Romains 12:1
Le Texte
« Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à présenter vos corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu. » Tout est dans ce « donc ». Paul ne commence pas un nouveau sujet : il tire la conséquence de onze chapitres consacrés à la miséricorde de Dieu envers des coupables, juifs et païens confondus. Et la conséquence n'est pas une idée, ni même une décision intérieure, mais un corps déposé sur un autel. Ce que Paul demande, il l'appelle « votre service intelligent », c'est-à-dire un culte qui a du sens, qui correspond à ce qui vient d'être dit de Dieu. Un seul verset, mais il fait basculer toute la lettre de la doctrine vers la table, l'atelier, la rue.
Le Cœur
Le langage est entièrement liturgique, et c'est là que le verset commence à grincer. Présenter, sacrifice, saint, agréable : ce vocabulaire vient tout droit du Lévitique, où l'animal est amené, examiné, égorgé. Paul reprend chaque terme, sauf la mort. « Sacrifice vivant » est une expression qui n'aurait eu aucun sens sur le parvis du temple. Elle n'en a que parce qu'un sacrifice a déjà eu lieu, une fois pour toutes, et que le mien ne peut donc plus être expiatoire. Ce qui reste, c'est un culte de reconnaissance, offert « par les compassions de Dieu », jamais pour les obtenir. Et le lieu de ce culte est mon corps : mes mains, mon agenda, ma fatigue. L'Évangile ne se termine pas dans la tête du croyant, il descend jusque dans sa chair.
Le Fil Rouge
Ce verset se tient au croisement de deux lignes de l'Ancien Testament qui semblent se contredire. D'un côté, tout le système lévitique : sans effusion de sang, pas d'approche possible. De l'autre, les prophètes qui hurlent que Dieu est écœuré par la fumée des holocaustes tant que la justice est piétinée, et le Psaume 51 qui déclare que le sacrifice qui plaît à Dieu est un esprit brisé. Paul ne choisit pas entre les deux. Il annonce que l'autel n'a pas été supprimé, il a été déplacé : du parvis vers l'existence du croyant. Et cela n'est possible que parce que Christ a occupé la place de la victime. C'est la logique même de l'épître : Romains 3 a placé Jésus comme propitiatoire, Romains 12 en tire la conséquence liturgique. Le peuple racheté devient lui-même l'offrande, non pour payer, mais parce que tout est payé.
Le Miroir
« Vos corps. » Paul aurait pu écrire « vos cœurs », et nous aurions dormi tranquilles. Le corps, c'est ce qui se lève à six heures pour un travail sans gloire, ce qui reste au chevet d'un parent qui ne reconnaît plus personne, ce qui vieillit, ce qui désire, ce qui se fatigue. C'est aussi ce qui a un carnet d'adresses et un compte en banque. Nous sommes très habiles à offrir à Dieu nos convictions tout en gardant nos usages : le temps, la sexualité, la manière de parler d'un collègue à table. Le verset suivant nomme l'ennemi, « ne vous conformez pas à ce siècle », et cette conformité n'est presque jamais une décision, c'est une dérive. On ne décide pas de ressembler à son milieu ; on y glisse, doucement, en restant sincère.
La Question
Comment un sacrifice peut-il rester vivant ? Un animal sur l'autel ne redescend pas. Le mien, si : chaque matin je reprends ce que j'avais donné la veille. Paul le sait, lui qui a écrit au chapitre 7 le récit d'un homme divisé contre lui-même. La difficulté n'est donc pas dans l'exigence, elle est dans la durée. Et il y a plus embarrassant : Paul affirme que cette offrande est « agréable à Dieu », sans nous donner le moindre instrument de mesure. Nous voudrions un signe, une confirmation que notre vie est reçue. Il n'y en a pas. La seule garantie se trouve en amont, dans « les compassions de Dieu », pas en aval dans la qualité de mon don. Il faut vivre avec cette absence de reçu.
Le Profil
À Rome, une communauté mêlée de juifs revenus d'exil administratif et de païens convertis, sans temple, sans prêtres, sans rien qui ressemble à un culte reconnaissable pour un Romain. Ils avaient l'air d'athées. Paul leur dit : votre culte existe, il est celui-là. L'expression traduite « service intelligent » emploie le mot grec logikos, qui évoque à la fois ce qui est raisonnable et ce qui est conforme à la Parole ; les philosophes de l'époque l'utilisaient pour opposer le culte spirituel aux bêtes égorgées. Paul le leur prend et le remplit autrement. Ajoutons ceci : dans cette assemblée, beaucoup étaient esclaves. Leur corps appartenait juridiquement à un autre. S'entendre dire qu'ils avaient un corps à présenter à Dieu était une déclaration de dignité inouïe.
Le Personnage Principal
Dieu apparaît ici sous un seul nom : celui de Ses compassions, et le mot est au pluriel, comme si l'on comptait les gestes plutôt que l'on décrivait un caractère. C'est le Dieu de onze chapitres d'histoire, qui a supporté, attendu, choisi, livré Son Fils, refusé de rejeter Israël. Il n'exige pas d'abord et ne récompense pas ensuite ; Il donne, puis Il exhorte. Remarquez que Paul n'ordonne pas, il exhorte, il supplie presque, et il le fait « par » ces compassions, comme on présente un argument. La seule pression que Dieu exerce sur nous dans ce verset est le poids de Sa bonté déjà reçue. C'est une autorité qui ne contraint pas, et qui pourtant ne laisse aucune échappatoire honnête.
Réflexion
Quelle partie précise de mon corps, de mon temps ou de mes moyens n'a jamais été portée jusqu'à cet autel, et pourquoi celle-là ?
Si mon culte se mesurait cette semaine à ce que mes mains ont fait plutôt qu'à ce que j'ai chanté ou cru, que resterait-il ?
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Ce que la communauté partage sur Romans 12
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Vous réjouissant dans l'espérance, patients dans la tribulation, persévérants dans la prière." Remarque l'ordre: la joie vient d'abord, non parce que la tribulation a disparu, mais parce que l'espérance tient bon au milieu d'elle. Et la prière persévérante est le fil qui relie les deux. Aujourd'hui, lequel de ces trois te manque le plus?
« Vous associant aux humbles » : Paul ne dit pas de les aider à distance, mais de s'asseoir avec eux, de partager leur niveau. Qui as-tu cessé d'inviter à ta table parce qu'il ne t'apportait rien ? Et cette dernière phrase, « ne soyez pas sages à vos propres yeux », vient toucher l'endroit exact où nous nous croyons déjà humbles.
« Bénissez ceux qui vous persécutent; bénissez et ne maudissez pas. » Paul répète le mot deux fois, comme s'il savait que la première fois ne suffirait pas. Bénir des lèvres, puis maudire tout bas, dans nos pensées, quand on revoit son visage. Aujourd'hui, ce nom qui te blesse encore : que sort-il de ton cœur quand tu y penses ?
Merci, Seigneur, pour cet amour « sans hypocrisie » que tu déposes en nous, un amour qui n'a pas besoin de faire semblant. Merci de nous donner d'avoir « en horreur le mal » et de nous tenir « ferme au bien », même quand cela coûte.
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