L'évangile de Matthieu : résumé et enseignements
Introduction
Un homme est assis derrière une table, au bord de la route qui longe le lac. Devant lui, des piles de monnaie, des registres, la liste de ceux qui doivent payer. Il travaille pour l'occupant. Ses compatriotes le saluent à peine ; à la synagogue, on préfère ne pas s'asseoir près de lui. Puis un rabbi de Nazareth passe, s'arrête devant son bureau et lui dit deux mots : « Suis-moi. »
Cet homme se lève. Et l'un des tout premiers livres du Nouveau Testament, celui qui ouvre nos Bibles, celui qui cite l'Ancien Testament plus que tout autre évangile, celui qui présente Jésus comme le Roi promis à Israël, portera son nom.
Vous découvrirez ici qui a écrit ce livre et pourquoi, comment il est construit, quels en sont les grands thèmes, comment le lire sans se perdre, et pourquoi ses deux extrémités forment une promesse qui tient toute votre vie.
L'angle de ce guide
Matthieu est encadré par une seule idée, comme un tableau par deux clous. Au chapitre 1, un nom : Emmanuel, « Dieu avec nous ». Au chapitre 28, une phrase : « moi je suis avec vous tous les jours ». Tout ce qui se trouve entre les deux, généalogie, sermon sur la montagne, paraboles, conflits, croix, tombeau vide, se lit comme la démonstration de cette présence. Et le témoin choisi pour la raconter est un collecteur d'impôts, un homme que sa propre nation avait rayé de la liste des convenables. Ce guide lit donc Matthieu comme l'évangile de la présence royale, rédigé par un exclu gracié.
Que dit la Bible au sujet de l'évangile de Matthieu ?
Le livre commence par une phrase qui sonne comme un acte notarié : « Livre de la généalogie de Jésus Christ, fils de David, fils d'Abraham » (Matthieu 1:1). Rien de sentimental. Matthieu dépose d'abord des titres de propriété. Fils d'Abraham : Il appartient à l'histoire de la promesse. Fils de David : Il a droit au trône. Quarante-deux générations défilent, avec des rois fidèles et des rois lamentables, avec Thamar, Rahab, Ruth et « la femme d'Urie », c'est-à-dire des femmes étrangères ou marquées par le scandale. L'auteur ne nettoie pas l'arbre généalogique. Un ancien publicain sait que Dieu écrit Son histoire avec des gens que l'on aurait exclus du récit.
Puis vient le verset qui donne la clé du livre entier. Un ange rassure Joseph, et Matthieu commente en citant Ésaïe : « Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel, ce qui, interprété, est: Dieu avec nous » (Matthieu 1:23). Comprenez bien la portée de cette phrase. Ce n'est pas seulement une prophétie accomplie ; c'est une définition. L'enfant de Marie n'est pas un messager de Dieu à distance, Il est Dieu venu habiter la même rue que nous. Ésaïe 7:14 l'avait annoncé dans un contexte de peur nationale : « voici, la vierge concevra et elle enfantera un fils, et appellera son nom Emmanuel. » Matthieu affirme que la peur d'Israël a trouvé sa réponse, non dans une armée, mais dans un berceau.
Ce Roi vient avec un royaume. Dès Son entrée en scène, Son message tient en une ligne : « Repentez-vous, car le royaume des cieux s'est approché » (Matthieu 4:17). Matthieu emploie l'expression « royaume des cieux » plus de trente fois, là où Marc et Luc parlent plus souvent du « royaume de Dieu ». Ce royaume a une charte, et elle commence par une surprise : « Bienheureux les pauvres en esprit, car c'est à eux qu'est le royaume des cieux » (Matthieu 5:3). Le premier bénéficiaire du règne n'est pas le performant, c'est le vide. Celui qui n'a rien à présenter au guichet.
Ce royaume a aussi une priorité : « mais cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus » (Matthieu 6:33). Il a un Roi que l'on doit reconnaître par son nom : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16:16). Il a une loi ramassée en un seul verbe : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta pensée » (Matthieu 22:37). Et il a une frontière qui explose à la fin du livre : « Allez donc, et faites disciples toutes les nations, les baptisant pour le nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » (Matthieu 28:19).
Voilà ce que dit ce livre : le Roi promis est venu, Il est Dieu avec nous, Son royaume appartient aux pauvres, et Il envoie Ses disciples aux nations en promettant de ne pas les quitter.
