Romains 1
Le Texte
Paul se présente comme esclave et apôtre, mis à part pour un évangile qui n'est pas neuf mais promis d'avance par les prophètes, et qui porte sur un Fils né de la semence de David et déclaré Fils de Dieu par la résurrection. Il écrit à des croyants de Rome qu'il n'a jamais vus, dit sa faim de les rencontrer, son absence de honte à l'égard de l'évangile, puissance de Dieu en salut. Puis le ton bascule: la colère de Dieu est révélée contre des hommes qui, ayant connu Dieu, ne L'ont pas glorifié, et que Dieu, par trois fois, "a livrés".
Le Cœur
Deux révélations se tiennent côte à côte dans ce chapitre, et il faut résister à l'envie de les séparer. Au verset 17, "la justice de Dieu y est révélée". Au verset 18, "la colère de Dieu est révélée du ciel". Le même verbe, le même dévoilement. L'évangile ne fait pas seulement apparaître la grâce; il fait apparaître, du même coup, ce qui était déjà là et que nous ne regardions pas. Ce chapitre dit donc quelque chose d'inconfortable sur Dieu: Il n'est pas indifférent. Sa colère n'est pas une humeur, c'est la manière dont la sainteté réagit au mensonge. Et sa forme la plus terrible, ici, n'est pas la foudre: c'est le lâcher-prise. Dieu livre les hommes à ce qu'ils voulaient.
Le Fil Conducteur
Remarquez que Paul refuse de présenter l'évangile comme une nouveauté: Dieu "l'avait auparavant promis par ses prophètes dans de saintes écritures". Rien n'est improvisé. La longue histoire d'Israël, ses attentes, ses échecs, ses oracles, tout cela était déjà tendu vers ce Fils "né de la semence de David, selon la chair". Et pour appuyer sa thèse centrale, Paul cite Habacuc: "Or le juste vivra de foi". Il choisit un prophète qui criait à Dieu son incompréhension devant le mal. Ce n'est pas un hasard. La foi dont parle Paul n'est pas une certitude tranquille; c'est la manière de vivre de ceux qui ne voient pas encore et tiennent quand même. Le fil qui va d'Abraham à Rome est celui-là.
Le Miroir
Le passage le plus dur n'est pas la liste des vices, c'est le verset 21: "ayant connu Dieu, ils ne le glorifièrent point comme Dieu, ni ne lui rendirent grâces". L'ingratitude comme point de départ de tout le reste. Cela touche moins le grand blasphémateur que vous, le matin, devant votre café, quand la santé, le travail, les enfants qui dorment encore vous semblent simplement dus. Il y a une manière d'être chrétien pratiquant et de ne jamais dire merci. Et Paul ajoute: "se disant sages, ils sont devenus fous". Nous qui lisons, préparons, enseignons, sommes précisément exposés à cette folie-là: la compétence religieuse qui remplace l'adoration. Où votre intelligence de la Bible a-t-elle cessé de vous faire fléchir le genou?
Le Détail
"C'est pourquoi Dieu les a aussi livrés." Trois fois (versets 24, 26, 28). Arrêtons-nous là, car ce verbe est étrange. On attendrait: Dieu les a frappés, Dieu les a punis. Non: Il les a livrés, comme on remet un prisonnier entre les mains de quelqu'un. Mais entre les mains de qui? De leurs propres convoitises. Le châtiment, ici, c'est l'exaucement. Dieu retire la main qui retenait, et l'homme reçoit ce qu'il désirait, et ce désir devient sa prison. Il y a dans ce mot une gravité silencieuse que ni la colère explosive ni la tolérance molle ne savent porter. C'est peut-être la chose la plus effrayante que la Bible dise de Dieu: qu'Il puisse nous laisser être ce que nous voulons être.
Le Personnage Principal
Le premier mot que Paul choisit pour lui-même est doulos, esclave, propriété d'un autre. À Rome, dans la capitale où le statut social est tout, c'est une provocation. Puis, aussitôt, "apôtre appelé". Esclave et envoyé: son autorité vient entièrement de son appartenance. Et cet homme, qui pourrait écrire de haut, avoue au verset 12 qu'il vient chercher autant qu'apporter, "afin que nous soyons consolés ensemble, chacun par la foi qui est dans l'autre". Il se dit aussi "débiteur", envers les Grecs et les barbares, envers les sages et les inintelligents. Non pas généreux: endetté. Il a reçu quelque chose qui ne lui appartient pas et qu'il doit remettre. Voilà le paysage intérieur de Paul: appartenance, dette, désir ardent, et pas la moindre honte.
Contexte
Nous sommes vers le milieu des années 50, Paul écrit probablement de Corinthe, à une église qu'il n'a pas fondée, dans la ville qui est le centre du monde. Rome vénère la puissance; l'empereur y est célébré comme sauveur et seigneur. Dire "Jésus Christ, notre Seigneur", "puissance de Dieu en salut", c'est déplacer le trône. L'église de Rome mêle juifs et non-juifs, avec toutes les tensions que cela suppose, d'où l'insistance: "au Juif premièrement, et au Grec". Et Paul, quand il décrit les temples, les statues d'oiseaux et de reptiles, la débauche des cultes, ne parle pas d'un monde lointain: ses lecteurs traversent tout cela en allant au marché.
Où, dans votre vie, Dieu a-t-Il peut-être commencé à vous "livrer" à ce que vous demandiez avec insistance?
Qu'est-ce qui, chez vous, ressemble encore à de la honte quand il s'agit de parler de l'évangile, et de quoi cette honte a-t-elle vraiment peur?
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Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Je suis débiteur et envers les Grecs et envers les barbares, et envers les sages et envers les inintelligents." Paul ne dit pas qu'on lui doit quelque chose, mais qu'il doit, lui. La grâce reçue l'a rendu redevable envers des gens qu'il n'a jamais rencontrés. Et toi, à qui dois-tu encore ce que tu as reçu gratuitement ?
Parmi lesquels vous aussi vous êtes des appelés de Jésus Christ." Paul parle des nations entières, puis il s'arrête pour dire: toi aussi. Tu n'es pas un numéro perdu dans la foule des peuples. Son appel t'a trouvé par ton nom, là où tu vivais, avant que tu ne cherches rien. Appelé, non par un projet, mais par Quelqu'un.
« Premièrement, je rends grâces à mon Dieu, par Jésus Christ, pour vous tous. » Avant de corriger, avant d'enseigner, Paul remercie. Et il dit « mon Dieu », comme on parle de quelqu'un qu'on connaît vraiment.
Quand tu penses à cette personne de ton église qui t'agace, par quoi commences-tu? La plainte, ou l'action de grâces?
« déterminé Fils de Dieu, en puissance, selon l'Esprit de sainteté, par la résurrection des morts ». Le tombeau vide n'est pas seulement une victoire, c'est une déclaration : voilà qui Il est. Et si la résurrection a suffi à établir cela, elle suffit aussi à porter ta foi les jours où tu doutes de tout.
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