Abigaïl, femme de Nabal puis de David
Qui elle est, et quand
Abigaïl apparaît dans les livres de Samuel et dans une généalogie de 1 Chronicles. Elle est d'abord la femme de Nabal (1 Samuel 25:3), puis celle de David (1 Samuel 25:39-40). Son époque se situe entre environ 1095 av. J.-C. à 975 av. J.-C., époque située selon la chronologie d'Ussher (1650), au temps du royaume uni. Quatorze versets en tout portent son nom, répartis en six passages : onze dans 1 Samuel, deux dans 2 Samuel, un dans 1 Chronicles. C'est peu, et pourtant le texte lui accorde une présentation que peu de femmes reçoivent.
Une présentation en deux portraits
Elle est nommée en même temps que son mari, et les deux caractères sont posés côte à côte : « Et le nom de l'homme était Nabal, et le nom de sa femme, Abigaïl ; et la femme avait du bon sens et était belle de visage ; et l'homme était dur et méchant dans ses actes ; et il était de la race de Caleb » (1 Samuel 25:3). L'ordre des mots compte. Le bon sens est nommé avant la beauté. Et la dureté de Nabal n'est pas une humeur passagère : elle est dite de ses actes.
L'alerte donnée par un serviteur
Abigaïl n'est pas informée par son mari mais par un employé de la maison : « Et un jeune homme des gens [de Nabal] informa Abigaïl, femme de Nabal, disant : Voici, David a envoyé du désert des messagers pour bénir notre maître, et il s'est emporté contre eux » (1 Samuel 25:14). Le détail est révélateur du fonctionnement de cette maisonnée. Quand le maître s'emporte, c'est vers la femme que l'on court.
Le chargement et la rencontre
Sa réaction est immédiate et chiffrée : « Et Abigaïl se hâta, et prit 200 pains, et deux outres de vin, et cinq moutons tout apprêtés, et cinq mesures de grain rôti, et 100 gâteaux de raisins secs, et 200 gâteaux de figues sèches, et les mit sur des ânes » (1 Samuel 25:18). Le texte compte chaque pain et chaque gâteau. Rien d'improvisé : une femme qui sait ce que contiennent ses réserves et ce qu'il faut pour nourrir une troupe.
Puis la rencontre, racontée en gestes : « Et Abigaïl vit David, et elle se hâta et descendit de dessus son âne ; et elle tomba sur sa face devant David et se prosterna contre terre » (1 Samuel 25:23). Trois mouvements, tous dirigés vers le bas. La suite de l'échange est signalée en 1 Samuel 25:32 et 1 Samuel 25:36, dont le texte n'est pas reproduit ici et dont je ne raconterai donc pas le contenu.
La mort de Nabal et le mariage
La scène suivante où elle est nommée est celle du veuvage et de la demande en mariage : « Et David apprit que Nabal était mort, et il dit : Béni soit l'Éternel qui a pris en main ma cause touchant l'outrage que m'avait fait Nabal, et qui a retenu son serviteur de faire le mal ! Et l'Éternel a fait retomber le mal de Nabal sur sa tête. Et David envoya parler à Abigaïl, afin de la prendre pour femme. Et les serviteurs de David vinrent vers Abigaïl, à Carmel, et lui parlèrent, disant : David nous a envoyés vers toi afin de te prendre pour sa femme » (1 Samuel 25:39-40). David bénit l'Éternel de l'avoir retenu de faire le mal. Et c'est vers la femme de Carmel qu'il envoie aussitôt ses serviteurs.
Son nom revient ensuite en 1 Samuel 25:42, 1 Samuel 27:3, 1 Samuel 30:5, 2 Samuel 2:2 et 2 Samuel 3:3. Ces versets ne sont pas cités dans le dossier, et je n'en rapporterai pas le détail. Enfin, le relevé des fils de David nés à Hébron la mentionne : « Et ce sont ici les fils de David qui lui naquirent à Hébron : le premier-né, Amnon, d'Akhinoam, la Jizreélite ; le second, Daniel, d'Abigaïl, la Carmélite » (1 Chronicles 3:1). Le relevé familial du dossier nomme son fils Chileab d'après 2 Samuel 3:3, tandis que 1 Chronicles 3:1 l'appelle Daniel ; les deux noms désignent le même fils d'Abigaïl.
Les fautes
Les passages cités ne rapportent aucune faute d'Abigaïl. La dureté et la méchanceté sont attribuées à Nabal (1 Samuel 25:3), et le mal est retombé sur sa propre tête (1 Samuel 25:39). Il faut le dire tel quel, sans transformer ce silence en éloge que le texte ne prononce pas : ce qui n'est pas raconté n'est pas pour autant une innocence proclamée.
Ce que nous ignorons
Le texte ne nomme pas ses parents. Aucune tribu, aucun peuple ne lui est attribué ; elle est appelée la Carmélite (1 Chronicles 3:1), ce qui dit un lieu et non une ascendance. Le dossier note aussi que toutes ses mentions hors de 1 Samuel 25 sont des listes, des généalogies ou des notes de passage. Nous ne savons rien de sa jeunesse, rien de la fin de sa vie, rien de ce qu'elle devient après les versets où son nom paraît.
Le dossier ne porte aucune référence néotestamentaire pour elle ; aucun prolongement ne sera donc tracé ici au-delà de ce que ces quatorze versets disent.
