Personnage biblique

Qui était Rahab dans la Bible ?

Introduction

Une fenêtre dans une muraille. Une corde rouge qui pend le long de la pierre. À l'intérieur, une femme attend avec son père, sa mère, ses frères et ses sœurs entassés dans une maison trop petite, pendant que dehors une armée tourne en silence autour de la ville, jour après jour. Elle ne sait pas exactement quand cela arrivera. Elle sait seulement qu'elle a changé de camp, et qu'il n'y a plus de retour en arrière.

Cette femme s'appelle Rahab. Dans sa ville, on la connaissait comme prostituée. Dans la Bible, elle est l'une des deux seules femmes citées nommément au chapitre de la foi, et l'une des quatre femmes nommées dans la généalogie de Jésus-Christ. Entre ces deux réputations, il y a toute l'histoire de l'Évangile.

Dans les lignes qui suivent, vous découvrirez son récit dans l'ordre où il s'est déroulé, ses zones d'ombre comprises, et pourquoi son nom résonne encore jusque dans la première page du Nouveau Testament.

L'angle de ce guide

Tout Jéricho savait. La ville entière avait entendu parler de la mer Rouge, des rois amoréens vaincus, de ce peuple qui avançait depuis quarante ans vers l'ouest. L'information était publique, partagée, discutée dans les rues. Et pourtant un seul foyer de Jéricho a survécu à cette nuit-là. Ce guide lit donc la vie de Rahab sous cet angle précis : la foi n'est pas un supplément d'information, c'est une reddition. Rahab n'en savait pas plus que ses voisins. Elle a simplement tiré la conclusion que tous refusaient de tirer, et elle a changé de côté pendant qu'il était encore temps.

Que dit la Bible au sujet de Rahab ?

Son entrée en scène est brutalement sobre. Josué 2:1 dit : « Et Josué, fils de Nun, envoya secrètement de Sittim deux espions, disant : Allez, voyez le pays et Jéricho. Et ils s'en allèrent, et vinrent dans la maison d'une prostituée, nommée Rahab, et y couchèrent. »

Le texte ne protège personne. Il ne dit pas « une aubergiste », il ne dit pas « une femme de réputation incertaine ». Il nomme le métier, il nomme la femme, et il place les deux espions d'Israël sous son toit. Pour un lecteur juif du premier siècle comme pour nous, c'est un choc : la conquête du pays promis commence dans la maison la plus méprisée de la première ville à prendre. Le choix du lieu n'est pas innocent sur le plan stratégique, une maison où entrent et sortent des étrangers attire moins l'attention, mais le Saint Esprit ne l'a pas conservé dans l'Écriture pour des raisons militaires.

Très vite, le roi de Jéricho apprend la présence des deux hommes et envoie chercher Rahab. Elle les a déjà cachés sous les tiges de lin qui séchaient sur son toit en terrasse, et elle oriente les enquêteurs vers la mauvaise route. Puis, montée sur le toit avant que les espions ne s'endorment, elle prononce les mots qui changent tout. Josué 2:9 rapporte : « et elle dit aux hommes : Je sais que l'Éternel vous a donné le pays, et que la terreur de votre nom est tombée sur nous, et que tous les habitants du pays se fondent devant vous ». Puis vient le sommet, Josué 2:11 : « Nous l'avons entendu, et notre cœur s'est fondu, et le courage d'aucun homme ne se soutient plus devant vous ; car l'Éternel, votre Dieu, est Dieu dans les cieux en haut, et sur la terre en bas. »

Arrêtons-nous sur ce verset, car il est le cœur battant de toute l'histoire. Remarquez le pluriel : « Nous l'avons entendu ». Elle ne parle pas d'une révélation privée, d'un songe, d'une voix mystérieuse. Elle parle d'une rumeur publique que toute la ville connaît. La différence entre Rahab et ses voisins n'est pas ce qu'elle a entendu, c'est ce qu'elle en a fait. Les autres ont entendu et ont verrouillé les portes. Elle a entendu et elle a ouvert la sienne.

Remarquez aussi ce qu'elle confesse : non pas « votre Dieu est fort », mais « l'Éternel, votre Dieu, est Dieu dans les cieux en haut, et sur la terre en bas ». Dans un monde où chaque peuple avait ses divinités locales et où l'on comptait les dieux comme on compte les territoires, cette phrase est une abdication complète. Elle reconnaît qu'il n'y a pas de recoin de l'univers où le Dieu d'Israël ne règne pas, donc pas de cachette, pas de neutralité possible. Elle utilise même le nom propre de l'alliance, l'Éternel, le nom que seul Israël connaissait.

