Kittim, fils de Javan : un nom porté par deux versets
Un nom dans une liste
Kittim (כִּתִּי) est présenté dans l'Écriture comme un fils de Javan. Le dossier le range parmi les premières nations, à l'époque des patriarches, une période située environ 1996 av. J.-C. à 1635 av. J.-C., d'après la chronologie d'Ussher (1650). Il faut le dire tout de suite avec netteté : ce cadre vient d'un travail de datation, non du texte lui-même. Le temps dans lequel Kittim a vécu n'est pas indiqué par l'Écriture. Tout ce qui est retenu de lui tient en deux versets, dans deux livres : Genesis 10:4 et 1 Chronicles 1:7.
Ce que disent les deux passages
Le premier se trouve dans la généalogie de Genesis 10 : « Et les fils de Javan : Élisha, et Tarsis, Kittim, et Dodanim. » (Genesis 10:4). Kittim y occupe la troisième place d'une énumération de quatre noms, tous rattachés à Javan.
Le second reprend la même liste, bien plus loin dans le canon : « Et les fils de Javan : Élisha, et Tarsis, Kittim, et Rodanim. » (1 Chronicles 1:7). La formule est identique, l'ordre est identique, la place de Kittim est identique. Une seule différence apparaît à la fin de la ligne : là où Genesis 10:4 écrit Dodanim, 1 Chronicles 1:7 écrit Rodanim. Le dossier enregistre les deux formes sans en donner la raison, et il serait malhonnête d'en fabriquer une ici.
Aucune scène, aucun récit
Il faut nommer le genre de ces mentions pour ne pas donner au lecteur l'illusion d'une histoire. Kittim n'a pas de scène. Il n'y a ni dialogue, ni voyage, ni alliance, ni bataille, ni une seule parole qui lui soit attribuée. Ses deux apparitions sont des listes généalogiques, et rien d'autre. Le dossier le formule sans détour : aucune scène n'est racontée à son sujet, chaque mention est une liste, une généalogie ou une note de passage.
Cela ne rend pas ces versets vides. Une généalogie est un acte d'affirmation : elle dit que ce nom a existé, qu'il tenait à un père, qu'il se tenait au milieu de frères. Genesis 10:4 place Kittim aux côtés d'Élisha, de Tarsis et de Dodanim ; 1 Chronicles 1:7 le replace exactement au même endroit. Deux témoins, à distance l'un de l'autre, portent la même ligne. Le nom n'a pas été perdu.
Une famille nommée, une descendance muette
La parenté de Kittim est claire dans le peu qui est écrit. Son père est Javan (Genesis 10:4 ; 1 Chronicles 1:7). Ses frères sont Élisha, Tarsis et Dodanim selon Genesis 10:4, la seconde liste donnant Rodanim à la place de Dodanim (1 Chronicles 1:7).
En revanche, aucun enfant ne lui est nommé. La généalogie s'arrête à lui. D'autres noms de ces listes s'ouvrent sur des suites ; celui-ci demeure une extrémité, du moins dans ce que le dossier atteste.
Les fautes que le texte ne raconte pas
Les portraits bibliques ne cachent d'ordinaire ni les chutes ni les compromissions, et adoucir un récit qui accuse reviendrait à mentir sur le texte. Mais ici, il n'y a pas de récit. Dans les deux versets qui nomment Kittim, l'Écriture ne lui attribue ni faute ni fidélité, ni obéissance ni révolte. Ce silence n'est pas un certificat de vertu ; c'est un silence. Le lecteur honnête s'arrête là où le texte s'arrête, sans transformer l'absence de reproche en éloge.
Ce que nous ne savons pas
La liste des inconnues est longue, et il vaut mieux la dire que la combler. Nous ne savons pas quand Kittim a vécu : le texte ne l'indique pas, et la fourchette d'environ 1996 av. J.-C. à 1635 av. J.-C. relève de la chronologie d'Ussher (1650), non de l'Écriture. Nous ne connaissons aucun de ses enfants, puisque aucun n'est nommé. Nous ignorons ce qu'il a fait, où il a demeuré, comment il est mort. Tout ce qui est consigné à son sujet tient dans deux versets.
Le dossier ne relève aucune autre référence rattachée à Kittim. Aucun fil ne peut donc être tiré au-delà de ces deux passages, et en tracer un ici reviendrait à ajouter au texte ce que le texte ne porte pas.
Ce qu'un nom seul enseigne
Il reste pourtant quelque chose de solide. Deux livres, écrits pour des lecteurs très différents, ont jugé bon de conserver ce nom à sa place exacte dans la descendance de Javan. La mémoire biblique ne retient pas seulement les grandes figures ; elle garde aussi ceux dont on ne sait que le nom du père et le rang parmi les frères. Kittim est de ceux-là. Genesis 10:4 et 1 Chronicles 1:7 ne racontent rien de lui, et pourtant ils refusent de l'effacer.