Le fil conducteur de la Bible
Matthieu écrit avec l'Ancien Testament ouvert sur la table. On compte une soixantaine de citations et bien plus d'allusions, souvent introduites par une formule devenue caractéristique : afin que fût accompli ce qui avait été dit par le prophète. Ce n'est pas un tic littéraire, c'est une thèse. L'histoire d'Israël n'était pas une impasse ; elle était une flèche.
Regardez comment il tisse. Abraham reçoit la promesse d'une bénédiction pour toutes les familles de la terre (Genèse 12:3) : Matthieu la fait aboutir dans l'ordre d'aller vers toutes les nations. David reçoit la promesse d'un trône affermi pour toujours (2 Samuel 7:16) : Matthieu ouvre son livre en appelant Jésus « fils de David ». Moïse monte sur la montagne pour recevoir la loi ; Jésus monte sur une montagne et enseigne avec une autorité qui ne cite personne : « car il les enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes » (Matthieu 7:29). Israël sort d'Égypte, traverse l'eau, est éprouvé quarante ans au désert ; le Fils sort d'Égypte, traverse les eaux du baptême, est éprouvé quarante jours au désert, et cette fois personne ne tombe.
Jésus le dit Lui-même sans détour : « Ne pensez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes: je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir » (Matthieu 5:17). Accomplir, c'est-à-dire remplir jusqu'au bord, mener au but, révéler l'intention profonde de Dieu derrière chaque commandement. Voilà pourquoi le grand commandement de Matthieu 22:37 n'est pas une nouveauté : il vient de Deutéronome 6:5, « Et tu aimeras l'Éternel ton Dieu de tout ton cœur, et de toute ton âme, et de toute ta force. » Jésus ne remplace pas l'ancien ; Il l'habite et le porte.
Et l'angle de ce guide se vérifie ici aussi. Le fil de la présence traverse toute l'Écriture : Dieu marche dans le jardin, descend sur le Sinaï, remplit le tabernacle, quitte le temple dans la vision d'Ézéchiel, puis revient, non dans une nuée, mais dans un corps. « Dieu avec nous » à Bethléhem ; « je suis là au milieu d'eux » quand deux ou trois se rassemblent en Son nom (Matthieu 18:20) ; « moi je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation du siècle » au sommet de la dernière montagne (Matthieu 28:20). L'Apocalypse ferme la boucle : Dieu dressant Sa tente avec les hommes.
Toute la Bible tend vers un Dieu qui reste.
Structure et thèmes principaux
Matthieu est un pédagogue. Son livre est bâti avec une régularité qui saute aux yeux dès qu'on la remarque : cinq grands discours de Jésus, chacun encadré par un récit, chacun refermé par la même formule, « quand Jésus eut achevé ces discours ». Certains y ont vu un écho des cinq livres de Moïse ; en tout cas, c'est un manuel d'enseignement, pensé pour être appris et transmis.
Le premier discours est le sermon sur la montagne (chapitres 5 à 7) : la charte du royaume, des béatitudes au Notre Père, de la justice du cœur aux deux chemins. Le deuxième est le discours de mission (chapitre 10) : le Roi envoie et prévient que suivre coûte. Le troisième rassemble les paraboles du royaume (chapitre 13) : le royaume est semence, trésor, filet, il grandit caché avant de se manifester. Le quatrième traite de la vie communautaire (chapitre 18) : les petits, la brebis perdue, la reprise fraternelle, le pardon sans plafond. Le cinquième est le grand discours sur la fin (chapitres 24 et 25) : vigilance, fidélité, jugement des nations.
Autour de ces cinq blocs, le récit avance en trois mouvements. D'abord les origines et les débuts, de la généalogie jusqu'au ministère galiléen (chapitres 1 à 4) : qui est ce Roi et d'où vient-Il. Ensuite le grand ministère public, guérisons, controverses, opposition croissante des chefs, jusqu'à la confession de Pierre à Césarée (chapitres 5 à 16). Puis, à partir de Matthieu 16:21, tout bascule : Jésus commence à annoncer Sa mort, monte vers Jérusalem, purifie le temple, affronte les autorités, et le livre s'achève sur la passion, la croix et la résurrection (chapitres 21 à 28).
