Qui était l'apôtre Pierre dans la Bible ?
Introduction
Une nuit de printemps, dans une cour de Jérusalem, un homme tend les mains vers un feu de braises. Il fait froid. Il ne veut pas être remarqué, alors il parle peu, et quand on lui parle, il ment. Trois fois. Puis un coq chante et l'homme sort en courant, en pleurant.
Quelques semaines plus tard, le même homme se tient debout devant des milliers de personnes, dans cette même ville, et il crie le nom de Jésus sans trembler.
Entre ces deux scènes, il y a un autre feu de braises, allumé au bord d'un lac, par Jésus Lui-même, pour un petit-déjeuner.
Voilà l'histoire de l'apôtre Pierre. Et si vous avez déjà eu honte de vous-même au point de ne plus croire que Dieu puisse encore vous employer, cette page est écrite pour vous.
L'angle de ce guide
Nous suivrons Pierre à travers trois feux. Le feu de la cour du souverain sacrificateur, où il se réchauffe en reniant son Maître (Jean 18:18). Le feu de braises sur la plage de Galilée, où Jésus prépare Lui-même le repas de la restauration (Jean 21:9). Et les langues de feu de la Pentecôte, qui font de ce lâche un prédicateur (Actes 2:3). Le mot grec traduit par « feu de charbon » n'apparaît que deux fois dans tout le Nouveau Testament, et les deux fois, Pierre est là. Ce n'est pas un hasard littéraire, c'est un évangile en miniature. La grâce ne contourne pas le lieu de notre chute; elle y revient et rallume le feu autrement.
Que dit la Bible au sujet de l'apôtre Pierre ?
Pierre est, avec Paul, le personnage humain le plus présent du Nouveau Testament. Il apparaît dans les quatre évangiles, domine la première moitié des Actes, est mentionné dans les lettres de Paul et signe deux épîtres. Aucun disciple n'est cité aussi souvent, et aucun ne parle autant, à tort comme à raison.
Son nom d'origine est Simon, fils de Jonas, pêcheur de Bethsaïda, installé à Capernaüm au bord du lac de Galilée. Il est marié, puisque Jésus guérit sa belle-mère (Matthieu 8:14), et Paul mentionne encore sa femme des années plus tard (1 Corinthiens 9:5). C'est son frère André qui le conduit à Jésus, et la première parole de Jésus à son sujet est déjà une prophétie: « Jésus, l'ayant regardé, dit: Tu es Simon, le fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (qui, interprété, est Pierre) » (Jean 1:42). Céphas en araméen, Petros en grec: la pierre, le caillou, le bloc. Jésus ne le nomme pas d'après ce qu'il est, mais d'après ce qu'Il fera de lui.
L'appel définitif vient au bord de l'eau, dans un cadre de travail, de filets et de poisson: « Et il leur dit: Venez après moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes » (Matthieu 4:19). Tout est dans ces deux verbes. « Venez après moi »: la relation d'abord, l'obéissance d'abord, avant toute compétence. « Je vous ferai »: c'est Jésus qui fabrique le disciple, pas le disciple qui se fabrique lui-même. Pierre ne s'est jamais fait pêcheur d'hommes. Il a été fait.
Trois ans plus tard, à Césarée de Philippe, Jésus pose la question centrale des évangiles, et c'est Pierre qui répond: « Et Simon Pierre, répondant, dit: Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16:16). C'est le sommet théologique de sa vie. Il ne dit pas seulement « Tu es un grand prophète » ou « Tu es le libérateur d'Israël »; il confesse la messianité et la filiation divine de Jésus. Et Jésus lui répond que cette révélation ne vient pas de la chair et du sang mais du Père. La foi de Pierre n'est pas une performance intellectuelle, c'est un cadeau reçu.
