Éphésiens 1:23
Le texte
Paul vient de dire que Dieu a tout mis sous les pieds du Christ ressuscité et qu'Il L'a donné « [pour être] chef sur toutes choses à l'assemblée ». Le verset 23 achève la phrase par une définition qui surprend : cette assemblée « est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous ». Autrement dit, la communauté des croyants n'est pas un auditoire rassemblé autour d'un chef lointain, mais l'organisme par lequel Celui qui remplit l'univers entier se rend visible et tangible. Le Christ est présenté à la fois comme Celui qui déborde partout et comme Celui dont la plénitude trouve son expression concrète dans un corps précis, situé, avec des mains, des agendas et des portefeuilles.
Le cœur
Le mot grec derrière « plénitude », plèrôma, désigne ce qui remplit un espace jusqu'à ras bord, comme l'eau dans un vase. Paul l'emploie d'une manière presque choquante : le Christ, qui « remplit tout en tous », a choisi d'avoir un contenant. Non parce qu'Il manquerait de quelque chose, mais parce qu'Il a décidé que Sa présence au monde passerait par des gens. Cela déplace l'éthique chrétienne hors du registre du devoir. La question n'est plus d'abord « que dois-je faire pour plaire à Dieu ? » mais « de quoi mon corps, mon travail, mon argent sont-ils en train de se remplir ? ». Car ce qui remplit un corps finit par se voir. Une assemblée remplie du Christ ressuscité ne peut pas rester neutre sur la manière dont ses membres traitent leurs collègues, leurs créanciers et leurs ennemis.
Le fil conducteur
Dans l'Ancien Testament, il existe un objet qui se remplit : le sanctuaire. Quand la gloire descend sur le tabernacle, Moïse ne peut plus y entrer, tant l'espace est saturé. Tout le drame d'Israël tient ensuite à cette question : Dieu habite-t-Il encore au milieu de Son peuple, ou la maison est-elle vide ? Paul reprend le fil et le noue autrement. Le lieu que Dieu remplit n'est plus un bâtiment, mais une assemblée de personnes réconciliées, cohérente avec ce qu'il annonçait plus haut : « réunir en un toutes choses dans le Christ ». Le rassemblement de l'univers commence quelque part, à petite échelle, dans un groupe qui apprend à vivre ensemble. L'Église n'est pas le but du plan de Dieu ; elle en est l'avant-poste visible.
Le miroir
Si vous êtes le corps de Celui qui remplit tout, alors votre manière de répondre à un mail agressif n'est pas une affaire privée. Le collègue que vous évitez depuis trois mois, la facture que vous laissez traîner parce que le fournisseur n'osera pas insister, le ton que vous prenez avec vos enfants quand vous êtes fatigué : tout cela est l'endroit précis où le Christ ressuscité se rend perceptible ou ne se rend pas perceptible. Voilà la pointe du verset. Nous aimons penser notre foi comme une intériorité, et Paul la décrit comme un corps. Un corps a une adresse, des horaires, une carte bancaire. Et un corps ne peut pas se désolidariser de ses membres : le frère que vous avez classé comme impossible fait partie du même organisme que vous. Aujourd'hui, écrivez à ce membre de votre assemblée dont vous vous êtes discrètement éloigné un message de trois lignes, sans justification ni reproche, simplement pour demander comment il va.
Le portrait
Les lecteurs d'Éphèse vivaient à l'ombre d'un temple immense, celui d'Artémis, dont la présence remplissait l'économie, le calendrier et l'imaginaire de la ville. Dire d'un petit groupe réuni dans des maisons, composé en bonne partie d'artisans, d'esclaves et de femmes sans statut, qu'il est « la plénitude de celui qui remplit tout en tous », c'était une audace presque comique. Aucune colonnade, aucun prestige, aucune reconnaissance civique. Et pourtant Paul vient d'énumérer « toute principauté, et autorité, et puissance, et domination » pour les situer toutes sous les pieds du Christ. Ses lecteurs entendaient donc ceci : ce qui vous intimide dans cette ville a déjà été remis à Celui qui vous habite. Leur petitesse n'était pas un démenti de la promesse, mais son lieu.
La question
Si l'Église est la plénitude du Christ, pourquoi ressemble-t-elle si souvent à un lieu vide ? Les divisions, les abus, la médiocrité spirituelle ne sont pas des accidents marginaux ; ils occupent des pages entières de notre histoire. Paul ne décrit pas ici ce que nous observons, il affirme ce que Dieu a établi. Mais il ne propose aucun mécanisme qui nous mettrait à l'abri. La tension reste entière : un corps réellement rempli, et des membres qui agissent comme s'il était vide. Je ne vois pas de résolution élégante à cela. Il reste que l'affirmation précède l'expérience, et que notre tâche n'est pas de produire la plénitude mais de cesser de l'obstruer. C'est moins confortable qu'il n'y paraît.
Le contexte
Paul écrit depuis la détention, probablement à Rome, autour des années 60. La lettre circule vraisemblablement entre plusieurs assemblées d'Asie mineure, ce qui explique son ton moins personnel que d'autres épîtres. Les versets 15 à 23 forment une seule longue prière : Paul demande que « les yeux de votre cœur » soient éclairés, c'est-à-dire que ces croyants voient ce qui est déjà vrai. Socialement, ces communautés mêlent des gens que la ville n'aurait jamais assis à la même table, Juifs et non-Juifs, maîtres et esclaves. Dire « son corps » à un tel groupe, c'est imposer une solidarité que la société ambiante jugeait impensable. Le reste de la lettre, du chapitre 4 au chapitre 6, ne fera que détailler les conséquences pratiques de cette seule phrase.
Réflexion
Si quelqu'un observait votre semaine sans vous entendre parler de foi, à quoi verrait-il que vous appartenez à un corps plutôt qu'à vous-même ?
Quel membre de votre assemblée avez-vous cessé, en pratique, de considérer comme faisant partie du même corps que vous, et pourquoi ?
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Questions fréquentes sur Ephesians 1:23
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Ce que la communauté partage sur Ephesians 1
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
« Je ne cesse de rendre grâces pour vous, faisant mention de vous dans mes prières. » Paul est en prison, et pourtant il passe son temps à remercier Dieu pour d'autres. Qui porte ton nom devant Dieu en ce moment, sans que tu le saches ? Et toi, de qui pourrais-tu faire mention aujourd'hui, simplement avec gratitude ?
Père, tu rassembles en Christ ce qui semble dispersé, au ciel comme sur la terre. Je regarde ma vie en morceaux et j'ai du mal à voir l'unité. Apprends-moi à te faire confiance pour le temps que tu as choisi, et garde mon cœur en paix.
Il a assujetti toutes choses sous ses pieds, et l'a donné pour être chef sur toutes choses à l'assemblée." Remarque ce petit mot: donné. Celui qui domine sur tout n'est pas gardé à distance, il t'est donné. La tête ne se sépare jamais de son corps. Ce qui pèse sur toi aujourd'hui est déjà sous ses pieds.
Père, tu m'as déjà comblé en Christ, bien avant que je pense à te le demander. Quand mes mains semblent vides, rappelle-moi la richesse que je porte en lui. Merci pour ces bénédictions du ciel qui tiennent bon même dans mes jours gris.
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