Jean 11:2
Le texte
Jean interrompt son propre récit pour placer une parenthèse. À peine a-t-il nommé le malade de Béthanie qu'il s'arrête, comme quelqu'un qui, racontant une histoire, se retourne vers son auditeur pour préciser un détail qu'il juge indispensable : « Et c'était la Marie qui oignit le Seigneur d'un parfum et qui lui essuya les pieds avec ses cheveux, de laquelle Lazare, le malade, était le frère. » Une phrase entre parenthèses, donc. Une phrase qui identifie Marie non par son âge, sa situation, sa maison, mais par un geste. Et, chose troublante, par un geste que le lecteur n'a pas encore vu : l'onction ne sera racontée qu'au chapitre suivant. Jean identifie Marie par un avenir.
Le cœur
Il y a ici quelque chose qui touche à la manière dont Dieu connaît les êtres humains. Nous nous présentons par nos fonctions, nos titres, nos échecs. Jean présente Marie par l'acte le plus pur de sa vie, un acte de pure dépense, sans utilité, sans calcul, et il le fait avant même qu'elle l'ait posé. Le narrateur écrit depuis l'autre bout de l'histoire, là où tout est déjà accompli, et de ce point de vue il voit Marie telle qu'elle est vraiment. N'est-ce pas ainsi que le regard de Dieu se pose sur nous ? Non pas d'abord sur ce que nous sommes en train de rater, mais sur ce que la grâce fera de nous. Et Lazare, lui, n'est présenté que comme « le malade », le frère de celle-là. Sa gloire à lui viendra plus tard, hors du tombeau.
Le fil conducteur
La parenthèse n'est pas seulement un repère chronologique, elle est une flèche. Marie oindra les pieds de Jésus, et Jésus dira que c'est pour le jour de Sa sépulture. Or ce chapitre-ci s'ouvre sur une maladie et s'achève sur une décision de meurtre : « Depuis ce jour-là donc, ils consultèrent [ensemble] pour le faire mourir. » Entre les deux, un tombeau qui s'ouvre. Jean pose donc, dès le second verset, le parfum funéraire à côté du linceul de Lazare. La vie rendue à l'un coûtera la vie à l'Autre. Ce n'est pas un hasard littéraire, c'est la logique même de l'Évangile : la résurrection que Jésus donne, Il la paie. Marie, sans le savoir encore, prépare avec son flacon ce que Son cri devant la grotte va déclencher.
Le miroir
Nous avons tous une étiquette que nous portons sans l'avoir choisie. Le divorcé. Celle qui n'a pas d'enfants. Le collègue qui a fait cette erreur-là, il y a douze ans, et que le service n'a pas oubliée. Lazare, dans ce verset, s'appelle « le malade ». Rien d'autre. C'est exactement ainsi que nous réduisons les gens, et que nous nous réduisons nous-mêmes : à notre dossier médical, à notre bilan, à notre échec le plus visible. Jean fait le contraire avec Marie. Il la nomme par un geste de tendresse gratuite qu'elle n'a même pas encore posé. Aujourd'hui, avant ce soir : écrivez sur un papier le nom de la personne que vous n'arrivez plus à voir autrement que par son problème, et notez à côté un seul geste de bonté qu'elle a posé un jour. Puis remerciez Dieu pour ce geste, à voix haute.
La question
Reste une gêne. Si Dieu nous connaît par notre plus beau geste, que devient celui dont la vie ne contient aucun flacon de nard, aucun moment lumineux, seulement des années de fatigue et de médiocrité ? Le texte ne le dit pas. Il se contente de nommer Marie ainsi, sans expliquer pourquoi elle a droit à cet honneur et Lazare seulement au mot « malade ». Peut-être faut-il accepter que la mémoire de Dieu n'obéit pas à nos comptabilités. Peut-être aussi que le geste de Marie n'est pas son mérite mais sa réponse : elle a d'abord été aimée, « Or Jésus aimait Marthe, et sa sœur, et Lazare », et le parfum vient après. Alors la question se déplace : non pas qu'ai-je à offrir, mais suis-je capable de recevoir assez pour offrir un jour quelque chose.
Le personnage principal
Marie est décrite ici par ses mains et ses cheveux, et par les pieds de Jésus. C'est sa place, toujours. Quand Il arrive au village, elle « se tenait assise dans la maison », immobile dans son deuil, jusqu'à ce qu'on l'appelle. Puis elle « se jeta à ses pieds ». Enfin elle y versera le parfum. Marthe parle, discute théologie de la résurrection, argumente sur l'odeur du cadavre. Marie, elle, ne fait que tomber et toucher. Son paysage intérieur n'est pas celui de la maîtrise mais de l'abandon, et cet abandon a deux visages : l'effondrement du chagrin et l'extravagance de l'amour. Ce sont les mêmes genoux qui plient dans les deux cas.
Le contexte
Béthanie se trouve « à une distance d'environ 15 stades » de Jérusalem, moins de trois kilomètres, de l'autre côté du mont des Oliviers. Assez près pour que les consolateurs de la ville viennent, assez près pour que les autorités entendent parler de ce qui s'y passe. Et c'est précisément là que Jésus se rend alors que les chefs veulent Le lapider. Il faut aussi entendre le scandale contenu dans la parenthèse : une femme qui dénoue ses cheveux en public, dans cette culture, franchit une limite. Jean écrit cela des décennies plus tard, pour des lecteurs qui connaissent déjà l'histoire par cœur. Il ne leur apprend rien. Il leur rappelle qui est cette femme, comme on murmure un nom aimé.
Réflexion
Par quel geste, posé ou encore à venir, aimeriez-vous que Dieu vous nomme, et pourquoi celui-là ?
Où, dans votre vie, êtes-vous encore « assis dans la maison », attendant qu'on vienne vous dire que le Maître vous appelle ?
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Questions fréquentes sur John 11:2
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Ce que la communauté partage sur John 11
Réflexions, prières et actions de grâce des lecteurs et de l'équipe de rédaction sur ce passage.
Jésus donc, frémissant encore en lui-même, vient au sépulcre. Or c'était une grotte, et une pierre était dessus." Il savait déjà ce qu'il allait faire, et pourtant son cœur se serre. Dieu ne traverse pas ta douleur en spectateur pressé. Il s'approche de la pierre, là où tout semble scellé, et il frémit avec toi.
Quand donc il eut entendu qu'il était malade, il demeura alors deux jours au lieu où il était." Le verset juste avant dit qu'il les aimait. Et c'est à cause de cet amour qu'il attend. Deux jours de silence qui ressemblent à de l'oubli. Ton attente aussi, peut-être, n'est pas un abandon mais un amour qui prend son temps.
Père, il arrive que je voie ton œuvre et que je m'en inquiète, comme ceux qui se réunissaient pour protéger leur place. Garde mon cœur d'avoir peur de ce que tu fais. Apprends-moi à te reconnaître plutôt qu'à vouloir tout maîtriser.
Ceux qui la consolaient ont cru la comprendre: "Elle va au sépulcre pour y pleurer." Ils se trompaient. Marie courait vers Jésus, pas vers la tombe. On devine souvent mal ce qui se passe dans le cœur de celui qui se lève soudain. Et pourtant, en la suivant, ils ont vu Lazare sortir vivant. Suis la personne en larmes, même sans comprendre.
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