Mais quelques versets plus loin, le même homme reprend Jésus qui annonce Sa croix, et s'entend dire: « Va arrière de moi, Satan, tu m'es en scandale, car tes pensées ne sont pas aux choses de Dieu, mais à celles des hommes » (Matthieu 16:23). Voilà Pierre: capable en cinq minutes de la plus haute confession et de la plus grossière contradiction.
La chute annoncée arrive la nuit de l'arrestation. Après avoir juré qu'il mourrait avec Jésus, il jure devant une servante qu'il ne connaît pas cet homme. « Et Pierre se souvint de la parole de Jésus, qui lui avait dit: Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Et étant sorti dehors, il pleura amèrement » (Matthieu 26:75). Notez ce qui déclenche les larmes: non pas sa faute, mais la parole de Jésus qui lui revient. La mémoire de la Parole est le début de la repentance.
Et c'est précisément là que l'histoire ne s'arrête pas. Après la résurrection, au bord du lac, Jésus reprend la conversation là où elle s'était brisée: « Il lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-Tu? Pierre fut attristé de ce qu'Il lui disait pour la troisième fois: M'aimes-Tu? Et il Lui dit: Seigneur, Tu sais toutes choses, Tu sais que je T'aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis » (Jean 21:17). Trois reniements, trois questions, une seule mission confiée à un homme qui n'a plus rien à prouver.
Le résultat éclate à la Pentecôte: « Mais Pierre, s'étant levé avec les onze, éleva sa voix et leur parla: Hommes juifs, et vous tous qui habitez Jérusalem, sachez que ceci vous est connu, et prêtez l'oreille à mes paroles » (Actes 2:14). L'homme qui avait murmuré des mensonges près d'un feu élève maintenant la voix pour dire la vérité sur Jésus, et trois mille personnes sont ajoutées ce jour-là.
Le fil conducteur de la Bible
Pierre n'est pas un accident dans le récit biblique; il en est une reprise. L'Ancien Testament est peuplé d'hommes appelés par Dieu, tombés lourdement, puis relevés pour servir: Abraham qui mente sur son épouse, Moïse qui tue et s'enfuit, Aaron qui fabrique un veau d'or et reste sacrificateur, David qui commet adultère et écrit ensuite le Psaume 51, Jonas qui fuit vers Tarsis et prêche quand même à Ninive. Pierre est le dernier maillon de cette longue chaîne d'échecs rachetés, et sans doute le plus détaillé de tous, parce que les évangiles ne cachent rien.
Il y a un écho particulièrement saisissant avec Jonas. Jésus appelle Pierre « Simon, fils de Jonas » précisément dans les deux moments décisifs, en Matthieu 16:17 et en Jean 21:17. Comme Jonas, Pierre reçoit un appel vers les nations et commence par résister; il faudra une vision insistante sur un toit de Joppé, la ville même d'où Jonas s'était embarqué, pour que Pierre entre chez un officier romain et déclare: « En vérité, je comprends que Dieu ne fait pas acception de personnes, mais qu'en toute nation celui qui craint Dieu et pratique la justice Lui est agréable » (Actes 10:34-35). Le fil se tend d'Israël vers le monde entier, et c'est un pêcheur galiléen qui tient l'extrémité de la corde.
Il y a aussi le fil de la pierre. Dieu bâtit toujours avec de la pierre: l'autel de Béthel, les douze pierres du Jourdain, le temple de Salomon, la pierre angulaire du Psaume 118:22 rejetée par les bâtisseurs. Jésus donne à Simon le nom de Pierre, mais Pierre lui-même refusera plus tard toute confusion. Dans sa première lettre, il désigne clairement le fondement: Christ est la pierre vivante, la pierre de l'angle, et les croyants sont des pierres construites sur Lui. « Vous-mêmes aussi, comme des pierres vivantes, êtes édifiés pour être une maison spirituelle, une sainte sacrificature, pour offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus Christ » (1 Pierre 2:5). Celui qui avait entendu « sur ce roc je bâtirai mon assemblée » n'a jamais prétendu être le roc; il s'est compté parmi les pierres.