Ensuite, elle négocie. Elle demande que, par la bonté qu'elle leur a montrée, on fasse grâce à sa maison : son père, sa mère, ses frères, ses sœurs et tous les leurs. Les espions acceptent à trois conditions : le cordon écarlate à la fenêtre, toute la famille réunie à l'intérieur, et le silence sur leur mission. Josué 2:18 : « Voici, quand nous entrerons dans le pays, tu attacheras ce cordon de fil écarlate à la fenêtre par laquelle tu nous as fait descendre, et tu rassembleras auprès de toi, dans la maison, ton père, et ta mère, et tes frères, et toute la maison de ton père. »

Le dénouement arrive au chapitre 6. Les murailles tombent, la ville est vouée à la destruction, et une seule maison tient debout. Josué 6:25 : « Et Josué conserva en vie Rahab, la prostituée, et la maison de son père, et tous ceux qui lui appartenaient ; et elle a habité au milieu d'Israël jusqu'à ce jour, car elle avait caché les messagers que Josué avait envoyés pour explorer Jéricho. »

« Elle a habité au milieu d'Israël jusqu'à ce jour. » Voilà le verdict de l'histoire : la païenne est devenue une voisine.

Le fil conducteur de la Bible

Pour mesurer la portée de Rahab, il faut la replacer dans le grand récit. Dieu avait promis à Abraham que toutes les familles de la terre seraient bénies en lui, et il avait annoncé que l'iniquité de l'Amoréen n'était pas encore à son comble (Genèse 15:16). Quatre siècles plus tard, le jugement tombe sur Canaan. Rahab est l'exception qui montre à quoi sert ce délai : il y avait encore de la place pour quiconque voulait se rendre.

L'Ancien Testament raconte sa survie ; le Nouveau Testament en explique le mécanisme. Hébreux 11:31 déclare : « Par la foi Rahab, la prostituée, ne périt pas avec ceux qui n'ont pas cru, ayant reçu les espions en paix. »

Lisez bien le contraste : « ceux qui n'ont pas cru ». L'auteur ne dit pas qu'ils ont péri parce qu'ils ignoraient, mais parce qu'ils n'ont pas cru. Et ce n'est pas un détail isolé dans cette lettre. Quelques chapitres plus tôt, le même auteur a parlé d'une autre génération, celle d'Israël au désert, qui avait reçu la bonne nouvelle du pays promis mais pour qui la parole entendue n'a servi de rien, « n'étant pas mêlée avec de la foi dans ceux qui l'entendirent » (Hébreux 4:2). Mettez les deux textes côte à côte et le tableau devient saisissant : une prostituée cananéenne entre dans le repos de Dieu, pendant qu'une génération de circoncis tombe dans le désert. Même nouvelle, destins opposés.

La foi n'est pas un supplément d'information.

Jacques aborde la même femme sous un autre angle. Jacques 2:25 : « Et pareillement Rahab aussi, la prostituée, n'a-t-elle pas été justifiée par les œuvres, ayant reçu les messagers et les ayant mis dehors par un autre chemin ? » Là où Hébreux regarde la racine, Jacques regarde le fruit. La conviction de Rahab lui a coûté quelque chose de concret et de dangereux : abriter des ennemis de l'État sous son propre toit, mentir au roi, risquer l'exécution. Une foi qui n'aurait rien bougé dans sa maison n'aurait rien prouvé du tout.

Puis vient la surprise la plus douce de toutes. Matthieu 1:5 : « et Salmon engendra Booz de Rachab ; et Booz engendra Obed de Ruth ; et Obed engendra Jessé ». Dans la toute première page du Nouveau Testament, au milieu de la liste des ancêtres de Jésus-Christ, la Cananéenne de Jéricho apparaît comme épouse d'un Israélite et mère de Booz, cet homme bon qui rachètera plus tard une autre étrangère, Ruth la Moabite. De Booz naîtra Obed, puis Jessé, puis David, puis, le temps venu, Celui que Matthieu appelle « fils de David, fils d'Abraham ».

