Psaumes 43
Le texte
Un homme demande à Dieu de plaider sa cause contre une nation sans piété et contre un adversaire trompeur ; il se sent rejeté par Celui-là même qu'il appelle sa force, et il marche en deuil. Puis il demande deux guides, la lumière et la vérité, pour être ramené à la montagne sainte, jusqu'à l'autel. Le psaume se termine non par une délivrance obtenue, mais par une parole que l'homme s'adresse à lui-même : « Attends-toi à Dieu ».
Le cœur
Remarquez l'étrangeté de la première demande : « Juge-moi, ô Dieu ! » Qui ose inviter Dieu à ouvrir son procès ? Cet homme le fait, parce qu'il sait quelque chose de plus profond que sa propre innocence : le jugement de Dieu n'est pas d'abord une menace, c'est une intervention. Juger, ici, signifie rétablir le droit de celui qu'on écrase. Et pourtant, dans la même respiration, il dit à Dieu : « pourquoi m'as-tu rejeté ? » Voilà la tension théologique du psaume : Dieu est appelé « ma force » et ressenti comme absence. Le psalmiste ne résout pas la contradiction, il prie à l'intérieur d'elle. C'est la foi adulte : tenir ferme Celui dont on ne comprend pas le silence.
Le fil rouge
Un seul homme dans l'histoire a pu prier « Juge-moi, ô Dieu ! » sans réserve mentale, et c'est précisément celui qui fut jugé injustement par « l'homme trompeur et inique ». Jésus se présente devant un tribunal où les témoins mentent, et Il se taît. Il ne réclame pas son droit ; Il le remet. Regardez aussi les deux guides demandés au verset 3 : la lumière et la vérité, envoyées pour ramener l'exilé à la montagne sainte et à l'autel. Dans l'Évangile de Jean, ces deux mots deviennent une personne : Celui qui est la lumière du monde et la vérité, et qui conduit à la maison du Père. Ce que le psalmiste demande comme deux messagers, Dieu l'envoie comme un Fils. Et l'autel vers lequel il veut monter, c'est le lieu même où ce Fils sera offert.
Le miroir
« Pourquoi marché-je en deuil ? » Cette phrase ne parle pas d'un enterrement mais d'une allure, d'une manière de traverser ses journées voûté. Vous connaissez peut-être cette démarche : le collègue qui a raconté sur vous une version tordue des faits, et personne ne vous demande la vôtre. Le membre de la famille qui déforme chaque phrase que vous prononcez. La procédure, le conflit d'héritage, le silence à table. Le psaume ne vous dit pas de relativiser : l'adversaire est réellement trompeur, l'oppression est réelle. Mais il vous surprend sur un point. L'homme ne demande pas la victoire, il demande le chemin du retour vers l'autel. Sa plus grande perte n'est pas sa réputation ; c'est sa joie devant Dieu. Est-ce là aussi votre hiérarchie ?
Le détail
Au dernier verset : « il est le salut de ma face ». Formule bizarre en français, et pourtant précise. Le visage, c'est ce qui s'affaisse quand on marche en deuil ; c'est le regard qu'on baisse en croisant ceux qui savent l'histoire. Dieu ne sauve pas seulement une âme abstraite, Il relève un visage. Et le mot hébreu employé ici pour « salut », yeshouah, est la racine même du nom que l'ange donnera à l'enfant de Marie : Yeshoua, Jésus. Le psalmiste ne le savait pas. Mais sa dernière phrase contient, comme une graine dans la terre, le nom du salut qu'il attendait. Ce que la prière appelait un événement portera un jour un visage humain.
La question
Le psaume ne répond pas à sa propre question. « Pourquoi m'as-tu rejeté ? » reste suspendu ; aucune voix du ciel n'explique, aucun renversement de situation n'est raconté. Le texte s'arrête sur une attente. Il faut résister à la tentation de combler ce vide avec une leçon rassurante. La Bible ne l'a pas comblé non plus : elle a laissé un autre juste crier à peu près la même chose sur une croix, et le ciel est resté muet ce jour-là aussi. Ce que la foi reçoit ici n'est pas une explication mais une compagnie. Dieu ne dit pas pourquoi ; Il vient occuper la place où l'on souffre sans réponse. Cela ne guérit pas la question. Cela l'empêche d'être solitaire.
L'intertexte
Ce refrain, « Pourquoi es-tu abattue, mon âme ? », est le troisième du diptyque : le Psaume 42 le répète deux fois avant que le 43 le reprenne. Les deux psaumes ne sont qu'une seule prière, et il faut les lire ensemble : la soif du cerf, l'exil loin du temple, puis cette montée vers l'autel. Or à Gethsémané, Jésus dit à ses disciples que son âme est triste jusqu'à la mort ; et en Jean 12, à l'approche de l'heure, Il déclare que son âme est troublée. Ce sont les mots de ce refrain, dans la bouche du Fils. Il n'a pas cité le psaume de loin : Il l'a prié depuis l'intérieur, et Il l'a mené jusqu'à sa fin, jusqu'à l'allégresse de la joie retrouvée.
Réflexion
Quand vous priez au sujet d'un conflit, demandez-vous la victoire ou le chemin du retour vers l'autel ?
Où, cette semaine, devrez-vous parler à votre propre âme comme le psalmiste le fait, sans attendre que les circonstances aient changé ?
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