Et le fil des trois feux, lui aussi, traverse toute l'Écriture. Le feu, dans la Bible, éprouve, purifie et manifeste la présence de Dieu: le buisson d'Horeb, la colonne de feu du désert, le feu qui tombe sur le Carmel, la fournaise de Daniel 3 où le quatrième homme marche avec les trois. Pierre a compris cela dans sa chair, car c'est lui qui écrira: « Afin que l'épreuve de votre foi, beaucoup plus précieuse que celle de l'or qui périt et qui toutefois est éprouvé par le feu, soit trouvée tourner à louange, et à gloire, et à honneur, dans la révélation de Jésus Christ » (1 Pierre 1:7). Puis: « Bien-aimés, ne trouvez pas étrange le feu ardent qui est au milieu de vous, qui a lieu pour votre épreuve » (1 Pierre 4:12). Un homme qui a été relevé près d'un feu de braises n'a plus peur des flammes.
Tout culmine en Christ, non en Pierre. Le Fils de Dieu est venu chercher des hommes qui échouent, non des hommes qui réussissent, et Sa croix est la seule raison pour laquelle un renieur peut redevenir un berger.
Le cœur de sa vie
Trois moments tiennent toute la biographie de Pierre, et chacun se joue près d'un feu.
Le premier feu: la cour, la nuit du reniement. Jean, seul, note le détail: « Or les esclaves et les huissiers, ayant allumé un feu de charbon, car il faisait froid, se tenaient là et se chauffaient; et Pierre était avec eux, se tenant là et se chauffant » (Jean 18:18). Pierre s'est réchauffé au feu des ennemis de Jésus. Quelques heures plus tôt, il avait juré: « Je laisserai ma vie pour Toi » (Jean 13:37). Entre les deux, il y a Gethsémané où il s'endort, un coup d'épée maladroit sur l'oreille de Malchus, et une fuite lente qui le mène jusqu'à ce cercle de lumière où la chaleur coûte moins cher que la fidélité. Sa chute n'est pas un dérapage soudain; c'est le terme d'une pente commencée par la confiance en soi. Jésus l'avait averti avec une tendresse redoutable: « Simon, Simon, voici, Satan a demandé à vous avoir pour vous cribler comme le blé; mais moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas; et toi, quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères » (Luc 22:31-32). Pierre est tombé, mais il n'est pas tombé hors de la prière de son Seigneur.
Le deuxième feu: la plage, le matin de la restauration. « Quand ils descendirent donc à terre, ils voient là de la braise, et du poisson mis dessus, et du pain » (Jean 21:9). Jésus ressuscité aurait pu convoquer Pierre au temple, dans une salle, devant un tribunal. Il choisit un feu de braises au bord de l'eau, l'odeur exacte de la nuit de la honte, et Il y ajoute un repas. Puis vient le triple « M'aimes-Tu? » de Jean 21:17. Remarquez que Jésus ne demande pas: « As-Tu compris ta faute? » ni « Promets-Tu de ne plus recommencer? » Il demande de l'amour, et Il confie des brebis. Pierre, attristé, ne répond plus par des serments; il s'en remet à l'omniscience de Jésus: « Seigneur, Tu sais toutes choses ». C'est là qu'un homme devient enfin utilisable.
La grâce revient sur les lieux de la honte.
Le troisième feu: la Pentecôte, le jour du témoignage. « Et il leur apparut des langues divisées, comme de feu; et elles se posèrent sur chacun d'eux » (Actes 2:3). Cette fois, le feu n'est plus devant Pierre, il est sur lui. Et il se lève. Actes 2:14 marque la naissance publique du prédicateur: la voix qui avait servi à renier devient la voix qui proclame. Il cite Joël, il cite les Psaumes, il annonce la résurrection, il appelle à la repentance: « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, en rémission des péchés; et vous recevrez le don du Saint Esprit » (Actes 2:38). Suivront la guérison du boiteux, les comparutions devant le sanhédrin où l'on s'étonne de la hardiesse d'hommes illettrés « et ils les reconnaissaient pour avoir été avec Jésus » (Actes 4:13), la mission en Samarie, la maison de Corneille, la prison sous Hérode, le concile de Jérusalem. Un pêcheur galiléen devient la porte d'entrée de l'Évangile chez les nations.