Autrement dit, Dieu n'a pas seulement sauvé Rahab de la destruction. Il l'a greffée dans la lignée de Son propre Fils. Le sang de Jéricho coule dans la généalogie du Messie. Ce qui a commencé comme un sauvetage individuel se révèle être un maillon dans le plan par lequel les nations entières seraient bénies.

Le cœur de sa vie

Trois moments font basculer son existence, et aucun des trois n'est propre.

Le premier : la nuit du mensonge. Quand les hommes du roi frappent à sa porte, Rahab fait un choix irréversible. Elle cache les espions sous le lin de sa terrasse et déclare aux enquêteurs que les étrangers sont repartis au crépuscule et qu'en se dépêchant on pourrait encore les rattraper. C'est un mensonge. L'Écriture ne le maquille pas et ne le loue pas non plus : ni Hébreux ni Jacques ne mentionnent sa parole, ils mentionnent son accueil et son renvoi des messagers par un autre chemin. Dieu n'a pas sauvé Rahab parce qu'elle était devenue irréprochable en vingt-quatre heures ; Il l'a sauvée parce qu'elle s'était rangée de Son côté avec les moyens maladroits d'une femme qui venait tout juste de changer de camp. Il y a là une immense consolation : la foi naissante n'est pas une foi mûre, et Dieu ne la méprise pas.

Le deuxième : la confession sur le toit. C'est le véritable sommet. Loin des regards, au-dessus de la ville endormie, Rahab prononce un credo. Elle énonce les faits que tout le monde connaît, l'exode, la mer Rouge, Sihon et Og, puis elle en tire la seule conclusion logique, celle que personne d'autre dans Jéricho n'ose formuler : ce Dieu-là est le vrai Dieu, du ciel jusqu'à la terre. Et parce qu'Il est le vrai Dieu, résister est absurde et demander grâce est la seule sagesse. Puis elle fait ce que font toujours les vrais croyants : elle pense à sa famille. Sa première prière de convertie est une prière d'intercession.

Le troisième : l'attente derrière le fil écarlate. Il faut imaginer les jours suivants. Rahab a attaché la corde rouge à sa fenêtre, visible de la rue, visible des sentinelles, visible du roi si quelqu'un avait pensé à regarder. Elle a convaincu son père, sa mère, ses frères de quitter leurs propres maisons pour s'entasser chez la prostituée du quartier, parce que le seul endroit sûr de la ville était celui que tous méprisaient. Et pendant six jours, elle a entendu le piétinement de l'armée et le son des trompettes, sans rien pouvoir faire d'autre que rester à l'intérieur et faire confiance à la parole de deux hommes qu'elle avait rencontrés une seule nuit.

Le fil écarlate pendait dehors, visible, exposé.

Quand la muraille s'est effondrée, sa maison est restée debout. Josué 6:17 l'avait annoncé : « Rahab seule, la prostituée, vivra, elle et tous ceux qui sont avec elle dans la maison, parce qu'elle a caché les messagers que nous avions envoyés. » Ensuite, le récit nous dit qu'elle a d'abord été placée hors du camp d'Israël, le temps nécessaire, puis intégrée. De là, le silence narratif, jusqu'à ce que Matthieu nous apprenne qu'elle a épousé Salmon, un prince de la tribu de Juda, et qu'elle est devenue mère.

Ce que nous apprenons de Rahab

Premièrement : la même nouvelle produit deux destinées opposées. C'est la leçon centrale de sa vie. Jéricho n'est pas tombée par ignorance. La ville avait les faits, elle avait même la peur, puisque Rahab dit que le cœur de tous s'était fondu. Mais la peur n'est pas la foi. On peut trembler devant Dieu et continuer à barricader sa porte. Ce qui a distingué Rahab, c'est qu'elle a laissé la vérité la déplacer. Aujourd'hui encore, des millions de personnes savent qui est Jésus, connaissent la croix, peuvent résumer l'Évangile, et restent derrière leurs murs. Savoir n'est pas se rendre.

Deuxièmement : Dieu n'attend pas que vous soyez présentable. Il est frappant que même après son sauvetage, après son mariage, après son entrée dans la lignée royale, l'Écriture continue de l'appeler « la prostituée » en Josué 6:25, en Hébreux 11:31 et en Jacques 2:25. Ce n'est pas une humiliation, c'est une signature. Dieu garde le mot pour que personne ne puisse jamais prétendre qu'elle a été sauvée pour sa respectabilité. Son passé reste visible dans le texte sacré afin que sa grâce reste visible aussi. Si votre histoire vous semble trop sale pour être racontée, regardez bien : la sienne est écrite dans la généalogie du Fils de Dieu.

