Élie, l'homme qui se tient devant l'Éternel des armées
Un prophète du royaume divisé
Élie (en hébreu אֵלִיָּה) est un prophète du temps de la monarchie divisée. La chronologie retenue le situe **en activité de 910 av. J.-C. à 896 av. J.-C.** (Ussher, *Annals of the World*, 1650). Son empreinte dans l'Écriture est large : quatre-vingt-douze versets répartis en vingt-cinq passages, depuis sa première mention en 1 Kings 17:1 jusqu'à une dernière évocation dans l'épître de James. Il apparaît surtout en 1 Kings et 2 Kings, puis dans les évangiles selon Matthew, Mark, Luke et John, avec une mention en 2 Chronicles 21:12, une en Malachi et une en Romans 11:2. Il n'est donc pas seulement un personnage de récit : il devient un nom que l'on cite longtemps après lui.
Le fils rendu à sa mère
Le récit s'ouvre en 1 Kings 17:1, puis suit une série de scènes chez une femme et son fils (1 Kings 17:13 ; 17:15-16 ; 17:18). Le sommet en est la vie rendue à l'enfant : « Et l'Éternel écouta la voix d'Élie, et fit revenir l'âme de l'enfant au-dedans de lui, et il vécut. Et Élie prit l'enfant, et le descendit de la chambre haute dans la maison, et le donna à sa mère. Et Élie dit : Vois, ton fils vit. Et la femme dit à Élie : Maintenant, à cela je connais que tu es un homme de Dieu, et que la parole de l'Éternel dans ta bouche est la vérité » (1 Kings 17:22-24). Le texte ne dit pas d'abord ce qu'Élie a fait, mais ce que l'Éternel a écouté. Et la confession de la femme porte sur deux choses inséparables : l'homme, et la parole dans sa bouche.
Devant Achab
Le chapitre suivant met en scène Abdias et Achab (1 Kings 18:1-2 ; 18:7-8 ; 18:11). Abdias craint pour sa vie : « Et maintenant tu dis : Va, dis à ton seigneur : Voici Élie ! Et il me tuera. Et Élie dit : L'Éternel des armées, devant qui je me tiens, est vivant, qu'aujourd'hui je me montrerai à lui. Et Abdias s'en alla à la rencontre d'Achab, et le lui rapporta. Et Achab alla à la rencontre d'Élie. Et il arriva que, quand Achab vit Élie, Achab lui dit : Est-ce bien toi, – celui qui trouble Israël ? » (1 Kings 18:14-17). Élie se définit par une position : il se tient devant l'Éternel des armées. Le roi, lui, le définit par un désordre : celui qui trouble Israël.
Viennent ensuite les scènes du Carmel (1 Kings 18:21-22 ; 18:25 ; 18:27 ; 18:30-31 ; 18:36 ; 18:46), puis l'issue : « Et Élie leur dit : Saisissez les prophètes de Baal, que pas un d'entre eux n'échappe ! Et ils les saisirent ; et Élie les fit descendre au torrent de Kison, et les égorgea là. Et Élie dit à Achab : Monte, mange et bois, car il y a un bruit d'une abondance de pluie. Et Achab monta pour manger et pour boire. Et Élie monta au sommet du Carmel, et il se courba jusqu'à terre, et mit sa face entre ses genoux » (1 Kings 18:40-42). Le récit enchaîne sans un mot de commentaire l'égorgement au torrent et l'homme prosterné, la face entre les genoux.
Le manteau jeté, le manteau relevé
Après les scènes de 1 Kings 19:1-2, 19:9 et 19:13, un successeur est appelé : « Et il s'en alla de là, et trouva Élisée, fils de Shaphath ; et il labourait avec douze paires [de bœufs] devant lui, et lui était avec la douzième. Et Élie passa vers lui et jeta son manteau sur lui » (1 Kings 19:19-21). Élisée demande à embrasser son père et sa mère, sacrifie la paire de bœufs, la donne à manger au peuple, puis s'en va après Élie et le sert.
D'autres scènes suivent : 1 Kings 21:17 ; 21:20 ; 21:28 ; 2 Kings 1:3-4 ; 1:8 ; 1:10 ; 1:12-13 ; 1:15 ; 1:17 ; 2:1-2 ; 2:4 ; 2:8-9. Puis le manteau revient, et il tombe : « et il releva le manteau d'Élie qui était tombé de dessus lui, et s'en retourna, et se tint sur le bord du Jourdain ; et il prit le manteau d'Élie qui était tombé de dessus lui, et frappa les eaux, et dit : Où est l'Éternel, le Dieu d'Élie ? – Lui aussi frappa les eaux, et elles se divisèrent deçà et delà ; et Élisée passa. Et les fils des prophètes qui étaient à Jéricho, vis-à-vis, le virent, et ils dirent : L'esprit d'Élie repose sur Élisée » (2 Kings 2:13-15). Le nom d'Élie lui survit, mais rattaché à un autre : le Dieu d'Élie.
Ce qui reste dur dans le texte
Le dossier ne rapporte aucune scène où une faute d'Élie serait nommée comme telle. Ce qu'il donne à lire sans adoucissement, c'est 1 Kings 18:40 : les prophètes de Baal saisis, descendus au torrent de Kison, égorgés là par Élie. L'Écriture le raconte à voix haute, et le lecteur n'a pas le droit de l'effacer.
Ce que nous ne savons pas
L'Écriture ne nomme pas ses parents. Aucun enfant ne lui est attribué. Aucune tribu, aucun peuple d'origine ne lui est donné. L'homme qui se tient devant l'Éternel des armées n'a, dans le texte, presque pas d'ascendance.
Élie et le fils de l'homme
Les évangiles reviennent sans cesse à ce nom (Matthew 11:14 ; 16:14 ; 17:3-4 ; 27:47 ; 27:49 ; Mark 6:15 ; 8:28 ; 9:4-5 ; 15:35-36 ; Luke 1:17 ; 4:25-26 ; 9:8 ; 9:19 ; 9:30 ; 9:33 ; 9:54 ; John 1:21 ; 1:25), et les épîtres aussi (James 5:17 ; Romans 11:2). La question posée aux disciples reçoit une réponse claire : « Et ils l'interrogèrent, disant : Pourquoi les scribes disent-ils qu'il faut qu'Élie vienne premièrement ? Et lui, répondant, leur dit : En effet, Élie vient premièrement et rétablit toutes choses ; – et comment il est écrit du fils de l'homme, qu'il souffrira beaucoup et qu'il sera chargé de mépris. Mais je vous dis qu'aussi Élie est venu, et ils lui ont fait tout ce qu'ils ont voulu, comme il est écrit de lui » (Mark 9:11-13 ; voir Matthew 17:10-12). L'attente d'Élie ne s'arrête donc pas à Élie : elle débouche sur le fils de l'homme, celui qui souffrira beaucoup et sera chargé de mépris. Celui que le roi appelait le trouble d'Israël annonçait un trouble plus grand encore.