Ce que nous apprenons de Pierre
Premièrement, la confiance en soi est plus dangereuse que la faiblesse reconnue. Pierre tombe exactement là où il se croyait le plus solide. « Si même tous étaient scandalisés en Toi, moi, je ne serai jamais scandalisé », dit-il en Matthieu 26:33, et quelques heures plus tard il jure devant une servante. Ce n'est pas son doute qui l'a coulé, c'est sa certitude. C'est pourquoi, devenu vieux, il écrira ces mots que tant de chrétiens connaissent sans savoir de quelle biographie ils sortent: « Soyez sobres, veillez: votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer » (1 Pierre 5:8). Pierre sait de quoi il parle. Il a été le blé passé au crible. Il a dormi quand il fallait veiller. Son appel à la vigilance n'est pas un slogan de guerrier, c'est le conseil d'un survivant. Et le verset précédent en donne la clé: « Rejetant sur Lui tout votre souci, car Il a soin de vous » (1 Pierre 5:7). Veiller sans se reposer sur Dieu, c'est retourner près du feu de la cour.
Deuxièmement, l'échec n'annule pas l'appel, il le purifie. Jésus n'a pas remplacé Pierre. Judas a été remplacé, Pierre a été restauré, et la différence entre les deux n'est pas la gravité du péché mais la direction des larmes: l'un est allé se pendre, l'autre est retourné vers Jésus. La grâce ne vous donne pas seulement un second essai avec les mêmes vieux ressorts; elle vous refait. Pierre après la plage n'est pas Pierre avant la cour, en mieux. C'est un homme qui a cessé de se fonder sur son propre amour pour se fonder sur la connaissance que Jésus a de lui.
Troisièmement, un berger blessé garde mieux le troupeau. « Pais mes brebis » a été confié à celui qui savait ce que c'est de se perdre. Écoutez la façon dont il écrit aux anciens: « J'exhorte les anciens qui sont parmi vous, moi qui suis ancien avec eux et témoin des souffrances de Christ » (1 Pierre 5:1), puis « paissez le troupeau de Dieu qui est avec vous ». Cinquante ans après, les mots de Jésus sur la plage sont encore vivants dans sa plume. Aucun ministère solide ne naît d'une réputation intacte; il naît d'une restauration réelle.
Le miroir
Vous avez probablement votre propre feu de braises. Le moment où vous avez laissé passer la conversation où il fallait dire que vous croyez. Le mail que vous avez signé alors que vous saviez. La remarque méprisante que vous avez laissée s'installer autour de la table, parce qu'il faisait froid dehors et qu'il était plus chaud de rester dans le cercle. Vous n'avez peut-être jamais dit « je ne connais pas cet homme », mais vous avez peut-être organisé votre semaine pour que personne n'ait besoin de le demander.
Et vous connaissez aussi ce qui suit: l'auto-condamnation qui tourne en boucle, la conviction sourde que Dieu peut vous pardonner mais ne vous confiera plus rien. Vous priez, mais pour vous excuser, jamais pour recevoir une mission. C'est là que l'histoire de Pierre vous dérange, parce que Jésus ne l'interroge pas sur ses regrets. Il lui demande: « M'aimes-Tu? » et Il lui remet Ses brebis. La question de Jésus pour vous, ce matin, n'est pas « peux-Tu me garantir que Tu ne recommenceras pas? ». Elle est plus simple et plus nue: est-ce que Tu m'aimes?
Répondez comme Pierre, en cessant de vous appuyer sur votre propre évaluation. « Seigneur, Tu sais toutes choses. » Vous ne pouvez pas garantir votre courage de la semaine prochaine; Il connaît déjà vos limites et vous appelle quand même.
