Philippiens 2:8
Le Texte
Paul décrit un mouvement qui descend. Celui qui était « en forme de Dieu » ne s'est pas accroché à son rang ; Il s'est vidé, a pris la forme d'esclave, et au verset 8 la descente touche le fond : « il s'est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix ». Deux abaissements en cascade, donc. D'abord de la gloire à l'humanité, ensuite de l'humanité à l'obéissance, et de l'obéissance jusqu'à une mort précise, nommée, la plus infâme que l'Empire connaissait. Paul ne dit pas simplement que Jésus est mort. Il ajoute quatre mots qui, pour ses lecteurs de Philippes, avaient l'odeur du bois, du sang et de la honte publique.
Le Cœur
Ce verset décide de ce que signifie le mot « Dieu ». Car l'abaissement n'est pas ici un accident survenu à Jésus, une tragédie subie ; le verbe est actif, réfléchi : Il s'est abaissé Lui-même. Personne ne L'a poussé. La divinité ne se révèle donc pas malgré la croix, mais dans le geste même de descendre. Et remarquez l'ordre : l'obéissance vient avant la mort et la traverse. Jésus n'obéit pas jusqu'à un certain point raisonnable, puis s'arrête ; Il obéit jusqu'à ce que l'obéissance Lui coûte tout. Voilà pourquoi Paul place ce texte au milieu d'une exhortation banale sur les querelles d'église. La grâce n'est pas une idée aimable : c'est Dieu qui perd sa réputation pour nous garder.
Le Fil Rouge
Deux fils anciens se nouent ici. Le premier vient du jardin : une main tendue vers un fruit, le geste de saisir l'égalité avec Dieu comme un butin. Genèse 3 raconte l'homme qui monte et qui tombe ; Philippiens 2 raconte Dieu qui descend et qui relève. Le verbe de Paul au verset 6, « un objet à ravir », renvoie exactement à cette convoitise-là, mais inversée. Le second fil vient d'Ésaïe 53, ce serviteur défiguré qui se laisse conduire sans ouvrir la bouche et dont l'obéissance devient sacrifice. Paul ne cite pas, il assume : ses lecteurs juifs entendaient le serviteur, ses lecteurs païens entendaient l'esclave crucifié. Toute l'histoire du salut tient dans cette direction inhabituelle. Dieu ne nous attire pas vers le haut par la force ; Il vient chercher en bas.
Le Miroir
Il y a une question précise que ce verset pose à votre semaine : jusqu'où votre obéissance va-t-elle avant que votre réputation ne devienne plus importante ? Nous obéissons volontiers tant que cela nous rend estimables. Servir dans l'église, oui, si on le remarque. Pardonner, oui, si l'autre reconnaît d'abord ses torts. Céder dans une discussion de conseil paroissial, oui, tant que je ne passe pas pour faible. Paul écrit cela à des gens qui se disputaient sur des préséances, et il leur met sous les yeux un Dieu qui accepte de passer pour rien. Le point douloureux n'est pas le sacrifice héroïque, que nous imaginons volontiers ; c'est l'humiliation ordinaire, celle qui ne sera jamais racontée à personne, et que personne ne viendra réparer.
La Question
Pourquoi fallait-il aller si loin ? Une mort aurait suffi, semble-t-il, pour être solidaire de nous. Pourquoi « et à la mort de la croix » ? Paul n'explique pas. Il ajoute ces mots comme on pose une pierre lourde sur une table, et il passe au verset suivant. On peut répondre théologiquement : la malédiction devait être portée là où elle était visible, publique, maximale. C'est vrai, mais cela ne dissout pas le scandale. Reste ceci : Dieu a choisi le lieu exact où nous ne Le cherchions pas, où l'on ne cherche personne. Si vous avez déjà accompagné quelqu'un dans une humiliation sans issue, une maladie qui défigure, une faillite, une honte publique, vous savez que ce verset ne console pas en expliquant. Il console en étant déjà là.
Le Contexte
Philippes n'était pas une ville grecque quelconque. C'était une colonie romaine, peuplée de vétérans installés là après les batailles de 42 avant Jésus Christ, fiers de leur droit italique, parlant latin dans les inscriptions officielles, organisés selon une échelle d'honneur où chacun savait sa place. On y montait : affranchi, citoyen, magistrat, patron. Toute la vie sociale était un mouvement ascendant. Et la croix, dans cette ville, n'était pas un symbole religieux ; c'était le supplice des esclaves, le supplicium servile, réservé aux fugitifs et aux rebelles, exécuté hors des murs, en public, pour que tout le monde voie. Un citoyen romain ne pouvait pas y être condamné. Paul, lui, écrit depuis une prison, sans doute à Rome, enchaîné, et il envoie à des colons romains un hymne qui célèbre une descente.
Le Profil
Imaginez la lecture à voix haute, dans une maison, peut-être celle de Lydie, marchande de pourpre. Il y a là des affranchis, des esclaves, des femmes d'artisans, quelques citoyens. Ils ont vu Paul et Silas battus de verges sur la place publique de leur ville, et le geôlier qui devait les garder est peut-être assis parmi eux. Quand le lecteur arrive à « la forme d'esclave », certains dans la pièce savent exactement ce que cela signifie dans leur corps. Et quand il prononce « la mort de la croix », il y a un silence gêné, parce qu'on ne prononce pas ce mot dans une bonne société. Voilà ce que nous n'entendons plus : ce texte ne décorait pas leur foi, il la rendait socialement coûteuse. Suivre ce Seigneur-là, c'était accepter de descendre l'échelle que toute la ville passait sa vie à gravir.
Réflexion
Où, cette semaine, votre obéissance s'est-elle arrêtée précisément au point où elle aurait commencé à vous coûter votre réputation ?
Si la croix était pour Philippes le mot que l'on ne prononce pas en bonne compagnie, quel est aujourd'hui, dans votre milieu, l'aspect de l'Évangile que vous préférez taire, et pourquoi ?
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Questions fréquentes sur Philippians 2:8
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Ce que la communauté partage sur Philippians 2
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Paul vient de dire que Jésus s'est anéanti lui-même, prenant la forme d'esclave. Puis ceci: « il s'est abaissé lui-même, étant devenu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. »
Remarque l'ordre. D'abord s'abaisser, ensuite obéir. Beaucoup d'entre nous voulons obéir sans nous abaisser. Nous voulons servir en gardant notre rang, notre fierté, notre droit d'être compris. Jésus a laissé tomber tout cela avant même de monter à la croix.
Où t'accroches-tu encore à ta dignité quand Dieu te demande simplement de descendre ?
Merci, Père, pour ceux qui, comme Timothée, ne cherchent pas leur propre intérêt mais celui de Jésus Christ. Merci pour ces frères et sœurs qui prennent soin de nous sans rien attendre en retour. Change mon cœur pour que je serve ainsi, à ton tour.
« Travaillez à votre propre salut avec crainte et tremblement. » Paul ne dit pas gagnez-le, mais faites-le vivre, sortez-le au grand jour. Et remarque le moment : Paul est absent. Ta foi ne tient donc pas à un regard humain qui te surveille. Que fais-tu quand personne ne te voit ? C'est là que le Christ te façonne.
Père, façonne en moi la même façon de penser que celle de Jésus. Là où je veux être vu, apprends-moi à servir. Là où je défends ma place, donne-moi le courage de m'abaisser. Que ton humilité devienne peu à peu la mienne.
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