pas « tout Israël » mais une assemblée urbaine, chauffée, que les principaux sacrificateurs ont, dit le texte, « persuadée ». Et pendant que Barabbas, un prisonnier fameux, attend sa libération, un homme reste debout et se tait. Tout le pouvoir visible est en mouvement autour de Lui.
Le personnage principal
Le personnage central de ce verset est une foule, c'est-à-dire un visage sans nom. Elle parle d'une seule voix, « tout le peuple, répondant, dit », et cette unanimité est sa force et son mensonge : personne, individuellement, n'aurait osé. C'est le portrait le plus lucide de l'humanité dans tout l'évangile. Nous sommes capables d'engager nos enfants dans une décision prise en dix secondes sous l'effet d'un groupe. Mais regardez qui se tait pendant ce cri. Celui qui n'a « pas répondu un seul mot » laisse le serment tomber sur Lui sans le retourner. Il ne dit pas : que ce sang soit sur vous. Il le porte. Voilà le renversement que le texte ne commente pas et devant lequel il faut simplement rester.
Réflexion
Où, cette semaine, ai-je pris de l'eau plutôt que de prendre position, et qu'est-ce que cela m'a épargné ?
Si ce sang est réellement tombé sur moi, est-ce que je le vis comme une dette ou comme une couverture ?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Assis sur son tribunal, Pilate reçoit un message: « N'aie rien à faire avec ce juste; car j'ai beaucoup souffert aujourd'hui à cause de lui, en songe. » Une femme païenne voit clair là où les chefs religieux sont aveugles. L'avertissement est arrivé à temps. Pilate l'a entendu, puis il a cédé à la foule. Et toi, ces voix qui te retiennent, les écoutes-tu vraiment?
Merci, Père, pour ce témoignage sorti même de la bouche de Pilate: «Je suis innocent du sang de ce juste.» Jésus était vraiment le Juste, condamné à ma place. L'eau n'a pu laver aucune main, mais son sang lave vraiment mon cœur, et j'en vis chaque jour.
Après s'être moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, et le revêtirent de ses vêtements, et l'emmenèrent pour le crucifier.
Ils lui remettent ses propres vêtements. Comme si rien ne s'était passé. Comme si les crachats, la couronne d'épines, les coups n'avaient pas eu lieu. Mais Jésus, lui, porte tout cela en silence sous sa tunique.
Aujourd'hui, tu croises peut-être des gens qui semblent aller bien, habillés comme d'habitude, souriant comme d'habitude. Et pourtant, sous le tissu, il y a des blessures. Jésus connaît ce chemin. Il l'a marché avant toi, pour toi.
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