Romains 11:8
Le texte
Paul vient de dire que ce qu'Israël cherchait, il ne l'a pas trouvé : l'élection l'a obtenu, et les autres ont été endurcis. Et pour expliquer cet endurcissement, il ne cherche pas d'argument, il cite l'Écriture : « Dieu leur a donné un esprit d'étourdissement, des yeux pour ne point voir et des oreilles pour ne point entendre, jusqu'au jour d'aujourd'hui ». La phrase est brutale dans sa sobriété. Ce n'est pas seulement que le peuple n'a pas vu ; c'est que Dieu Lui-même a donné quelque chose, un engourdissement, une torpeur, des yeux qui fonctionnent mais ne perçoivent plus. Et ce « jusqu'au jour d'aujourd'hui » n'est pas une note historique : c'est le doigt de Paul posé sur son propre siècle, et peut-être sur le nôtre.
Le cœur
Le mot difficile est « donné ». Nous voudrions lire : Dieu a permis, Dieu a laissé faire, Dieu s'est retiré discrètement. Paul écrit que Dieu a donné. L'endurcissement n'échappe pas à Sa main ; il y entre. Cela heurte, et il faut le laisser heurter avant de chercher trop vite un apaisement. Car ce que ce verset dit de Dieu, c'est qu'Il est libre, y compris dans le jugement, et que Son jugement peut prendre la forme la plus silencieuse qui soit : non pas le feu du ciel, mais des oreilles qui entendent la vérité sans plus l'entendre. Reste alors la question que Paul lui-même n'esquive pas : comment cette main qui endurcit est-elle la même que celle qui, quelques versets plus loin, veut faire miséricorde à tous ?
Le fil conducteur
Ce verset n'est pas un cul-de-sac dans l'histoire du salut, il en est un tournant. Paul le montre aussitôt : « Ont-ils bronché afin qu'ils tombent ? Qu'ainsi n'advienne ! » L'aveuglement est réel, mais il est provisoire et il est fécond ; par cette chute, dit Paul, le salut parvient aux nations. Autrement dit, la porte que Dieu semble fermer devant Israël, Il l'ouvre au monde entier, et Il la rouvrira. L'endurcissement est « partiel », et il dure « jusqu'à ce que la plénitude des nations soit entrée ». Le Christ se tient au centre de ce mouvement : rejeté par les Siens, Il devient la réconciliation du monde, et Paul ose appeler le retour d'Israël « la vie d'entre les morts ». La résurrection reste le dernier mot, même sur la cécité.
Le miroir
Ce texte ne parle pas seulement d'Israël. Il décrit un état que vous connaissez peut-être : lire la Bible chaque matin et ne plus rien entendre. Chanter des paroles que vous croyez, sans qu'elles vous atteignent. Reconnaître, dans un sermon, l'exacte vérité qui devrait vous bouleverser, et rester sec. L'habitude est une anesthésie efficace. Nous croyons que le danger spirituel est la révolte bruyante ; le texte suggère qu'il est bien plus souvent la torpeur. Et il y a l'autre bord : si vous voyez, ce n'est pas votre mérite. Paul le dira sans ménagement à ceux qui se croient greffés par supériorité : « ne te glorifie pas contre les branches ». Devant ce verset, la seule posture tenable est la crainte, pas la satisfaction.
Le personnage principal
Le sujet de la phrase, c'est Dieu. Non pas un Dieu absent, non pas un Dieu débordé par l'incrédulité humaine, mais un Dieu qui agit jusque dans le refus qu'on Lui oppose. Cela dérange, et Paul ne le lisse pas. Pourtant regardez où ce Dieu conduit son propre argument : « Dieu a renfermé tous dans la désobéissance, afin de faire miséricorde à tous. » L'enfermement sert la miséricorde. Le Dieu qui donne un esprit d'étourdissement est le même qui S'est réservé sept mille hommes au temps d'Élie, quand le prophète se croyait seul. Sa liberté n'est pas caprice ; elle est fidélité qui prend des chemins que nous ne saurions tracer. C'est pourquoi Paul termine non par une explication, mais par un cri : « Que ses jugements sont insondables ! »
Le profil
À Rome, ces chapitres tombaient dans des maisons où juifs et non-juifs se côtoyaient mal. Les croyants d'origine païenne, majoritaires depuis que la communauté juive avait été chassée puis revenue, tiraient une conclusion commode : la synagogue n'a pas cru, donc Dieu en a fini avec elle, et nous prenons la place. Paul leur coupe l'herbe sous le pied dès le premier verset : « Car moi aussi je suis Israélite. » Quant aux croyants juifs, ils entendaient dans cette citation des mots vieux comme leur peuple, des mots que Moïse et les prophètes avaient déjà prononcés sur les générations précédentes. Rien de nouveau, donc, sinon ceci : ce n'était pas la fin autrefois, ce n'est pas la fin maintenant.
L'intertexte
Paul fond ici deux voix anciennes. Moïse, en Deutéronome 29, dit à Israël au terme du désert que le Seigneur ne leur a pas encore donné un cœur pour connaître ni des yeux pour voir : après quarante ans de miracles, la perception manque toujours. Et Ésaïe 6, où le prophète, à l'instant même de sa vocation, est envoyé vers un peuple qui écoutera sans comprendre. Ces deux textes encadrent toute l'histoire d'Israël, l'un au début, l'autre au milieu, et Paul y ajoute « jusqu'au jour d'aujourd'hui ». La cécité n'est pas un accident tardif ; elle traverse l'histoire sainte. Ce qui est nouveau chez Paul, ce n'est pas le diagnostic, c'est la promesse ajoutée : « Le libérateur viendra de Sion. »
Réflexion
Où, dans ma vie de foi, ai-je cessé d'entendre ce que je continue pourtant à lire et à réciter ; et est-ce que j'ose le nommer devant Dieu plutôt que de le combler par plus d'activité ?
Si je vois quelque chose de l'Évangile aujourd'hui, qu'est-ce que cela change dans ma manière de parler de ceux qui, eux, ne le voient pas encore ?
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Questions fréquentes sur Romans 11:8
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Ce que la communauté partage sur Romans 11
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Que leur table devienne pour eux un filet, et un piège, et une occasion de chute. » La table, c'est le lieu de l'abondance, du repas partagé, des bénédictions reçues. Et voilà qu'elle se referme comme un piège. Ce qui devait nourrir peut endormir. Tes bénédictions t'attachent-elles à Celui qui donne, ou seulement au don ?
Père, je ne porte pas la racine, c'est elle qui me porte. Merci de m'avoir greffé à une histoire plus grande que la mienne, à une sainteté qui ne vient pas de moi. Garde-moi attaché à toi, humble et reconnaissant, pour que ma vie porte un peu de ta bonté.
Merci, Seigneur, parce que tu n'as pas rejeté ton peuple. Paul lui-même en est la preuve vivante, lui de la semence d'Abraham, de la tribu de Benjamin. Quelle joie de savoir que ta fidélité ne dépend pas de nos infidélités, et que tu gardes toujours les tiens.
Père, tu n'abandonnes pas ceux que tu as appelés. Merci parce que ton Libérateur vient encore aujourd'hui écarter de nous ce qui nous éloigne de toi. Quand je doute de tes promesses, rappelle moi que ta fidélité tient bien plus longtemps que mes hésitations.
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