Troisièmement : la foi véritable déménage. Rahab n'a pas seulement changé d'avis, elle a changé de peuple. Elle a rompu avec son roi, trahi sa ville, risqué sa tête, quitté sa maison en ruine et accepté de vivre au milieu d'étrangers dont elle ne connaissait ni la langue ni la loi. Elle a tout perdu de son ancien monde et elle a tout gagné. C'est exactement ce que Jésus décrit quand Il parle du trésor caché pour lequel un homme vend tout ce qu'il a. Croire, dans la Bible, n'est jamais une opinion ajoutée à une vie inchangée ; c'est un changement d'allégeance qui finit toujours par se voir dans l'emploi du temps, le carnet d'adresses, le portefeuille et les projets.

Le miroir

Vous connaissez probablement déjà l'essentiel. Vous savez que Christ est mort et ressuscité, vous pourriez l'expliquer à un collègue, vous l'avez entendu cent fois. La question que Rahab vous pose n'est donc pas « en savez-vous assez ? », mais « de quel côté de la muraille vivez-vous ? ».

Car il existe une manière très religieuse d'être habitant de Jéricho. On approuve le message, on tremble même un peu, et puis on retourne à sa semaine : les comptes qu'on arrange, la relation qu'on refuse de réparer, l'écran qu'on rallume tard le soir, le travail qui dévore tout parce qu'il nous rassure, la rancune qu'on entretient avec soin contre un frère, une sœur, un parent. Rien de tout cela ne signifie qu'on ignore la vérité. Cela signifie qu'on n'a pas encore ouvert la porte.

Et si c'est votre passé qui vous retient, entendez ceci avec précision. Rahab n'a pas d'abord nettoyé sa maison avant d'y recevoir les messagers de Dieu. Elle les a reçus dans la maison qu'elle avait, avec le métier qu'elle avait, avec la réputation qu'elle avait. Ce que Dieu lui a demandé, ce n'était pas un casier vierge ; c'était une corde rouge à la fenêtre, un signe visible qu'elle comptait sur une promesse et non sur ses mérites.

Alors posez-vous la question concrètement, pas spirituellement en l'air. Qui, dans votre famille, est encore dehors pendant que vous êtes à l'abri ? La première chose que Rahab a faite après avoir cru, c'est de négocier pour son père, sa mère, ses frères et ses sœurs, et d'aller les chercher un par un. Avez-vous seulement essayé d'ouvrir cette conversation ? Il ne vous est pas demandé d'être éloquent. Il vous est demandé d'être celui ou celle qui dit : venez, l'abri est ici, et il tient.

Expliqué aux enfants

L'histoire de Rahab se raconte très bien aux enfants, à condition de choisir l'image plutôt que les détails. On peut commencer par la maison dans le mur : dans l'ancien temps, les villes avaient de grandes murailles, et la maison de Rahab était construite dedans, avec une fenêtre qui donnait sur l'extérieur. On explique ensuite que Rahab avait entendu parler du Dieu très grand qui avait ouvert la mer pour sauver Son peuple, et qu'elle a décidé de Lui faire confiance, même si personne autour d'elle ne voulait Lui faire confiance. Quand deux voyageurs d'Israël sont venus, elle les a cachés et protégés. Ils lui ont dit : attache une corde rouge à ta fenêtre et reste dans la maison avec ta famille, et tu seras sauvée. Elle l'a fait. La ville est tombée, sa maison est restée debout, et plus tard, dans la famille de Rahab, est né le roi David, et bien plus tard encore, Jésus.

Avec les plus petits, le fil rouge suffit largement comme image : un signe qui dit « ici, on compte sur Dieu ». Avec les plus grands, on peut aborder honnêtement la question du mensonge et du passé de Rahab, car les enfants sentent très vite quand on leur cache quelque chose.

Des explications adaptées à chaque âge sont disponibles sur Faith.network, pour les tout-petits de 3 à 6 ans, pour les enfants de 7 à 12 ans et pour les adolescents à partir de 12 ans, avec le vocabulaire et les questions qui conviennent à chaque étape.

Questions fréquentes

Rahab était-elle vraiment une prostituée ou plutôt une aubergiste ?