Les thèmes majeurs se laissent alors résumer. L'accomplissement : Jésus est le point d'arrivée des Écritures. La royauté : Il est le fils de David, salué par des mages païens et intronisé sur une croix portant l'inscription de Son titre. Le royaume des cieux : un règne déjà présent et pas encore consommé. La justice : non pas une performance religieuse, mais un cœur droit devant le Père qui voit dans le secret. L'assemblée : Matthieu est le seul évangéliste à employer ce mot (Matthieu 16:18 et 18:17), signe qu'il écrit pour des croyants qui doivent vivre ensemble. La mission universelle : le livre le plus juif du Nouveau Testament se termine par l'ordre le plus mondial.
Et partout, en filigrane, la miséricorde. Ce n'est pas un hasard si c'est l'ancien collecteur d'impôts qui conserve cette phrase : « car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs » (Matthieu 9:13). Il l'a entendue à sa propre table.
Versets clés de ce livre
Matthieu 1:23. « Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et on appellera son nom Emmanuel, ce qui, interprété, est: Dieu avec nous. » Tout Matthieu tient dans la traduction que l'auteur prend soin d'ajouter. Il ne laisse pas le nom hébreu en suspens ; il l'explique, parce que c'est là que se joue la foi chrétienne. Non pas Dieu au-dessus de nous, ni Dieu contre nous, ni Dieu loin de nous. Dieu avec nous. Et remarquez l'ordre des versets : deux lignes plus haut, l'ange a dit « c'est lui qui sauvera son peuple de leurs péchés » (Matthieu 1:21). La présence et le pardon arrivent ensemble, parce qu'un Dieu saint ne peut habiter durablement chez nous qu'en réglant d'abord la question du péché. Bethléhem exige Golgotha.
Matthieu 5:3. « Bienheureux les pauvres en esprit, car c'est à eux qu'est le royaume des cieux. » Le premier mot public de Jésus dans le grand sermon est un mot de bonheur, et le premier heureux est un mendiant intérieur. Être pauvre en esprit, ce n'est pas se mépriser, ni jouer les modestes ; c'est cesser de prétendre. C'est arriver devant Dieu les mains vides et l'admettre. Et Jésus ne dit pas que ces gens obtiendront peut-être un jour quelque chose : le royaume leur appartient déjà. Voilà pourquoi un publicain pouvait se lever de son bureau et suivre le Roi sans passer par un stage de réhabilitation.
Matthieu 6:33. « mais cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par-dessus. » Ce verset arrive après une longue page sur l'inquiétude : le manger, le boire, le vêtement. Jésus ne dit pas que ces besoins sont méprisables, Il dit qu'ils sont mal placés quand ils prennent la première place. « Premièrement » est un mot d'ordre, pas de proportion : il ne s'agit pas de donner à Dieu la plus grosse part de l'agenda, mais la première. Et la promesse est sobre : le reste sera donné « par-dessus », en supplément, par un Père qui sait ce dont nous avons besoin.
Un guide de lecture pratique
Si vous n'avez jamais lu Matthieu d'un bout à l'autre, commencez par un survol rapide. Lisez tout le livre en une semaine, sans crayon, sans commentaire, à raison de quatre chapitres par jour. L'objectif n'est pas de comprendre chaque détail, mais d'entendre la voix du Roi et de repérer les grands mouvements. Notez simplement, en une phrase par jour, ce que Jésus vient d'ajouter à votre portrait de Lui.
Ensuite, faites un second passage plus lent, en suivant l'ossature du livre. Une première étape sur les chapitres 1 à 4 : les origines, le baptême, la tentation. Une deuxième, longue, sur le sermon sur la montagne, chapitres 5 à 7, en prenant dix à quinze versets par jour ; ne cherchez pas à tout appliquer d'un coup, choisissez un point par semaine. Une troisième sur les chapitres 8 à 12, où les miracles et les controverses montrent l'autorité du Roi. Une quatrième sur les paraboles du chapitre 13. Une cinquième sur les chapitres 14 à 18, autour de la confession de Pierre et de la vie de l'assemblée. Une sixième sur les chapitres 19 à 25, la montée à Jérusalem et l'attente. Et enfin les chapitres 26 à 28, la passion et la résurrection, à lire de préférence d'une seule traite.
Trois habitudes rendront cette lecture beaucoup plus fructueuse. D'abord, ouvrez systématiquement les citations de l'Ancien Testament que Matthieu indique ; allez lire le passage d'origine dans Ésaïe, dans les Psaumes, dans Osée ou dans Zacharie. Vous verrez le livre changer d'épaisseur. Ensuite, gardez la question de l'angle sous les yeux à chaque chapitre : en quoi ce passage montre-t-il que Dieu est avec nous, et avec qui exactement Il choisit d'être ? Enfin, notez chaque fois que quelqu'un de disqualifié est accueilli, le lépreux, le centurion romain, la Cananéenne, les enfants, les publicains, le brigand du calvaire, le soldat qui confesse au pied de la croix.