Alors soyez concret. Où faut-il retourner? Le collègue à qui il faut redire la vérité, l'enfant à qui il faut demander pardon, l'argent qu'il faut restituer, la relation qu'il faut clarifier, l'église que vous évitez depuis votre chute. La restauration n'est presque jamais abstraite. Elle se passe près du feu où tout a mal tourné, avec un petit-déjeuner et une mission.
Expliqué aux enfants
Avec des enfants, la vie de Pierre se raconte comme une histoire d'amitié cassée puis réparée. On peut dire: Pierre était pêcheur, il sentait le poisson et il parlait fort. Jésus l'a appelé pour marcher avec Lui, et Pierre L'aimait beaucoup. Mais une nuit très effrayante, Pierre a eu peur et il a dit trois fois: « Je ne connais pas Jésus. » Après, il a pleuré, parce qu'il savait que ce n'était pas vrai.
Le plus beau vient ensuite. Jésus, vivant après Sa mort, a préparé un feu et du poisson grillé au bord du lac, et Il a invité Pierre à manger avec Lui. Il ne l'a pas grondé. Il lui a demandé trois fois: « Est-ce que tu m'aimes? » et Il lui a donné un travail important: prendre soin des gens que Jésus aime. Les enfants comprennent très bien cette logique, souvent mieux que les adultes: quand on aime quelqu'un, on lui redonne une place, on ne le met pas à la porte.
Le point d'atterrissage est simple: quand j'ai fait quelque chose de mal, Jésus ne veut pas m'écarter, Il veut me retrouver.
Selon l'âge, l'accent change. Pour les tout-petits de 3 à 6 ans, on reste sur le lac, le poisson et le petit-déjeuner avec Jésus. Pour les 7 à 12 ans, on peut suivre les trois feux et parler honnêtement de la peur, du mensonge et du pardon. Pour les adolescents de 12 ans et plus, la pression du groupe autour d'un feu de camp devient un sujet brûlant, tout comme la question de savoir si un échec définit une vie. Des explications adaptées à chacune de ces tranches d'âge sont disponibles séparément.
Questions fréquentes
Qui était l'apôtre Pierre dans la Bible ?
Pierre, appelé d'abord Simon, était un pêcheur juif de Bethsaïda vivant à Capernaüm, au bord du lac de Galilée. Son frère André le conduit à Jésus, qui le renomme Céphas, c'est-à-dire Pierre. Il devient l'un des douze apôtres, et même le porte-parole habituel du groupe. Après la résurrection et la Pentecôte, il est le principal prédicateur des premiers chapitres des Actes, ouvre l'Évangile aux Samaritains puis aux non-juifs, et écrit les deux lettres qui portent son nom. Selon une tradition ancienne et unanime, il meurt martyr à Rome sous Néron.
Pourquoi Jésus a-t-il changé le nom de Simon en Pierre ?
Dès leur première rencontre, Jésus déclare: « Tu es Simon, le fils de Jonas; tu seras appelé Céphas (qui, interprété, est Pierre) » (Jean 1:42). Céphas est l'araméen pour « rocher », Petros son équivalent grec. Le nom n'est pas une description du caractère de Simon, qui était plutôt impulsif et instable, mais une promesse: Jésus annonce ce qu'Il va faire de lui. C'est exactement la logique de Matthieu 4:19, « je vous ferai pêcheurs d'hommes ». Dieu nomme souvent selon Son projet, non selon notre état présent, comme Abram devenu Abraham.
Que signifie « sur ce roc je bâtirai mon assemblée » ?
En Matthieu 16:18, Jésus dit: « Et moi aussi, je te dis que tu es Pierre; et sur ce roc je bâtirai mon assemblée, et les portes du hadès ne prévaudront pas contre elle. » Le jeu de mots est réel, mais la phrase suit immédiatement la confession de Matthieu 16:16. Le fondement est la vérité confessée, Jésus Christ le Fils du Dieu vivant, reçue par révélation du Père. Pierre lui-même tranche le débat dans sa lettre: Christ est la pierre de l'angle, et les croyants sont « comme des pierres vivantes » (1 Pierre 2:5). Il se compte parmi les pierres, jamais parmi les fondations.