Certaines traditions juives anciennes, notamment le Targum, ont adouci le terme hébreu en « aubergiste », probablement par gêne devant une ancêtre du roi David. Mais le texte hébreu de Josué 2:1 emploie le mot courant pour prostituée, et le Nouveau Testament tranche définitivement : Hébreux 11:31 et Jacques 2:25 utilisent tous deux le mot grec qui désigne sans ambiguïté une femme vendant son corps. L'Écriture n'a donc pas cherché à embellir son passé, et c'est précisément ce qui rend son histoire si puissante.

Pourquoi Rahab a-t-elle menti, et Dieu a-t-Il approuvé son mensonge ?

Rahab a bel et bien menti aux envoyés du roi pour protéger les espions, et la Bible ne prétend pas le contraire. Mais remarquez ce que le Nouveau Testament loue en elle : son accueil des messagers et sa confiance en Dieu, jamais ses paroles. Dieu l'a sauvée malgré ses moyens imparfaits, non à cause d'eux. Sa conscience venait de naître et elle a agi avec ce qu'elle comprenait, dans une situation où une vérité dite aurait signifié deux exécutions. La leçon n'est pas que le mensonge devient bon, mais que Dieu accueille une foi encore mal dégrossie.

Que signifie le cordon de fil écarlate à la fenêtre ?

C'était d'abord un signe pratique : un repère pour que les soldats d'Israël identifient la maison à épargner, selon Josué 2:18. Mais de nombreux lecteurs chrétiens, depuis les premiers siècles, y voient aussi un écho de la Pâque, quand le sang de l'agneau sur les montants des portes faisait passer le jugement par-dessus les maisons d'Israël en Égypte. Le parallèle est frappant : une marque rouge, visible de l'extérieur, et la consigne de rester à l'intérieur. Le salut repose sur un signe donné par Dieu, pas sur la solidité des murs.

La Rahab de Josué est-elle la même que la Rahab des Psaumes et d'Ésaïe ?

Non, il s'agit de deux mots hébreux différents qui se ressemblent en français. Dans Psaumes 87:4, Psaumes 89:10 et Ésaïe 51:9, « Rahab » est un nom symbolique désignant l'Égypte ou un monstre marin évoquant le chaos et l'orgueil. Le nom de la femme de Jéricho vient d'une autre racine, liée à l'idée de largeur ou d'espace. La confusion est fréquente, mais les deux n'ont aucun rapport. Quand l'Écriture parle de la Rahab de Jéricho, elle l'accompagne presque toujours de la précision « la prostituée ».

Rahab a-t-elle épousé un Israélite, et qui était-il ?

Oui. Matthieu 1:5 la présente comme la mère de Booz, née de son union avec Salmon : « et Salmon engendra Booz de Rachab ». Salmon appartenait à la tribu de Juda et son père, Nahshon, avait été le chef de cette tribu pendant la traversée du désert, selon Nombres 1:7. Autrement dit, l'ancienne Cananéenne est entrée dans l'une des familles les plus en vue d'Israël. Le texte ne raconte pas leur rencontre, mais il en tire la conséquence la plus importante : elle est devenue mère dans la lignée messianique.

Comment Rahab est-elle liée au roi David ?

Par une chaîne courte et directe. Son fils Booz épouse Ruth la Moabite ; de ce mariage naît Obed ; d'Obed naît Jessé ; de Jessé naît David. Rahab est donc l'arrière-arrière-grand-mère de David selon la généalogie de Matthieu 1:5. On remarque au passage une belle cohérence : le fils d'une étrangère accueillie en Israël devient l'homme qui accueillera et rachètera une autre étrangère. La bonté reçue par Rahab s'est manifestement transmise à la génération suivante.

Pourquoi Rahab figure-t-elle dans la généalogie de Jésus ?

Matthieu nomme seulement quatre femmes avant Marie, et chacune porte une histoire irrégulière ou étrangère : Thamar, Rahab, Ruth et la femme d'Urie. Ce choix est délibéré. Dès la première page de son Évangile, Matthieu annonce que le Messie n'est pas venu couronner une lignée impeccable, mais sauver des pécheurs et rassembler les nations. La présence de Rahab y proclame que la grâce n'est pas une récompense pour les gens convenables. Elle est aussi la preuve anticipée que l'Évangile franchirait un jour les frontières d'Israël.

Pourquoi Jacques dit-il que Rahab a été justifiée par les œuvres alors que Paul enseigne la foi seule ?

