Romains 1:16
Le texte
Paul vient de dire qu'il est prêt à annoncer l'évangile à Rome aussi, et il enchaîne avec une justification qui ressemble à une provocation : « Car je n'ai pas honte de l'évangile ». La raison n'est pas psychologique mais théologique : ce message n'est pas une opinion religieuse parmi d'autres, il est « [la] puissance de Dieu en salut à quiconque croit ». Et cette puissance a une adresse précise et un ordre : « au Juif premièrement, et au Grec ». En trois propositions, Paul pose ce qui portera les onze chapitres suivants : un messager sans honte, un message qui agit, un salut ouvert à tous mais qui garde la trace de l'histoire par laquelle Dieu est venu.
Le cœur
La formule décisive est « puissance de Dieu en salut ». L'évangile n'est pas d'abord une information sur un salut disponible ailleurs ; il est le moyen par lequel Dieu sauve effectivement. Quand la parole est annoncée, quelque chose se passe, comme au premier jour où Dieu parle et la lumière est. Cela retourne notre manière spontanée de penser la foi : nous imaginons souvent que la puissance appartient à Dieu et que l'évangile n'en serait que la description. Paul dit l'inverse. Et cette puissance n'a qu'une porte d'entrée, « quiconque croit », ce qui la rend à la fois radicalement accessible et humiliante : personne n'y accède par mérite, statut ou culture. Le Juif d'abord, le Grec ensuite, mais tous par la même porte étroite de la confiance.
Le fil rouge
Paul a déjà dit, trois versets après avoir pris la plume, que cet évangile avait été « auparavant promis par ses prophètes dans de saintes écritures ». Le verset 16 en est la conséquence directe : la puissance dont il parle n'est pas une nouveauté religieuse tombée du ciel en l'an 30, elle est l'aboutissement d'une longue promesse. C'est pourquoi l'ordre compte. « Au Juif premièrement » n'est pas une politesse ; c'est le résumé d'une histoire où Dieu s'est lié à un peuple précis pour que, par lui, toutes les familles de la terre soient bénies. Le Fils « né de la semence de David, selon la chair » est le point où cette histoire particulière devient offre universelle. Enlevez le « premièrement », et l'évangile flotte sans racines. Gardez-le seul, et il devient un privilège ethnique. Paul refuse les deux.
Le miroir
La honte est rarement théorique. Elle a des lieux : la salle des profs où l'on parle de tout sauf de cela, le repas de famille où l'on laisse passer la remarque moqueuse, le groupe de collègues où l'on préfère être vu comme quelqu'un « de spirituel » plutôt que comme quelqu'un qui croit qu'un homme est ressuscité. Nous ne renions pas, nous diluons. Et souvent la vraie raison n'est pas la peur de la persécution mais la peur d'être classé : naïf, arriéré, fanatique. Paul écrit à la capitale de l'empire, à des gens qui savaient exactement combien la croix était socialement humiliante, et il dit que ce message-là est une puissance. Aujourd'hui : envoie un message à une personne précise et dis-lui, en une phrase concrète et sans jargon, ce que Christ a fait pour toi.
L'intertexte
Le « je n'ai pas honte » de Paul répond à un avertissement de Jésus que ses lecteurs connaissaient : celui qui a honte de Lui et de Ses paroles dans cette génération, le Fils de l'homme en aura honte à Son tour. Paul ne fait pas de l'héroïsme, il se tient du bon côté de cette parole. Ensuite, « puissance de Dieu » trouve son commentaire dans la première lettre aux Corinthiens : la parole de la croix, folie pour ceux qui périssent, est puissance de Dieu pour ceux qui sont sauvés. Même mot, même paradoxe. Enfin, le verset suivant ancre le tout dans Habacuc : « Or le juste vivra de foi ». Ce prophète parlait d'un croyant tenant bon pendant que l'empire s'effondrait. Paul transpose : la foi n'est pas un supplément d'âme, c'est ce qui fait vivre.
La question
Que faire de « au Juif premièrement » ? Paul écrira quelques lignes plus loin qu'il n'y a pas d'acception de personnes devant Dieu, et il consacrera trois chapitres entiers, les plus tourmentés de la lettre, à la question d'Israël. Le mot « premièrement » ne se laisse pas dissoudre. Il ne signifie pas une meilleure qualité de salut, mais une priorité historique et une responsabilité : ceux à qui la promesse fut confiée sont aussi les premiers concernés par son accomplissement, y compris dans le jugement. Reste une gêne que le texte ne lève pas : pourquoi Dieu passe-t-Il par un peuple plutôt que directement par tous ? Paul n'y répond pas ici. Il constate. L'élection reste, dans cette lettre, un fait qu'on adore avant de le comprendre.
Le détail
« Je n'ai pas honte » : la tournure est négative, et cela n'est pas un hasard. Paul aurait pu écrire « je suis fier ». Il choisit une litote, une affirmation par la négation, parce qu'il écrit dans un monde où l'honneur et la honte étaient la monnaie sociale principale. Rome mesurait un homme à son statut, à ses appuis, à la dignité de ce qu'il représentait. Annoncer un condamné du gibet comme Seigneur, c'était s'exposer au mépris. En disant simplement qu'il n'en a pas honte, Paul reconnaît implicitement que la honte était l'attente normale. Il ne nie pas la scandaleuse apparence de l'évangile ; il dit que sa puissance réelle rend cette apparence sans importance. Voilà une confiance plus solide que l'enthousiasme.
Réflexion
Dans quel lieu précis de ta semaine dilues-tu l'évangile pour éviter d'être classé, et qu'est-ce que tu crains vraiment d'y perdre ?
Si l'évangile est puissance et non seulement information, qu'est-ce que cela change à la manière dont tu parles de Christ à quelqu'un qui n'y croit pas ?
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Ce que la communauté partage sur Romans 1
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Parmi lesquels vous aussi vous êtes des appelés de Jésus Christ." Paul parle des nations entières, puis il s'arrête pour dire: toi aussi. Tu n'es pas un numéro perdu dans la foule des peuples. Son appel t'a trouvé par ton nom, là où tu vivais, avant que tu ne cherches rien. Appelé, non par un projet, mais par Quelqu'un.
« Premièrement, je rends grâces à mon Dieu, par Jésus Christ, pour vous tous. » Avant de corriger, avant d'enseigner, Paul remercie. Et il dit « mon Dieu », comme on parle de quelqu'un qu'on connaît vraiment.
Quand tu penses à cette personne de ton église qui t'agace, par quoi commences-tu? La plainte, ou l'action de grâces?
« déterminé Fils de Dieu, en puissance, selon l'Esprit de sainteté, par la résurrection des morts ». Le tombeau vide n'est pas seulement une victoire, c'est une déclaration : voilà qui Il est. Et si la résurrection a suffi à établir cela, elle suffit aussi à porter ta foi les jours où tu doutes de tout.
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