Exode 35:5
Le Texte
« Prenez, de ce qui est à vous, une offrande pour l'Éternel. » Trois mots suffisent à créer un vertige : de ce qui est à vous. Moïse, debout devant toute l'assemblée, ne réquisitionne rien. Il ouvre une porte et attend. Que celui dont l'esprit est libéral, dont le cœur y porte, apporte quelque chose : de l'or, de l'argent, de l'airain. Rien n'est taxé, rien n'est compté par famille, aucun quota n'est fixé. Dieu, qui vient de dicter jusqu'aux dimensions des planches et à la teinture des peaux, laisse ici un blanc dans Son propre plan. Le sanctuaire où Il habitera sera bâti de matériaux que personne n'était obligé de donner. C'est étrange. C'est même risqué.
Le Cœur
Pourquoi Dieu, qui possède tout, demande-t-il qu'on Lui apporte quelque chose ? Le texte ne l'explique pas. Il se contente de dire deux fois « offrande de l'Éternel », comme si l'or cessait déjà d'appartenir à celui qui le tient. Peut-être est-ce là le nœud : l'offrande ne comble aucun manque chez Dieu, elle déplace quelque chose chez l'homme. Ce peuple sortait d'Égypte avec l'or des maîtres dans ses sacs, et il avait déjà, une fois, fondu cet or en veau. Le même métal, la même main, deux directions opposées. La différence ne tient pas à la matière mais à ce que le texte appelle « un esprit libéral », un cœur qui se laisse porter. Dieu demande le consentement avant de demander le bien. Il veut habiter parmi des donateurs, non parmi des contribuables.
Le Fil Rouge
Il faut se rappeler ce qui précède. Quelques chapitres plus tôt, ce même peuple avait donné son or spontanément, avec enthousiasme même, pour fabriquer un veau. L'élan du cœur n'est donc pas une garantie ; il peut se tromper d'objet avec une facilité effrayante. Et pourtant Dieu ne retire pas la liberté après la catastrophe. Il ne dit pas : désormais, ce sera prélevé d'office. Il redemande exactement ce qui avait été mal donné. C'est une manière de pardonner qui déroute : rendre à quelqu'un la possibilité même de recommencer sa faute. Ce mouvement traverse toute l'Écriture jusqu'à son point le plus vertigineux, où Dieu ne demande plus notre or mais Se donne Lui-même, librement, et vient dresser Sa tente au milieu de nous. Le sanctuaire portable de Sinaï en était l'ombre lointaine ; l'offrande volontaire en était l'apprentissage.
Le Miroir
« De ce qui est à vous. » La formule gratte, parce que nous savons très bien ce qui est à nous. Le salaire qui rentre le 30, l'appartement, les heures du samedi, l'énergie qu'il reste après le travail. Nous vivons dans un rapport de propriétaire à ces choses, et le christianisme s'accommode souvent d'une taxe raisonnable prélevée sur ce domaine : un pourcentage, une soirée par mois, de quoi rester en règle. Or ce texte ne réclame pas une taxe. Il ouvre un espace vide et attend de voir qui s'avancera. Ce qui est mis à nu, ce n'est pas notre avarice, c'est plutôt notre peur de la liberté : nous préférerions qu'on nous dise combien, parce qu'alors nous saurions quand nous avons fini. Ici, personne ne dit combien. Personne ne dira non plus que c'est assez.
Aujourd'hui, avant ce soir, choisissez une seule chose qui vous appartient vraiment et que personne ne vous a demandée, un objet, une somme, une heure de votre semaine, et donnez-la sans le dire à qui que ce soit.
Le Contexte
Nous sommes au pied du Sinaï, dans un camp de nomades qui n'ont ni ville, ni temple, ni terre. Moïse vient de redescendre de la montagne, le visage encore marqué par ce qu'il a vu, après l'épisode du veau d'or et la rupture qui a failli tout emporter. Ce que Dieu avait dicté en détail avant la faute, Moïse le transmet maintenant en vue de l'exécution : le tabernacle sera réellement construit. L'or et l'argent dont il parle ne viennent pas de mines israélites ; ce sont les dépouilles de l'Égypte, la compensation d'esclaves à qui l'on avait tout pris. Chaque anneau de nez, chaque pendant d'oreille porte la mémoire du fouet et de la sortie précipitée. Demander cet or-là, c'est demander à des affranchis de se dessaisir de leur seule sécurité matérielle dans un désert sans marchés.
Le Profil
Ceux qui écoutent Moïse ce jour-là ont survécu à quelque chose. Ils ont vu mourir des leurs après le veau ; ils savent que la présence de Dieu au milieu du camp n'est pas un confort mais un risque. Et voilà qu'on leur redonne le rôle de bâtisseurs. Ils entendent, dans cette invitation, quelque chose que nous manquons souvent : la preuve tangible qu'ils ne sont pas mis à l'écart. Un peuple puni n'est pas invité à contribuer. Un peuple restauré, si. Plus tard, des générations d'Israélites liront ce chapitre en exil, sans sanctuaire, et y trouveront la mémoire d'un temps où le lieu de la présence de Dieu était fait de tissus filés à la main et d'objets personnels. Portable. Donné. Refaisable.
Le Personnage Principal
Le personnage central de ce verset n'est ni Moïse ni les donateurs, mais Celui qui reste étrangement en retrait. Un Dieu qui a créé le monde par la parole demande ici des bijoux d'occasion. Un Dieu qui a fendu la mer attend qu'un homme veuille bien lui apporter un morceau de bois d'acacia. Il aurait pu faire descendre un sanctuaire tout fait ; Il ne l'a pas fait. Il y a dans cette retenue quelque chose qui ressemble à de la tendresse, mais aussi quelque chose d'incompréhensible : Dieu Se rend dépendant. Il lie Sa demeure à la générosité imprévisible de gens qui viennent de Le trahir. Nous ne saurons jamais tout à fait pourquoi. Peut-être parce qu'Il ne veut pas seulement être obéi, mais désiré.
Réflexion
Qu'est-ce que je considère, sans jamais l'avoir dit à voix haute, comme définitivement « à moi » et hors de portée de cette invitation ?
Si Dieu attend un consentement avant d'attendre un bien, où, dans ma vie, ai-je donné la chose sans jamais donner le consentement ?
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Questions fréquentes sur Exodus 35:5
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Ce que la communauté partage sur Exodus 35
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Merci, Seigneur, de parler à toute l'assemblée et pas seulement à quelques-uns. « Voici ce que l'Éternel a commandé » : ta volonté n'est pas cachée, elle nous est dite clairement. Merci de nous inclure tous dans ton œuvre.
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