Amon, roi de Juda : deux ans et un péché multiplié
Un roi de Juda au temps du royaume divisé
Amon est roi de Juda, de la tribu de Juda, et il vit à l'époque du royaume divisé, période située environ 975 av. J.-C. à 586 av. J.-C. (époque située selon la chronologie d'Ussher (1650)). Son père est Manassé, sa mère Meshullémeth, son fils Josias. Quinze versets seulement portent son nom, répartis dans 2 Kings, 2 Chronicles, 1 Chronicles, Jeremiah, Zephaniah et Matthew. C'est peu, et la plus grande part de ce peu tient en un verdict.
Deux ans à Jérusalem
Le récit s'ouvre sur un enterrement. « Et Manassé s'endormit avec ses pères, et fut enterré dans le jardin de sa maison, dans le jardin d'Uzza ; et Amon, son fils, régna à sa place » (2 Kings 21:18). Les deux récits donnent les mêmes chiffres : « Amon était âgé de 22 ans lorsqu'il commença de régner ; et il régna deux ans à Jérusalem » (2 Kings 21:19 ; 2 Chronicles 33:21). Le premier ajoute ce que l'on sait de sa mère : « et le nom de sa mère était Meshullémeth, fille de Haruts, de Jotba » (2 Kings 21:19).
Deux ans. Aucune réforme, aucune guerre racontée, aucun prophète envoyé vers lui dans ces pages. Le texte de 2 Chronicles résume tout le règne par un seul mouvement : « Et il fit ce qui est mauvais aux yeux de l'Éternel, comme avait fait Manassé, son père ; et Amon sacrifia à toutes les images taillées que Manassé, son père, avait faites, et les servit » (2 Chronicles 33:22).
Le péché multiplié
La faute d'Amon n'est pas seulement d'avoir imité son père. C'est d'avoir imité la mauvaise moitié de son père. La différence est tracée avec une précision qui juge : « et il ne s'humilia point devant l'Éternel, comme Manassé, son père, s'était humilié ; car lui, Amon, multiplia son péché » (2 Chronicles 33:23).
Il y avait donc, dans sa propre maison, l'exemple d'un homme abaissé devant l'Éternel, et Amon a préféré les images taillées à cet abaissement. Le verbe est dur : il multiplia. Ce n'est pas une chute isolée, c'est une addition. Deux ans ont suffi pour que l'Écriture n'ait rien d'autre à dire de lui.
La conspiration dans sa maison
La fin vient de l'intérieur. « Et les serviteurs d'Amon conspirèrent contre lui, et mirent à mort le roi dans sa maison » (2 Kings 21:23). Suit une réaction attribuée au peuple : « Mais le peuple du pays tua tous ceux qui avaient conspiré contre le roi Amon ; et le peuple du pays établit pour roi Josias, son fils, à sa place » (2 Kings 21:24, répété en 2 Chronicles 33:25).
Le trône ne passe donc pas aux conspirateurs, mais au fils. Le reste est renvoyé ailleurs : « Et le reste des actes d'Amon, ce qu'il fit, cela n'est-il pas écrit dans le livre des chroniques des rois de Juda ? » (2 Kings 21:25). Ce livre, nous ne l'avons pas.
Un nom qui sert de repère
Après sa mort, le nom d'Amon ne sert plus qu'à situer un autre homme. Dans la généalogie : « Amon, son fils ; Josias, son fils » (1 Chronicles 3:14). Puis comme repère de date : « auquel vint la parole de l'Éternel, dans les jours de Josias, fils d'Amon, roi de Juda, la treizième année de son règne » (Jeremiah 1:2). Deux autres versets portent encore son nom de la même manière, Jeremiah 25:3 et Zephaniah 1:1. Celui qui multiplia son péché est devenu une indication chronologique dans l'histoire d'autres hommes.
Ce que nous ne savons pas
Nous ne savons pas pourquoi ses serviteurs ont conspiré : le texte donne le fait, non le motif. Nous ne savons rien de ses actes hors du verdict religieux, sinon qu'ils étaient consignés dans un livre que nous n'avons plus (2 Kings 21:25). Nous ne savons pas où il fut enterré, ni s'il y eut chez lui le moindre retour vers l'Éternel ; le texte affirme l'inverse, qu'il ne s'humilia point (2 Chronicles 33:23). Il faut y ajouter une prudence de lecture : ce nom désigne aussi ailleurs un peuple, une tribu ou un pays, de sorte que la plupart des endroits où il apparaît dans la Bible ne concernent pas ce roi.
La dernière mention : Matthew 1:10
Une seule fois son nom reparaît hors de ces récits : Matthew 1:10. Amon n'y fait rien, n'y dit rien ; il y figure comme un maillon dans la suite des générations. Ce n'est pas sa piété qui l'y tient, car le texte lui en refuse toute trace. C'est la ligne de la promesse qui traverse même deux ans de péché multiplié, et qui aboutit là où la généalogie la conduit.

