Romains 3:1
Le Texte
Après avoir démonté, tout au long du chapitre 2, l'idée que le fait d'être juif et circoncis met quelqu'un à l'abri du jugement, Paul se retourne brusquement et pose la question que son lecteur a sur les lèvres : « Quel est donc l'avantage du Juif, ou quel est le profit de la circoncision ? » Ce n'est pas une question rhétorique lancée en l'air, c'est l'objection d'un adversaire que Paul laisse entrer dans son propre texte. Si l'appartenance au peuple de l'alliance ne protège de rien, à quoi bon toute cette histoire ? À quoi bon Abraham, Moïse, les prophètes ? La réponse viendra au verset suivant, et elle est étonnamment chaleureuse : « Grand de toute manière. »
Le Cœur
Cette question touche à la crédibilité de Dieu Lui-même. Car si l'élection d'Israël ne signifie plus rien, alors Dieu a promis en vain, et le Deutéronome se trompait lourdement en célébrant le privilège d'un peuple à qui Dieu S'est fait proche par Sa parole. Paul refuse cette conclusion. L'avantage est réel, mais il n'est pas ce que l'on croyait : il ne consiste pas en une immunité, il consiste en un dépôt, « les oracles de Dieu leur ont été confiés ». Un privilège qui n'est pas un coussin mais une charge. Et derrière cela se tient la question qui traverse tout Romains jusqu'aux chapitres 9 à 11 : l'infidélité humaine peut-elle faire capoter la fidélité de Dieu ? Paul répond non, avec une véhémence presque brutale.
Le Fil Rouge
L'avantage que Paul concède au Juif n'est pas décoratif, il est le fil même de l'histoire du salut. La circoncision remonte à Genèse 17, signe gravé dans la chair d'Abraham pour marquer une alliance qui, dès le départ, visait « toutes les familles de la terre ». Et le dépôt des « oracles de Dieu » n'est pas un trésor privé : c'est précisément la bibliothèque qui rendra témoignage au Christ. Regardez comment Paul referme la boucle vingt versets plus loin : la justice de Dieu est manifestée, « témoignage lui étant rendu par la loi et [par] les prophètes ». Autrement dit, ce qui a été confié à Israël pointait dès le début au-delà d'Israël. Le privilège était un rôle de gardien, pas de propriétaire, et le gardien reçoit ce qui ne lui appartient pas.
Le Miroir
Nous avons tous nos versions de la circoncision : le baptême reçu bébé, les vingt ans de fidélité au culte, la Bible annotée jusqu'à la corde, le père qui priait à table. Rien de tout cela n'est méprisable, Paul refuse de le mépriser. Mais il refuse aussi qu'on en fasse une assurance. Si vous dirigez un groupe biblique, vous connaissez la tentation subtile : la familiarité avec les textes finit par ressembler à une sécurité personnelle, comme si connaître les oracles équivalait à leur obéir. La question du verset 1 vous est posée à vous : à quoi vous sert votre héritage, si vous le portez comme un coussin plutôt que comme une charge ? Aujourd'hui, prenez une phrase de l'Écriture qui vous a été transmise par quelqu'un, écrivez-la dans un message et envoyez-la à une personne qui ne l'a jamais entendue.
Le Personnage Principal
Paul écrit ici sur son propre peuple, et il faut mesurer ce que cela lui coûte. Cet homme a été circoncis le huitième jour, formé aux oracles, zélé jusqu'à la violence. Il vient de démonter, pierre par pierre, la muraille qui protégeait son identité. Et pourtant, quand l'objection surgit, il ne bafouille pas et il ne se rétracte pas : « Grand de toute manière. » Il y a là une liberté rare, celle d'un homme qui peut perdre son avantage sans perdre son amour. On sent le même souffle plus loin dans la lettre, quand il dira qu'il souhaiterait être anathème pour ses frères. Paul ne pose pas cette question en polémiste satisfait ; il la pose en fils qui refuse de renier sa maison tout en refusant d'y chercher refuge.
Le Contexte
Rome, milieu des années cinquante. L'empereur Claude avait chassé les Juifs de la ville quelques années plus tôt ; à leur retour, ils retrouvent des assemblées devenues majoritairement païennes, avec leurs propres habitudes et, sans doute, une bonne dose de suffisance. Dans la société romaine, la circoncision passait pour une mutilation ridicule, sujet de blagues chez les satiristes. On imagine sans peine le climat : d'un côté des croyants d'origine juive attachés à un héritage soudain dévalué, de l'autre des croyants non juifs tentés de conclure qu'Israël a fait son temps. Paul écrit dans le style du débat public de son époque, en faisant parler un contradicteur imaginaire. Le verset 1 n'est donc pas une abstraction de théologien, c'est une tension réelle entre des gens qui partagent le même pain.
Le Détail
Le mot à observer est « confiés ». En grec, il vient de la même racine que « foi » et « fidélité ». Israël a été « confié », littéralement on lui a fait crédit. Et voyez ce que Paul fait aussitôt de cette racine au verset suivant : « Si quelques-uns n'ont pas cru, leur incrédulité annulera-t-elle la fidélité de Dieu ? » Confiance, incroyance, fidélité : trois mots, une seule famille. Le jeu de mots n'est pas un ornement, c'est l'argument. Dieu Se fie à des gens qui ne se fient pas à Lui, et Sa fiabilité ne dépend pas de la leur. C'est déjà, en germe, tout l'évangile de la grâce que le chapitre déploiera : Dieu reste vrai quand l'homme se révèle menteur.
Réflexion
Quel élément de votre héritage spirituel avez-vous inconsciemment transformé en garantie, alors qu'il vous a été confié comme une responsabilité ?
Si la fidélité de Dieu ne dépend pas de la vôtre, qu'est-ce que cela change dans la manière dont vous priez ce soir ?
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Questions fréquentes sur Romans 3:1
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Ce que la communauté partage sur Romans 3
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
On accusait Paul de dire: "Faisons du mal, afin qu'arrive le bien." Il ne se défend pas longuement, il laisse tomber: "desquels le jugement est juste." Tu seras peut-être mal compris pour avoir annoncé une grâce trop large. Mais prends garde aussi: la grâce qui te sert d'excuse pour pécher n'est plus la grâce de Dieu.
Père, je me suis longtemps épuisé à mériter ton regard. Merci parce que ta justice ne dépend pas de mes efforts, mais de ce que tu as révélé en Jésus. Apprends-moi à respirer dans cette grâce, aujourd'hui encore.
« Loin soit la pensée! puisque comment Dieu jugera-t-il le monde? » Paul balaie d'un mot notre raisonnement tordu: mon péché ne rend pas Dieu plus beau, il rend seulement mon cœur plus rusé. Combien de fois cherches-tu une logique qui excuse ce que tu ne veux pas lâcher? Le Juge, lui, reste juste. Et c'est une bonne nouvelle.
Étant justifiés gratuitement par sa grâce, par la rédemption qui est dans le christ Jésus." Gratuitement pour toi, mais pas gratuit : une rédemption, c'est un prix payé. Tu ne dois rien ajouter, et c'est justement là que ton coeur résiste. Tu préférerais mériter un peu. Reçois plutôt, les mains vides.
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