Philippiens 2:2
Le texte
Paul, enchaîné, demande une seule chose à ses amis de Philippes : que sa joie soit portée à son terme. Et cette joie ne dépendra pas de sa libération, mais de leur unité : une même pensée, un même amour, un même sentiment, une seule et même chose visée ensemble. Quatre fois le mot « même », comme quelqu'un qui frappe quatre fois au même endroit du clou.
Le cœur
Philippes est une colonie romaine, peuplée de descendants de vétérans installés là après les guerres civiles. On y parle latin dans les actes officiels, on y compte les honneurs, on y sait exactement qui précède qui à table. Dans une telle ville, l'unité que Paul demande n'est pas un sentiment tiède ; c'est une subversion. Il ne réclame pas l'uniformité des opinions mais une convergence des affections : le mot grec que Darby rend par « pensée » (phronein) désigne moins le raisonnement que l'orientation profonde du cœur, ce vers quoi l'on penche. Paul demande à des gens formés à grimper de pencher tous dans la même direction, et les versets suivants diront laquelle : vers le bas.
Le fil conducteur
Ce verset ne tient pas debout tout seul. Il est suspendu au « si » du verset 1 (« si donc il y a quelque consolation en Christ ») et il débouche sur le grand poème du Christ qui « s'est anéanti lui-même ». Autrement dit, l'unité n'est ni un effort de bonne volonté ni une technique de gestion des conflits : elle est le prolongement visible d'un mouvement déjà accompli en Christ. Dieu a toujours travaillé à rassembler un peuple dispersé, depuis Babel jusqu'à la Pentecôte. Ici, ce rassemblement prend un visage concret : des affranchis, des marchandes de pourpre, d'anciens soldats, assis dans la même pièce, partageant le même pain, sans que l'ordre social romain ne décide plus de la place de chacun.
Le miroir
Nous lisons « ayez une même pensée » et nous entendons aussitôt : soyons d'accord sur tout. Ce n'est pas cela. Le désaccord n'est pas le contraire de l'unité ; l'ambition personnelle l'est, comme le dit le verset 3. Posez-vous la vraie question : dans votre conseil d'église, votre équipe, votre famille, qu'est-ce qui vous empêche de céder ? Souvent ce n'est pas la vérité, c'est la peur d'être compté pour rien. Vous avez donné vingt ans à cette communauté et personne ne le mentionne. Vous avez raison sur ce point de budget et céder ressemblerait à un aveu de faiblesse. Paul ne vous demande pas de renoncer à votre discernement. Il vous demande de renoncer à en faire un trophée.
Le personnage principal
L'homme qui écrit cela est en prison, incertain de vivre. On s'attendrait à ce qu'il réclame des visites, de l'argent, une intervention juridique. Il réclame de la joie, et il la fait dépendre entièrement de la santé relationnelle d'une communauté située à des centaines de kilomètres. Il y a là une vulnérabilité qui étonne : Paul se rend dépendant de ces gens. « Rendez ma joie accomplie » est presque une supplication. On mesure mal, aujourd'hui, ce que cela coûtait à un homme de son statut, dans une culture d'honneur, de se placer ainsi en position de demandeur. Il fait déjà, dans sa manière d'écrire, ce qu'il va décrire au verset 7.
L'intertexte
Deux échos éclairent ce verset. Le premier est tout proche : au verset 20, Paul dit de Timothée qu'il n'a « personne qui soit animé d'un même sentiment » avec lui, exactement le vocabulaire du verset 2. L'unité demandée à l'Église n'est donc pas une abstraction ; elle a un nom et un visage, celui d'un jeune homme qui a servi « comme un enfant sert son père ». Le second est Jean 17, où Jésus prie pour que les Siens soient un comme le Père et Lui sont un. L'unité chrétienne n'est pas d'abord une performance morale : elle est le reflet, dans une salle enfumée de Philippes, de ce qui se passe éternellement entre le Père et le Fils.
Le détail
« Rendez ma joie accomplie ». Le verbe suggère un vase qu'on remplit jusqu'au bord. La joie de Paul existe déjà, elle est réelle, elle traverse ses chaînes ; elle n'est simplement pas encore pleine. Cela vaut la peine de s'y arrêter, car nous imaginons volontiers l'apôtre comme un homme spirituellement autosuffisant, alimenté d'en haut, indifférent aux nouvelles. Le texte dit autre chose. Il manque quelque chose à sa joie, et ce qui manque, ce sont des frères réconciliés. Voilà le renversement : ce ne sont pas les grandes réussites missionnaires qui achèvent sa joie, mais deux personnes de Philippes qui cesseraient de se disputer. Dieu a lié la plénitude de la joie de Ses serviteurs à la paix entre les Siens.
Réflexion
Dans quel désaccord actuel votre position est-elle défendable, mais votre motivation, si vous êtes honnête, tient-elle plutôt à la peur d'être diminué ?
Y a-t-il quelqu'un dont la joie serait rendue complète par une démarche que vous repoussez depuis des mois ?
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Questions fréquentes sur Philippians 2:2
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Ce que la communauté partage sur Philippians 2
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Paul vient de dire que Jésus s'est anéanti lui-même, prenant la forme d'esclave. Puis ceci: « il s'est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. »
Remarque l'ordre. D'abord s'abaisser, ensuite obéir. Beaucoup d'entre nous voulons obéir sans nous abaisser. Nous voulons servir en gardant notre rang, notre fierté, notre droit d'être compris. Jésus a laissé tomber tout cela avant même de monter à la croix.
Où t'accroches-tu encore à ta dignité quand Dieu te demande simplement de descendre ?
Merci, Père, pour ceux qui, comme Timothée, ne cherchent pas leur propre intérêt mais celui de Jésus Christ. Merci pour ces frères et sœurs qui prennent soin de nous sans rien attendre en retour. Change mon cœur pour que je serve ainsi, à ton tour.
« Travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement. » Paul ne dit pas gagnez-le, mais faites-le vivre, sortez-le au grand jour. Et remarque le moment : Paul est absent. Ta foi ne tient donc pas à un regard humain qui te surveille. Que fais-tu quand personne ne te voit ? C'est là que le Christ te façonne.
Père, façonne en moi la même façon de penser que celle de Jésus. Là où je veux être vu, apprends-moi à servir. Là où je défends ma place, donne-moi le courage de m'abaisser. Que ton humilité devienne peu à peu la mienne.
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