Les deux apôtres répondent à des questions différentes. Paul demande : qu'est-ce qui rend un pécheur juste devant Dieu ? Réponse : la foi, sans les œuvres de la loi. Jacques demande : comment reconnaît-on une foi vivante d'une foi simplement déclarée ? Réponse : à ses actes. Jacques 2:25 cite Rahab précisément parce que sa confiance s'est traduite par un risque mortel. Hébreux 11:31 et Jacques 2:25 parlent donc de la même femme sans se contredire : l'une montre la racine, l'autre le fruit qui pousse sur cette racine.

Qu'est-il arrivé à la famille de Rahab après la chute de Jéricho ?

Josué 6:25 répond : « Et Josué conserva en vie Rahab, la prostituée, et la maison de son père, et tous ceux qui lui appartenaient ». Tous ceux qui étaient entrés dans la maison ont survécu, ce qui veut dire que sa démarche auprès des siens a porté du fruit. Le récit précise ensuite qu'ils ont d'abord été placés à l'extérieur du camp d'Israël, puis qu'elle a habité au milieu du peuple. Une famille entière de Cananéens a ainsi été intégrée à l'alliance, non par naissance mais par la foi de l'une d'entre eux.

Comment Rahab connaissait-elle l'Éternel avant de rencontrer les espions ?

Uniquement par ce qui se racontait. Josué 2:11 commence par « Nous l'avons entendu », et elle mentionne la mer Rouge et la défaite de Sihon et d'Og, des événements vieux de quarante ans pour le premier. Elle n'avait ni Écriture, ni prophète, ni temple. Elle avait des rumeurs de caravanes et une conclusion à tirer. C'est ce qui rend son cas si instructif : Dieu tient les hommes responsables de la lumière qu'ils reçoivent, et Rahab a été fidèle au peu qu'elle savait pendant que sa ville étouffait ce même savoir.

Pourquoi la Bible continue-t-elle de l'appeler « la prostituée » après sa conversion ?

Parce que ce mot est devenu un témoignage plutôt qu'une accusation. En Josué 6:25, en Hébreux 11:31 et en Jacques 2:25, l'étiquette revient alors même que le texte célèbre sa foi, son sauvetage et sa justification. L'Écriture ne la condamne pas en le rappelant, elle empêche simplement qu'on attribue son salut à ses qualités. Chaque fois que son nom apparaît, la grâce de Dieu est rendue mesurable. Et dans Matthieu 1:5, ce rappel disparaît : elle y est seulement mère, dans la lignée du Christ.

Quelle est la leçon principale à retenir de Rahab aujourd'hui ?

Que l'on peut entendre la vérité sur Dieu sans jamais Lui ouvrir sa porte, et que la différence entre les deux décide de tout. Jéricho ne manquait pas d'informations ; elle manquait de reddition. Rahab, elle, a pris le seul risque qui comptait : elle a changé de camp avant la chute des murailles, elle s'est confiée à une promesse plutôt qu'à sa propre sécurité, et elle a entraîné sa famille avec elle. Sa vie dit à tout lecteur hésitant qu'il n'est jamais trop sale ni trop tard pour se ranger du côté de Dieu.

Pour conclure

L'histoire de Rahab ne raconte pas comment une femme s'est améliorée. Elle raconte comment une femme a capitulé. Elle possédait exactement les mêmes informations que ses voisins, elle partageait la même peur, elle habitait la même muraille condamnée, et pourtant elle seule a laissé la vérité la faire changer de côté. C'est pourquoi le Nouveau Testament ne la cite pas comme un exemple moral, mais comme une preuve : la preuve que la foi sauve des gens qui n'avaient rien d'autre à offrir qu'une maison compromise, une corde rouge et une famille à mettre à l'abri.

Pour aller plus loin, lisez d'une traite Josué 2 et Josué 6, puis passez directement à Hébreux 11 et Jacques 2 pour entendre comment Dieu Lui-même commente cette nuit-là. Lisez ensuite le livre de Ruth en gardant à l'esprit que Booz, l'homme qui y accueille une étrangère, avait grandi auprès de Rahab. Et terminez par Matthieu 1, en vous arrêtant sur son nom.

Elle a entendu, elle s'est rendue, elle a habité au milieu du peuple de Dieu jusqu'à ce jour. La même porte est encore ouverte.

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