Pour la mémorisation, six versets suffisent à porter tout le livre : Matthieu 1:23, Matthieu 5:3, Matthieu 6:33, Matthieu 16:16, Matthieu 22:37 et Matthieu 28:19. Apprenez-en un par mois. En un semestre, vous aurez la colonne vertébrale de l'évangile de Matthieu logée dans la mémoire, prête à servir quand la nuit sera longue.
Le miroir
Vous connaissez le bureau de Matthieu. Peut-être pas une table de péage au bord d'un lac, mais un endroit où vous vous êtes installé parce que vous pensiez que Dieu ne viendrait plus vous chercher là. Un dossier professionnel que vous préférez ne pas raconter. Une somme d'argent qui vous tient plus que vous ne l'admettez. Une relation qui s'est cassée par votre faute. Un corps qui vous fatigue, un célibat qui pèse, un agenda si plein qu'il ne reste plus une minute pour respirer devant Dieu. Vous vous êtes assis, et vous êtes resté assis.
Matthieu 5:3 vous parle exactement là. Le royaume n'appartient pas à ceux qui ont réussi leur remise en ordre, mais à ceux qui n'ont plus rien à négocier. Si vous attendez d'être présentable pour revenir, vous attendez le contraire de l'Évangile.
Et Matthieu 6:33 vous dérange, disons-le franchement. « Cherchez premièrement » : ce mot met en cause l'ordre réel de vos priorités, celui que révèle votre relevé bancaire, l'usage de vos soirées, ce que vous consultez en premier au réveil. Il ne s'agit pas de culpabilité, il s'agit de direction. Un seul déplacement, cette semaine, dans un seul domaine.
Puis Matthieu 28:20 vient poser sa main sur votre épaule. « moi je suis avec vous tous les jours ». Tous les jours : le lundi matin devant une boîte de réception hostile, la nuit d'insomnie à l'hôpital, le silence de l'appartement quand la porte se referme, la conversation redoutée avec votre adolescent. Le Roi ne vous envoie pas seul, et Il ne se contente pas de vous attendre à l'arrivée.
Il ne dit pas : je serai. Il dit : je suis.
Expliqué aux enfants
Avec un enfant, entrez par les deux bouts du livre, car ils sont simples à saisir. Au début, un bébé reçoit un nom qui veut dire « Dieu avec nous » : cela signifie que Dieu ne voulait plus rester loin, Il a voulu venir tout près, comme quelqu'un qui vient s'asseoir par terre pour jouer avec toi. À la fin, ce même Jésus, devenu grand, dit à Ses amis qu'Il sera avec eux tous les jours, partout où ils iront. Un livre entier tient entre ces deux phrases, et on peut le résumer ainsi : Jésus est le Roi qui vient et qui reste.
Ajoutez l'histoire de l'homme qui a écrit le livre. Il avait un métier que personne n'aimait, il prenait l'argent des gens, il n'avait pas beaucoup d'amis. Jésus s'est arrêté devant lui et lui a dit : viens avec moi. Et il est venu. Les enfants comprennent très vite cette scène, parce qu'ils savent ce que c'est d'être choisi ou de ne pas l'être.
Selon l'âge, vous pouvez ensuite raconter le sermon sur la montagne comme les règles du royaume, ou les paraboles du chapitre 13 comme des devinettes de Jésus, ou la tempête apaisée et le repas des cinq mille comme des preuves qu'Il est vraiment Roi. Des explications adaptées existent pour les tout-petits de 3 à 6 ans, pour les enfants de 7 à 12 ans et pour les adolescents à partir de 12 ans ; choisissez le niveau qui correspond, et laissez-les poser leurs questions sans les corriger trop vite.
Questions fréquentes
Qui a écrit l'évangile de Matthieu ?
Le livre lui-même ne nomme pas son auteur, mais la tradition chrétienne la plus ancienne est unanime : c'est Matthieu, aussi appelé Lévi, collecteur d'impôts à Capernaüm puis apôtre de Jésus. Papias, au début du deuxième siècle, mentionne déjà des paroles du Seigneur rassemblées par Matthieu, et les manuscrits anciens portent tous le même titre. Un détail interne renforce cette attribution : c'est dans cet évangile que le récit de sa vocation le désigne par son nom d'apôtre, avec la mention explicite de son métier méprisé, comme si l'auteur refusait d'effacer son passé.
