Explication biblique

Ésaïe 43:18

Bible

Le texte

Juste après avoir rappelé Lui-même la mer fendue, le chemin dans les eaux puissantes, les chars et les chevaux couchés pour toujours, éteints « comme une mèche », l'Éternel dit à Son peuple exactement le contraire de ce qu'on attendait : « Ne vous souvenez pas des choses précédentes, et ne considérez pas les choses anciennes. » Deux verbes, deux interdictions, et rien d'autre. Le verset ne s'explique pas, il ne s'excuse pas. Il coupe. Et ce n'est qu'à la ligne suivante qu'on comprend pourquoi ce silence est imposé : quelque chose germe déjà, que le regard fixé en arrière ne verra jamais. Le verset 18 est une main posée sur la nuque pour tourner la tête.

Le cœur

Ce qui trouble ici, c'est que Dieu demande d'oublier ce qu'Il a Lui-même accompli. L'Exode n'est pas un souvenir parmi d'autres, c'est la colonne vertébrale de la foi d'Israël. Et voilà que Celui qui a ordonné la Pâque dit : n'y pensez plus. Il ne renie pas Son passé ; Il refuse d'y être enfermé. Un peuple peut adorer la mémoire d'une délivrance au point de ne plus reconnaître le Libérateur quand Il revient autrement. C'est là le nerf du texte : Dieu est fidèle, mais Sa fidélité n'est pas répétitive. Plus loin, dans le même chapitre, Il dira de Son côté : « je ne me souviendrai pas de tes péchés ». Un Dieu qui choisit d'oublier demande un peuple capable d'oublier avec Lui.

Le fil rouge

Le verset 18 ne tient debout que par ce qui suit : « Voici, je fais une chose nouvelle ; maintenant elle va germer. » Le verbe est agricole, souterrain, presque inaudible. Ce qui germe ne fait pas de bruit ; ce qui a fendu la mer en faisait beaucoup. Israël rentrera de Babylone sans miracle spectaculaire, par un décret administratif d'un roi païen. Et la lignée continue : lorsque Dieu accomplira Son œuvre décisive, ce sera dans une étable, puis sur un gibet, si peu semblable à l'Exode que la plupart ne reconnaîtront rien. Paul dira plus tard qu'il oublie ce qui est derrière pour courir vers ce qui est devant ; il n'a pas inventé ce mouvement, il l'a reçu d'ici. La fidélité de Dieu avance toujours en germant, jamais en photocopiant.

Le miroir

Vous connaissez cette phrase intérieure : avant, c'était mieux. Avant la maladie, avant ce licenciement, avant que l'église se vide, avant que cet enfant claque la porte. Et son revers, plus sournois : avant, Dieu agissait. Il y a des croyants qui vivent de la mémoire d'une conversion vieille de trente ans comme on vit d'une rente, et qui ne verraient pas une pousse verte si elle leur perçait le pied. Il y a aussi ceux que le passé ne console pas mais accuse, qui repassent chaque soir la même faute, la même parole dite à table. À ces deux-là, la même main se pose sur la nuque. Aujourd'hui : écrivez sur un papier la phrase du passé que vous vous répétez le plus souvent, lisez à voix haute par-dessus « Voici, je fais une chose nouvelle », et jetez le papier.

Le détail

Les deux interdictions ne disent pas la même chose. La seconde emploie un verbe hébreu, hitbonen, qui signifie examiner, scruter, considérer longuement, du même radical que « discernement ». Dieu n'interdit pas le souvenir spontané, celui qui monte sans qu'on l'appelle. Il interdit l'étude. Il interdit qu'on prenne les choses anciennes comme grille de lecture, comme mètre étalon de ce que Dieu peut ou ne peut pas faire. Le danger n'est pas de se rappeler ; le danger est de scruter, de mesurer le présent à l'aune de l'ancien et de conclure que rien ne vaut plus la peine. Il y a une manière d'être si savant sur son passé qu'on en devient aveugle, exactement comme ce peuple du verset 8 « qui a des yeux ».