Pierre a-t-il été le premier pape ?
Le Nouveau Testament présente Pierre comme un apôtre éminent, souvent premier à parler et premier à agir, mais jamais comme un chef doté d'une autorité juridique sur les autres. Au concile de Jérusalem, en Actes 15, c'est Jacques qui formule la conclusion. Paul le reprend publiquement à Antioche parce qu'il était « condamnable » (Galates 2:11). Et Pierre se présente lui-même simplement comme « ancien avec eux » (1 Pierre 5:1). La question de la succession romaine relève de développements historiques ultérieurs; le texte biblique, lui, montre un serviteur parmi les serviteurs.
Pourquoi Pierre a-t-il renié Jésus trois fois ?
Parce que la peur avait eu le temps de s'installer. Pierre avait promis de mourir avec Jésus, s'était endormi à Gethsémané, avait frappé avec une épée puis suivi de loin. Arrivé dans la cour, il se réchauffe au feu des adversaires (Jean 18:18) et se retrouve pris dans une conversation qu'il ne maîtrise pas. Le reniement n'est pas un instant isolé mais l'aboutissement d'une confiance en soi non brisée. Matthieu 26:75 raconte la suite: la parole de Jésus lui revient en mémoire et il sort pleurer amèrement, ce qui est déjà le début du retour.
Pierre a-t-il perdu son salut en reniant Jésus ?
Non, et Jésus l'avait dit d'avance: « Moi, j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas; et toi, quand une fois tu seras revenu, fortifie tes frères » (Luc 22:31-32). L'intercession du Christ a tenu là où la promesse de Pierre a cédé. Comparez avec Judas: la différence n'est pas l'ampleur du péché mais la direction de la douleur. Judas s'est enfoncé dans le désespoir, Pierre est retourné vers Jésus. Le triple « M'aimes-Tu? » de Jean 21:17 montre un Sauveur qui restaure publiquement celui qui était tombé publiquement.
Que veut dire Jésus quand Il demande trois fois « m'aimes-tu ? »
La répétition répond aux trois reniements: chaque mensonge de la cour reçoit sa réparation sur la plage. Jésus ne fait pas passer un examen à Pierre, Il refait le lien, puis Il confie une charge: « Pais mes brebis » (Jean 21:17). La tristesse de Pierre à la troisième question montre que le message est passé, mais sa réponse a changé de nature: il ne jure plus rien, il s'appuie sur ce que Jésus sait de lui. C'est le déplacement décisif de toute vie chrétienne, de la confiance en soi à la confiance dans le Seigneur.
Pierre était-il marié ?
Oui. Jésus guérit la belle-mère de Pierre dans sa maison de Capernaüm (Matthieu 8:14), ce qui suppose une épouse. Des années plus tard, Paul écrit que Céphas voyageait accompagné de sa femme (1 Corinthiens 9:5). Le premier des apôtres était donc un homme marié, avec une famille, un métier et une maison, appelé au milieu de ses filets. Cela dit quelque chose de la manière dont Dieu appelle: pas hors du réel, mais au cœur d'une vie ordinaire faite de travail, de fatigue et de responsabilités familiales.
Combien de lettres Pierre a-t-il écrites dans la Bible ?
Deux: 1 Pierre et 2 Pierre. La première, adressée à des chrétiens dispersés en Asie Mineure et souffrant l'hostilité de leur entourage, parle d'espérance vivante, de sainteté, de souffrance injuste et de vigilance, avec le célèbre avertissement de 1 Pierre 5:8. La seconde, écrite alors qu'il sait sa mort proche, met en garde contre les faux docteurs et affirme la certitude du retour du Seigneur. Une tradition ancienne rattache aussi l'Évangile selon Marc à la prédication de Pierre, ce que confirme l'affection de 1 Pierre 5:13, « Marc, mon fils ».