Quand l'évangile de Matthieu a-t-il été écrit ?
Les avis diffèrent, mais la fourchette raisonnable se situe entre les années 50 et 80 de notre ère. Ceux qui datent le livre plus tôt soulignent que Matthieu parle du temple et des offrandes comme d'institutions encore en fonctionnement. Ceux qui le datent plus tard voient dans le chapitre 24 le souvenir de la destruction de Jérusalem en l'an 70. Dans les deux cas, nous sommes dans la première génération chrétienne, à portée de témoins oculaires, ce qui donne au texte une valeur historique considérable.
À qui cet évangile était-il destiné ?
Tout indique un lectorat majoritairement judéo-chrétien, peut-être la communauté d'Antioche de Syrie. Matthieu suppose connues les coutumes juives sans les expliquer, il multiplie les citations prophétiques, il utilise l'expression « royaume des cieux » par respect pour le nom divin et il présente Jésus comme le fils de David. Son objectif pastoral se devine : montrer à des croyants issus d'Israël, parfois exclus de la synagogue, qu'en suivant Jésus ils ne trahissent pas les Écritures, ils les accomplissent, et que ce Messie ouvre désormais la porte aux nations.
Pourquoi Matthieu parle-t-il du « royaume des cieux » plutôt que du « royaume de Dieu » ?
Les deux expressions désignent la même réalité, le règne actif de Dieu. Matthieu emploie « royaume des cieux » plus de trente fois, très probablement par déférence juive envers le nom de Dieu, que l'on évitait de prononcer inutilement. Ce n'est donc pas un royaume situé au ciel par opposition à la terre, mais un règne qui vient du ciel et s'établit sur la terre. D'ailleurs Matthieu utilise aussi la formule courante, notamment en Matthieu 6:33 : « cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice ».
Que signifie exactement le nom Emmanuel ?
Matthieu prend soin de traduire lui-même : « on appellera son nom Emmanuel, ce qui, interprété, est: Dieu avec nous » (Matthieu 1:23). Le nom vient d'Ésaïe 7:14, où il était donné comme signe à un roi apeuré. Appliqué à Jésus, il ne décrit pas seulement une mission, mais une identité : en Lui, Dieu Lui-même vient habiter parmi les hommes. Ce n'est pas un titre officiel que Jésus porte dans la vie courante, c'est une clé de lecture que l'évangéliste place à l'entrée de son livre et qu'il rappellera au tout dernier verset.
Combien de chapitres compte l'évangile de Matthieu et comment se répartissent-ils ?
Le livre compte vingt-huit chapitres. On peut les répartir ainsi : les chapitres 1 à 4 pour les origines et les débuts du ministère, les chapitres 5 à 7 pour le sermon sur la montagne, les chapitres 8 à 12 pour les miracles et les premières oppositions, le chapitre 13 pour les paraboles du royaume, les chapitres 14 à 18 pour la révélation progressive du Messie à Ses disciples, les chapitres 19 à 25 pour la montée vers Jérusalem et les enseignements sur la fin, enfin les chapitres 26 à 28 pour la passion, la mort et la résurrection.
Quelle est la différence entre Matthieu, Marc et Luc ?
Les trois racontent largement les mêmes événements, ce qui leur a valu le nom d'évangiles synoptiques, mais chacun a son accent. Marc est bref, rapide, centré sur l'action et sur le serviteur souffrant. Luc, écrivant pour un public plus large, insiste sur la compassion de Jésus envers les pauvres, les femmes et les étrangers. Matthieu, lui, organise, enseigne et démontre : cinq grands discours, une soixantaine de renvois à l'Ancien Testament, et un Jésus présenté comme le Roi promis. Jean, de son côté, suit un plan et un vocabulaire très différents.
Pourquoi la généalogie de Matthieu diffère-t-elle de celle de Luc ?
Matthieu descend d'Abraham jusqu'à Jésus en passant par Salomon, tandis que Luc remonte de Jésus jusqu'à Adam en passant par Nathan. Deux explications classiques sont proposées : Matthieu donnerait la lignée légale de Joseph, héritière du trône, et Luc la lignée biologique de Marie ; ou bien les deux listes suivraient des branches différentes d'une même famille, avec les adoptions et les mariages lévitiques que la loi prévoyait. L'intention diffère aussi : Matthieu prouve un droit royal, Luc rattache Jésus à l'humanité entière.
