Manassé, roi de Juda : le règne le plus long et le plus sombre
Un roi de Juda au temps du royaume divisé
Manassé (מְנַשֶּׁה) est roi de Juda, de la tribu de Juda, au temps du royaume divisé. Selon Ussher, *Annals of the World* (1650), son règne va de 698 av. J.-C. à 643 av. J.-C. Il est fils d'Ézéchias, et la généalogie royale le place sans détour dans la lignée : « Achaz, son fils ; Ézéchias, son fils ; Manassé, son fils ; » (1 Chronicles 3:13). Sa mère est Hephzibah (2 Kings 21:1), sa femme Meshullemeth (2 Kings 21:19), son fils Amon (2 Kings 21:16-18). Un avertissement de lecture s'impose : ce nom porte aussi un peuple, une tribu et un pays, si bien que la plupart des passages où il apparaît ne concernent pas cet homme.
L'accession au trône
Son nom surgit d'abord à la mort de son père. « Et Ézéchias s'endormit avec ses pères, et on l'enterra à l'endroit le plus élevé des sépulcres des fils de David ; et tout Juda et les habitants de Jérusalem lui rendirent honneur à sa mort ; et Manassé, son fils, régna à sa place. » (2 Chronicles 32:33 ; voir aussi 2 Kings 20:21). Le texte donne ensuite les deux chiffres qui commandent tout le récit : « *Manassé était âgé de douze ans lorsqu'il commença de régner ; et il régna 55 ans à Jérusalem. » (2 Chronicles 33:1 ; 2 Kings 21:1). Un enfant sur le trône, et le plus long règne raconté dans ces livres.
Il fit errer Juda
Le jugement est sans ambiguïté : « Et Manassé fit errer Juda et les habitants de Jérusalem, [en les induisant] à faire le mal plus que les nations que l'Éternel avait détruites devant les fils d'Israël. » (2 Chronicles 33:9 ; comparer 2 Kings 21:9). Ce n'est pas seulement un roi qui tombe, c'est un roi qui entraîne. Le mal dépasse celui des nations dépossédées devant les fils d'Israël, et 2 Kings 21:11 revient sur cette mesure.
L'Éternel ne se tait pas pour autant : « Et l'Éternel parla à Manassé, et à son peuple ; mais ils n'y firent pas attention. » (2 Chronicles 33:10). L'avertissement précède la sanction, et il est méprisé.
Les ceps et les chaînes d'airain
« Et l'Éternel fit venir contre eux les chefs de l'armée du roi d'Assyrie, et ils prirent Manassé dans des ceps, et le lièrent avec des chaînes d'airain et l'emmenèrent à Babylone. » (2 Chronicles 33:11). Le roi qui avait fait errer tout un peuple est emmené lié. La suite de son histoire est donnée en 2 Chronicles 33:13, et le texte renvoie encore à d'autres écrits en 2 Chronicles 33:18.
Que Manassé se soit abaissé, le récit le dit ailleurs, et par contraste avec son fils : Amon « ne s'humilia point devant l'Éternel, comme Manassé, son père, s'était humilié ; car lui, Amon, multiplia son péché. » (2 Chronicles 33:23). Le père s'est humilié ; le fils, non. C'est le seul portrait comparé que nous ayons ici.
Le sang innocent
Il faut dire les fautes comme l'Écriture les dit. « Et Manassé versa aussi le sang innocent en grande abondance, jusqu'à en remplir Jérusalem d'un bout à l'autre bout, outre son péché par lequel il fit pécher Juda, en faisant ce qui est mauvais aux yeux de l'Éternel. » (2 Kings 21:16). Il a aussi fabriqué des images taillées, puisque son fils « sacrifia à toutes les images taillées que Manassé, son père, avait faites, et les servit » (2 Chronicles 33:22).
La trace de ce règne survit à sa mort. Elle apparaît en 2 Kings 23:12 et 2 Kings 23:26, en 2 Kings 24:3, et jusque dans Jeremiah 15:4. L'humiliation d'un homme n'a pas effacé les conséquences pour un peuple.
La fin du règne
« Et le reste des actes de Manassé, et tout ce qu'il fit, et le péché qu'il commit, cela n'est-il pas écrit dans le livre des chroniques des rois de Juda ? Et Manassé s'endormit avec ses pères, et fut enterré dans le jardin de sa maison, dans le jardin d'Uzza ; et Amon, son fils, régna à sa place. » (2 Kings 21:17-18 ; voir aussi 2 Chronicles 33:20 et 2 Kings 21:20). Un tombeau dans le jardin de sa maison, et non parmi les sépulcres où son père avait été honoré (2 Chronicles 32:33).
Ce que nous ne savons pas
Aucune lacune n'est déclarée sur sa personne, mais il ne faut pas combler ce que le texte laisse hors du cadre. La teneur exacte de ce que l'Éternel lui a dit n'est pas rapportée ici (2 Chronicles 33:10). Ce qui a suivi son transfert à Babylone est renvoyé à d'autres versets et à d'autres écrits (2 Chronicles 33:13 ; 2 Chronicles 33:18). Nous ne savons rien de plus, par ces passages, sur Hephzibah ni sur Meshullemeth que leurs noms (2 Kings 21:1 ; 2 Kings 21:19). Ce que la narration ne dit pas, nous ne le dirons pas à sa place.
La ligne jusqu'au Christ
Une seule mention est retenue hors des livres des rois et des chroniques, et elle suffit : Manassé figure dans la généalogie de Matthew 1:10. Le roi qui remplit Jérusalem de sang innocent et qui fut emmené dans des chaînes d'airain est inscrit, nommément, dans cette liste d'ancêtres. La généalogie ne cache pas ce nom. Elle le porte.