Comment Pierre est-il mort ?
La Bible ne raconte pas sa mort, mais elle l'annonce. Sur la plage, après la restauration, Jésus lui dit: « Quand tu seras devenu vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra, et te conduira où tu ne veux pas », et Jean précise: « Or il dit cela pour indiquer de quelle mort il glorifierait Dieu » (Jean 21:18-19). En 2 Pierre 1:14, l'apôtre sait que le moment de déposer sa tente approche. La tradition chrétienne des premiers siècles rapporte qu'il fut crucifié à Rome sous Néron, autour de l'an 64 à 67. Celui qui avait fui la croix de son Maître l'a finalement partagée.
Quelle est la différence entre Pierre et Paul ?
Pierre est le pêcheur galiléen sans formation rabbinique, appelé pendant le ministère terrestre de Jésus, envoyé d'abord vers les Juifs. Paul est le pharisien érudit de Tarse, ennemi de l'Église, saisi par le Christ ressuscité sur la route de Damas et envoyé vers les nations. Galates 2:7-9 reconnaît cette répartition tout en affirmant le même Évangile. Leurs styles diffèrent, leurs parcours s'opposent presque, et ils se sont même affrontés à Antioche. Mais tous deux ont fini martyrs à Rome, prêchant un seul salut par la grâce, dans un seul nom.
Pourquoi Paul a-t-il reproché à Pierre son attitude à Antioche ?
Parce que Pierre, qui mangeait librement avec les croyants issus des nations, s'est retiré par crainte du jugement de certains venus de Jérusalem. Paul écrit: « Mais quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu'il était condamnable » (Galates 2:11). L'enjeu n'était pas la politesse mais la vérité de l'Évangile: si la table se divise, la grâce n'est plus la même pour tous. Fait remarquable, Pierre n'a jamais rendu la monnaie de la pièce; il parlera plus tard de « notre bien-aimé frère Paul » (2 Pierre 3:15). Un homme restauré supporte la correction.
Que signifie 1 Pierre 5:8 sur le diable comme un lion rugissant ?
« Soyez sobres, veillez: votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde autour de vous, cherchant qui il pourra dévorer. » Pierre écrit à des chrétiens sous pression sociale, et il rappelle que l'ennemi cherche des proies isolées et endormies, exactement l'état dans lequel il s'était lui-même trouvé à Gethsémané. La sobriété et la vigilance ne sont pas de la peur; le verset précédent invite à rejeter tout souci sur Dieu, et le suivant appelle à résister par la foi, en sachant que les frères du monde entier traversent les mêmes épreuves. La vigilance repose sur la garde de Dieu, non sur nos forces.
Pour conclure
Trois feux racontent Pierre mieux que n'importe quel portrait de caractère. Le feu de la cour dit ce que nous sommes livrés à nous-mêmes: capables de confesser magnifiquement et de renier lâchement, souvent dans la même journée. Le feu de la plage dit ce que Christ fait des hommes tombés: Il revient sur le lieu exact de la honte, prépare un repas, pose une question d'amour et confie une mission. Le feu de la Pentecôte dit ce que l'Esprit rend possible: une voix qui tremblait devient une voix qui proclame Jésus devant une ville entière.
Un renieur pardonné devient un berger fiable.
Si vous voulez creuser, lisez d'un seul trait Jean 18, Jean 21 et Actes 2; l'unité de ces trois chapitres autour de Pierre est frappante. Puis relisez 1 Pierre en cherchant partout les échos de sa propre histoire: la pierre vivante, le troupeau à paître, l'épreuve du feu, le lion rugissant. Vous découvrirez un vieil homme qui écrit encore avec l'odeur du poisson grillé dans la mémoire, et qui vous invite, vous aussi, à revenir déjeuner avec son Seigneur.