Marie de Magdala : appelée par son nom
Qui elle est, et quand elle a vécu
Marie de Magdala est une femme de l'époque de Jésus. La chronologie retenue pour elle est « environ 4 av. J.-C. à ap. J.-C. 33 » (époque située selon la chronologie d'Ussher, 1650). Son nom apparaît dans quatorze versets, répartis sur quatre livres : cinq mentions dans John, quatre dans Mark, trois dans Matthew, deux dans Luke. La première se trouve en Matthew 27:56, et le groupe le plus dense se situe en John 20. Aucune famille ne lui est attribuée dans les textes recensés : ni père, ni mère, ni époux, ni enfant.
Des mentions brèves, jamais un long récit
Il faut le dire franchement, car le dossier le note lui-même : aucun récit suivi ne lui est consacré. Elle n'a pas de chapitre à elle. Elle apparaît par touches d'un verset, le plus souvent dans une liste de femmes, ou comme une note de passage. C'est le cas en Matthew 27:56, Matthew 27:61, Matthew 28:1, Mark 15:40, Mark 15:47, Mark 16:1, Mark 16:9 et Luke 24:10. Son nom est là, posé, sans commentaire.
Et pourtant, là où elle est nommée, elle est nommée aux moments décisifs. Les quelques versets dont le texte nous est donné suffisent à dessiner une ligne : la guérison, la croix, le sépulcre, la rencontre, l'annonce.
D'où elle vient : sept démons
Elle est présentée dans un groupe de femmes qui accompagnent Jésus : « et des femmes aussi qui avaient été guéries d'esprits malins et d'infirmités, Marie, qu'on appelait Magdeleine, de laquelle étaient sortis sept démons » (Luke 8:2). C'est la seule indication donnée sur son passé. Elle n'arrive pas auprès de Jésus avec un héritage, un rang ou une généalogie : elle arrive comme une femme délivrée. Le chiffre sept est donné sans explication. Le texte ne raconte ni la scène de la délivrance, ni le lieu, ni le jour.
Près de la croix
Elle est placée au pied du supplice : « Or, près de la croix de Jésus, se tenaient sa mère, et la sœur de sa mère, Marie, [femme] de Clopas, et Marie de Magdala » (John 19:25). Une ligne, quelques femmes, et elle en fait partie. Elle est également nommée en Matthew 27:56 et Mark 15:40, puis en Matthew 27:61 et Mark 15:47. Toujours dans une énumération, jamais avec un mot rapporté d'elle.
Au sépulcre, dans la nuit
« Et le premier jour de la semaine, Marie de Magdala vint le matin au sépulcre, comme il faisait encore nuit ; et elle voit la pierre ôtée du sépulcre » (John 20:1). Elle arrive avant le jour. Puis : « Mais Marie se tenait près du sépulcre, dehors, et pleurait. Comme elle pleurait donc, elle se baissa dans le sépulcre » (John 20:11). Le texte ne cache pas ses larmes ; il les nomme deux fois dans la même phrase. Elle est aussi mentionnée en Mark 16:1 et Matthew 28:1.
Appelée par son nom
La scène bascule sur un seul mot : « Jésus lui dit : Marie ! Elle, s'étant retournée, lui dit en hébreu : Rabboni (ce qui veut dire, maître) ! » (John 20:16). Il ne lui explique rien d'abord, il l'appelle. Et elle se retourne. Ce qu'elle fait ensuite tient encore en une phrase : « Marie de Magdala vient rapporter aux disciples qu'elle a vu le Seigneur, et qu'il lui a dit ces choses » (John 20:18). Elle est nommée parmi celles qui parlent aux apôtres en Luke 24:10, et de nouveau en Mark 16:9.
Ce que le texte ne lui reproche pas
L'honnêteté vaut dans les deux sens. Les passages rassemblés ici ne rapportent aucune faute, aucun reniement, aucune parole fausse de sa part. Les sept démons de Luke 8:2 ne sont pas présentés comme un péché mais comme un mal dont elle a été guérie. Là où l'Écriture accuse, il faut le dire ; là où elle se tait, il ne faut pas inventer une accusation pour rendre le portrait plus dramatique.
Ce que nous ignorons
Beaucoup. L'Écriture ne nomme pas ses parents. Aucun enfant ne lui est attribué. Aucune tribu, aucun peuple n'est indiqué. Nous ne savons rien de son âge, de son métier, de ses moyens, ni de ce qu'elle est devenue après John 20:18. Tout ce qui circule au-delà de ces versets ne vient pas de ces versets.
La ligne vers le Christ
Elle passe par ces textes seuls. Marie de Magdala est celle de laquelle « étaient sortis sept démons » (Luke 8:2) : le Christ la rejoint d'abord comme libérateur. Elle se tient « près de la croix de Jésus » (John 19:25) : il la trouve ensuite là où presque tout semble fini. Elle vient au sépulcre « comme il faisait encore nuit » (John 20:1) et elle pleure dehors (John 20:11) : il ne lui demande pas de cesser de pleurer avant de l'appeler. Il dit simplement « Marie ! » et elle répond « Rabboni » (John 20:16). Puis elle part et rapporte aux disciples qu'elle a vu le Seigneur (John 20:18). Une femme sans généalogie dans le texte, sans titre, sans discours, à qui Jésus confie une phrase à porter.