Que veut dire « pauvres en esprit » dans Matthieu 5:3 ?
Il ne s'agit ni de pauvreté matérielle, ni de faiblesse intellectuelle, ni d'une fausse humilité. L'expression décrit celui qui reconnaît sa banqueroute spirituelle devant Dieu, qui ne s'appuie plus sur ses mérites religieux et qui tend simplement la main. C'est le contraire de l'homme sûr de son dossier. Jésus déclare ces gens bienheureux au présent et leur attribue le royaume au présent : « car c'est à eux qu'est le royaume des cieux ». Toute la vie chrétienne commence là, et, en réalité, elle n'en sort jamais.
Le sermon sur la montagne est-il vivable, ou est-ce un idéal impossible ?
Les deux, et dans cet ordre. Ces chapitres révèlent d'abord une justice si profonde qu'elle atteint les pensées, la colère, le regard, les motivations secrètes ; personne n'en sort avec le sentiment d'avoir réussi. Ils conduisent donc à la pauvreté en esprit de la première béatitude et à la croix. Mais ils sont ensuite réellement vivables, pas comme un règlement à respecter par volonté propre, plutôt comme la forme de vie de ceux qui appartiennent au Roi et qui avancent avec Lui, un pas après l'autre.
Pourquoi Matthieu cite-t-il autant l'Ancien Testament ?
Parce que sa thèse en dépend. Il veut montrer que Jésus n'est pas une nouveauté religieuse, mais la conclusion attendue d'une histoire commencée avec Abraham. D'où la formule qui revient sans cesse, afin que fût accompli ce qui avait été dit par le prophète, appliquée à la naissance, au lieu de résidence, à la fuite en Égypte, aux guérisons, aux paraboles, à l'entrée à Jérusalem, à la trahison. Jésus le résume : « je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir » (Matthieu 5:17). Lire Matthieu sans ouvrir l'Ancien Testament revient à ne lire qu'une moitié du texte.
Que signifie baptiser « pour le nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » ?
Dans Matthieu 28:19, Jésus donne une formule d'une densité étonnante : un seul nom, trois personnes nommées ensemble sur le même plan. Baptiser pour ce nom, c'est marquer publiquement l'appartenance du nouveau disciple au Dieu qui s'est révélé Père, Fils et Saint Esprit. Le verbe principal de la phrase n'est pourtant pas « baptiser » mais « faites disciples » ; le baptême et l'enseignement sont les deux moyens indiqués. La mission ne consiste donc pas à recruter, mais à former des gens qui apprennent à vivre sous l'autorité du Roi.
Par où commencer si je lis Matthieu pour la première fois ?
Commencez par le chapitre 1 et allez jusqu'au bout, sans sauter la généalogie, mais sans vous y arrêter longtemps. Si vous manquez de temps, quatre étapes donnent l'essentiel : les chapitres 1 et 2 pour l'identité de Jésus, les chapitres 5 à 7 pour Son enseignement, le chapitre 16 pour la confession de Pierre et l'annonce de la croix, puis les chapitres 26 à 28 d'une traite. Terminez toujours par les deux derniers versets ; ils referment le livre sur la promesse qui l'avait ouvert.
Pour conclure
Deux clous, un tableau. « Dieu avec nous » au chapitre 1, « moi je suis avec vous tous les jours » au chapitre 28, et entre les deux, vingt-huit chapitres pour nous montrer qui est ce Dieu et avec qui Il choisit de rester. Avec des pauvres en esprit, un centurion étranger, une mère cananéenne insistante, des enfants qu'on voulait écarter, un apôtre qui Le reniera, et un collecteur d'impôts assis à son bureau qui deviendra l'un des témoins les plus soigneux de l'histoire.
C'est pourquoi ce livre ne se laisse pas lire à distance. Il vous demande, chapitre après chapitre, qui vous dites qu'Il est, comme Jésus le demanda un jour près de Césarée, et il vous propose la réponse de Pierre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16:16).
Reprenez le guide de lecture, choisissez un rythme réaliste, apprenez les six versets clés, et lisez Matthieu en gardant une seule question sous les yeux : où est-Il en train de venir s'asseoir près de moi ? Le Roi qui a traversé la croix pour venir n'a pas l'intention de repartir.