Javan, fils de Japheth : un nom, quatre fils, et rien de plus
Un homme réduit à son nom
Javan (יָוָן) est un fils de Japheth. Il appartient à l'époque des patriarches, située environ 1996 av. J.-C. à 1635 av. J.-C. (époque située selon la chronologie d'Ussher (1650)). Sa première mention se trouve en Genesis 10:2, dans la table des nations. On ne lui connaît ni parole, ni acte, ni voyage : il est un nom porté par des listes, et un nom dont la descendance est nommée. Pour un lecteur habitué aux récits des origines, c'est un cas instructif : l'Écriture sait consigner des existences sans les raconter.
Deux généalogies, une même place
Les deux textes qui portent son nom avant les prophètes sont des généalogies. Genesis 10:2 et Genesis 10:4 le situent d'abord ; 1 Chronicles 1:5 reprend la même liste des fils de Japheth : « Les fils de Japheth : Gomer, et Magog, et Madaï, et Javan, et Tubal, et Méshec, et Tiras. » Javan y figure au quatrième rang, entre deux frères, sans commentaire, sans éloge, sans reproche.
Deux versets plus loin, la liste descend d'un cran : « Et les fils de Javan : Élisha, et Tarsis, Kittim, et Rodanim » (1 Chronicles 1:7). Quatre fils, nommés une fois, eux aussi sans récit. La même descendance est signalée en Genesis 10:4. C'est là tout ce que les généalogies livrent : un père, une place dans une fratrie de sept, quatre fils, Elishah, Tarshish, Kittim et Dodanim.
Le nom reparaît ensuite dans un texte prophétique, Joel 3:6. Le dossier ne donne pas le texte de ce verset ; on se contentera donc de noter la référence, sans lui prêter un contenu que nous n'avons pas sous les yeux.
Aucune faute consignée, aucune vertu proclamée
Il faut le dire tel quel : l'Écriture ne met au compte de Javan aucun péché, mais elle ne lui attribue pas davantage un seul acte de foi. Les généalogies ne le blanchissent pas plus qu'elles ne l'accusent ; elles enregistrent. Là où le texte biblique nomme les fautes des hommes, il le fait sans ménagement, et le silence d'ici n'est pas un certificat de vertu. Ce serait tricher avec la page que de transformer une absence de reproche en portrait édifiant.
Ce que nous ignorons
Nous ignorons presque tout de Javan. Aucune scène, aucune parole, aucune prière, aucun conflit. Le texte ne nomme ni sa femme, ni sa mère, ni le lieu où il vécut, ni sa mort, ni la durée de sa vie. Nous ne savons pas s'il connut Dieu ni ce qu'il transmit à ses quatre fils. Le silence n'est pas une pudeur passagère du récit : c'est la forme même sous laquelle Javan nous est donné, et la remplir de traditions reviendrait à écrire un autre livre que celui que nous lisons.
Les Grecs, et la ligne qui mène au Christ
Le dossier rattache au nom de Javan une longue série de passages où il est question des Grecs : Mark 7:26 ; John 7:35 ; John 12:20 ; Acts 14:1 ; Acts 16:1 ; Acts 16:3 ; Acts 17:4 ; Acts 17:12 ; Acts 18:4 ; Acts 19:10 ; Acts 19:17 ; Acts 20:21 ; Acts 21:28 ; Romans 1:14 ; Romans 1:16 ; Romans 2:9-10 ; Romans 3:9 ; Romans 10:12 ; 1 Corinthians 1:22 ; 1 Corinthians 1:24 ; 1 Corinthians 10:32 ; 1 Corinthians 12:13 ; Galatians 2:3 ; Galatians 3:28 ; Colossians 3:11. Ces textes ne racontent pas l'homme Javan ; ils parlent d'un peuple que l'Écriture place, page après page, en vis-à-vis des Juifs.
Et la trajectoire devient saisissante. La même mesure vaut pour les uns et pour les autres, sous le jugement comme sous la promesse : « tribulation et angoisse sur toute âme d'homme qui fait le mal, et du Juif premièrement, et du Grec ; mais gloire et honneur et paix à tout [homme] qui fait le bien, et au Juif premièrement, et au Grec » (Romans 2:9-10).
La différence des attentes est nommée sans détour : « puisque les Juifs demandent des miracles et que les Grecs recherchent la sagesse » (1 Corinthians 1:22). Et voici la réponse : « mais à ceux qui sont appelés, et Juifs et Grecs, Christ la puissance de Dieu et la sagesse de Dieu » (1 Corinthians 1:24). Ce que les uns réclamaient et ce que les autres cherchaient se rencontre en une seule personne.
De là découle une manière de vivre : « Ne devenez une cause d'achoppement ni aux Juifs, ni aux Grecs, ni à l'assemblée de Dieu » (1 Corinthians 10:32). Le même effacement de la frontière est affirmé en 1 Corinthians 12:13, Galatians 3:28 et Colossians 3:11 ; la même absence de distinction devant le salut, en Romans 3:9 et Romans 10:12 ; la même annonce faite aux uns et aux autres, en Acts 14:1, Acts 17:4, Acts 18:4, Acts 19:10 et Acts 20:21.
Un nom sans histoire, quatre fils sans récit, puis des chapitres entiers où la parole atteint ceux que l'Écriture appelle les Grecs. Javan n'a rien accompli qui soit consigné. Dieu, lui, a fait quelque chose de cette lignée.