La question

Mais peut-on obéir à un ordre pareil ? Comment ne pas se souvenir ? Et surtout : ce même Dieu passe l'Ancien Testament à crier « souviens-toi », souviens-toi de l'Égypte, souviens-toi du sabbat. Il ne se contredit pas dans le vide, Il place Son peuple dans une tension qu'aucune formule ne dissout. Peut-être faut-il l'entendre ainsi : la mémoire n'est jamais neutre, elle sert quelqu'un. Ou bien elle vous porte vers Celui qui a agi, ou bien elle vous enferme dans ce qui a été. Le texte ne dit pas laquelle est la vôtre. Il laisse la question ouverte, et c'est peut-être précisément là que Dieu attend, en silence, que vous répondiez sans qu'Il vous souffle la réponse.

Le contexte

Nous sommes au sixième siècle, à Babylone. Une génération est née en exil, elle n'a jamais vu Jérusalem, elle connaît le temple par récit. Autour d'elle, la ville la plus puissante du monde promène ses dieux en procession, chars dorés, foule immense. Israël, lui, n'a plus qu'une histoire : la mer fendue, mille ans plus tôt. C'est sa carte d'identité et son seul argument face aux nations convoquées au verset 9. Et voilà qu'au moment où Dieu annonce la chute de Babylone et le retour, Il retire à Son peuple son unique appui mémoriel. Non pour l'humilier, mais pour libérer son regard. Un exilé qui ne regarde qu'en arrière ne se lèvera jamais pour marcher.

Réflexion

Quelle « chose ancienne » êtes-vous en train de scruter, et que vous empêche-t-elle de voir aujourd'hui ?

Si Dieu agissait maintenant sans ressembler à ce qu'Il a fait autrefois dans votre vie, à quoi Le reconnaîtriez-vous ?

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Questions fréquentes sur Isaiah 43:18

Des réponses rapides aux questions les plus courantes sur ce passage biblique.

Que signifie Ésaïe 43:18 ?
Juste après avoir rappelé Lui-même la mer fendue, le chemin dans les eaux puissantes, les chars et les chevaux couchés pour toujours, éteints « comme une mèche », l'Éternel dit à Son peuple exactement le contraire de ce qu'on attendait : « Ne vous souvenez pas des choses précédentes, et ne considérez pas les choses anciennes.
De quoi parle Ésaïe 43:18 ?
Le verset 18 ne tient debout que par ce qui suit : « Voici, je fais une chose nouvelle ; maintenant elle va germer. » Le verbe est agricole, souterrain, presque inaudible. Ce qui germe ne fait pas de bruit ; ce qui a fendu la mer en faisait beaucoup. Israël rentrera de Babylone sans miracle spectaculaire, par un décret administratif d'un roi païen.
Quel est le contexte historique de Ésaïe 43:18 ?
Les deux interdictions ne disent pas la même chose. La seconde emploie un verbe hébreu, hitbonen, qui signifie examiner, scruter, considérer longuement, du même radical que « discernement ». Dieu n'interdit pas le souvenir spontané, celui qui monte sans qu'on l'appelle.
Que nous enseigne Ésaïe 43:18 sur le caractère de Dieu ?
Nous sommes au sixième siècle, à Babylone. Une génération est née en exil, elle n'a jamais vu Jérusalem, elle connaît le temple par récit. Autour d'elle, la ville la plus puissante du monde promène ses dieux en procession, chars dorés, foule immense. Israël, lui, n'a plus qu'une histoire : la mer fendue, mille ans plus tôt.
En quoi Ésaïe 43:18 reste-t-il pertinent aujourd'hui ?
Si Dieu agissait maintenant sans ressembler à ce qu'Il a fait autrefois dans votre vie, à quoi Le reconnaîtriez-vous ?

Qu'est-ce qui vous touche dans Isaiah 43 ?

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