Gomer, fils de Japheth : un nom porté par trois listes
Un homme réduit à un nom
Gomer (גֹּ֫מֶר) est un fils de Japheth, un homme de l'époque des patriarches, période située environ 1996 av. J.-C. à 1635 av. J.-C. (époque située selon la chronologie d'Ussher (1650)). Son empreinte dans l'Écriture tient en cinq versets répartis sur trois passages : Genesis 10:2-3, 1 Chronicles 1:5-6 et Ezekiel 38:6. Il n'a pas de récit. Il n'a pas de parole rapportée. Il a un père, six frères, trois fils, et une mention prophétique tardive. C'est tout, et c'est déjà quelque chose : le texte biblique tient à ce que ce nom ne se perde pas.
Première mention : la liste des fils de Japheth
Gomer apparaît d'abord en tête de la descendance de Japheth : « Les fils de Japheth : Gomer, et Magog, et Madaï, et Javan, et Tubal, et Méshec, et Tiras. – Et les fils de Gomer : Ashkenaz, et Riphath, et Togarma » (Genesis 10:2-3). Le passage ne fait rien de plus que nommer. Gomer est le premier nommé des sept fils de Japheth, et il est immédiatement suivi de ses propres fils, comme si la liste voulait montrer que la lignée continue.
Rien n'est dit ici d'un caractère, d'un métier, d'une bénédiction ou d'une faute. Le lecteur habitué aux généalogies sait pourtant ce que fait ce genre de texte : il refuse de laisser des noms flotter hors de la mémoire. Gomer est un maillon de cet ancrage.
Deuxième mention : la reprise des Chroniques
La même liste revient bien plus tard : « Les fils de Japheth : Gomer, et Magog, et Madaï, et Javan, et Tubal, et Méshec, et Tiras. – Et les fils de Gomer : Ashkenaz, et Diphath, et Togarma » (1 Chronicles 1:5-6). Le lecteur attentif remarque une différence entre les deux textes cités : là où Genesis 10:3 écrit Riphath, 1 Chronicles 1:6 écrit Diphath. Le dossier ne fournit aucune explication de cet écart, et il ne faut pas en fabriquer une. On constate la variation, on la nomme, on s'arrête là.
Ce second passage n'ajoute donc aucun événement. Il répète. Cette répétition, à des siècles de distance, est en elle-même le seul « acte » attaché à Gomer dans l'Écriture : son nom est retenu, transmis, recopié.
Troisième mention : une parole prophétique
La dernière apparition est d'un autre ordre : « Gomer et toutes ses bandes ; la maison de Togarma, du fond du nord, et toutes ses bandes, – beaucoup de peuples avec toi » (Ezekiel 38:6). Ici, Gomer n'est plus un individu dans une généalogie mais un nom collectif, accompagné de « toutes ses bandes ». À côté de lui figure « la maison de Togarma », c'est-à-dire la lignée de celui que Genesis 10:3 et 1 Chronicles 1:6 nomment comme fils de Gomer. Le verset les situe « du fond du nord ».
Le texte cité s'adresse à un « toi » que le verset lui-même ne nomme pas. Le dossier ne fournit pas le contexte plus large de ce chapitre, et je ne le devinerai pas. Ce que l'on peut dire avec certitude tient en une phrase : le nom de Gomer, parti d'une simple liste de fils, réapparaît dans la bouche d'un prophète comme celui d'un peuple en armes venu du nord, parmi « beaucoup de peuples ».
Les fautes : le silence du texte
L'honnêteté oblige à dire ce que l'Écriture ne dit pas. Aucun péché n'est imputé à Gomer. Aucune vertu non plus. Aucune obéissance, aucune révolte, aucune prière, aucun autel, aucun échec. Il ne faut donc ni le louer ni l'accuser. Celui qui cherche dans chaque nom biblique une leçon morale se heurte ici à un mur, et ce mur est instructif : le texte garde des noms qu'il ne commente pas.
Ce que nous ignorons
La liste des inconnues est longue et il vaut mieux la poser franchement. Aucune scène n'est racontée à son sujet : chaque mention est une liste, une généalogie ou une note en passant. Nous ne savons rien de sa naissance, de sa mort, de sa durée de vie, de son épouse, de son lieu d'habitation, de ses paroles ou de ses actes. Nous ne savons pas non plus comment le Gomer individuel de Genesis 10:2 se relie précisément aux « bandes » de Ezekiel 38:6 : les deux textes emploient le même nom, le dossier n'en dit pas davantage.
Sa famille, en revanche, est nette : son père est Japheth ; ses frères sont Magog, Madaï, Javan, Tubal, Méshec et Tiras (Genesis 10:2 ; 1 Chronicles 1:5) ; ses fils sont Ashkenaz, Riphath ou Diphath selon le passage, et Togarma (Genesis 10:3 ; 1 Chronicles 1:6).
Le dossier n'attache à Gomer aucune référence au-delà de ces trois passages, et il serait malhonnête d'en tirer plus que ce qu'ils portent. Ce qui reste est sobre et suffisant : un nom, trois passages, une descendance nommée, et un peuple que le prophète voit venir du fond du nord.
