Nebucadnetsar, roi de Babylone : la statue, le siège et l'herbe des champs
Un empereur au temps du royaume divisé
Nebucadnetsar est un empereur qui vit à l'époque de la monarchie divisée. Sa chronologie se lit ainsi : règne de 605 av. J.-C. à 562 av. J.-C. (Ussher, Annals of the World, 1650). Son nom hébreu apparaît sous deux formes, נְבוּכַדְרֶאצַּר et נְבוּכַדְנֶצַּר, ce qui explique les variations d'orthographe d'un livre à l'autre. Le dossier lui connaît un fils, Belshazzar. Il est l'un des personnages étrangers les plus présents des livres bibliques : quatre-vingt-huit versets, trente-sept passages, répartis surtout dans Jeremiah (37 mentions) et Daniel (29), puis 2 Kings (6), Ezra (5), Ezekiel (4), 2 Chronicles (4), et une mention chacun dans 1 Chronicles, Nehemiah et Esther. Sa première apparition est en 2 Kings 24:1.
Les armées devant Jérusalem
Le récit historique le montre d'abord comme celui qui monte. « En ce temps-là, les serviteurs de Nebucadnetsar, roi de Babylone, montèrent contre Jérusalem, et la ville fut assiégée. Et Nebucadnetsar, roi de Babylone, vint contre la ville, pendant que ses serviteurs l'assiégeaient » (2 Kings 24:10-11). Le siège revient en 2 Kings 25:1, et le livre le nomme encore en 2 Kings 25:8 et 2 Kings 25:22.
2 Chronicles rapporte une autre montée : « Nebucadnetsar, roi de Babylone, monta contre lui, et le lia avec des chaînes d'airain pour le conduire à Babylone. Et Nebucadnetsar emporta à Babylone [une partie] des ustensiles de la maison de l'Éternel, et les mit dans son temple à Babylone » (2 Chronicles 36:6-7). Des chaînes d'airain pour un homme, et des ustensiles de la maison de l'Éternel posés dans un temple étranger : le texte met les deux côte à côte, sans commentaire. Le même chapitre le mentionne encore en 2 Chronicles 36:10 et 2 Chronicles 36:13, et 1 Chronicles 6:15 le nomme dans une notice généalogique. Ezra 1:7 le rappelle à propos des ustensiles, et son nom reparaît dans Nehemiah ainsi qu'en Esther 2:6.
Le compte des déportés
Jeremiah tient les chiffres. « C'est ici le peuple que Nebucadretsar transporta : la septième année, 3 023 Juifs ; la dix-huitième année de Nebucadretsar, [il transporta] de Jérusalem 832 âmes ; [et] la vingt-troisième année de Nebucadretsar, Nebuzaradan, chef des gardes, transporta d'entre les Juifs 745 âmes : toutes les âmes furent 4 600 » (Jeremiah 52:28-30). Trois vagues, trois années de son règne, un total. Le texte compte des âmes, non des unités, et c'est le roi qui donne son nom aux années.
Chez Ezekiel, son nom est porté par la parole prophétique : Ezekiel 26:7, Ezekiel 29:18-19 et Ezekiel 30:10.
La statue de la plaine de Dura
« Nebucadnetsar, le roi, fit une statue d'or ; sa hauteur était de 60 coudées, sa largeur, de six coudées ; il la dressa dans la plaine de Dura, dans la province de Babylone » (Daniel 3:1). Il convoque alors « les satrapes, les préfets, les gouverneurs, les grands juges, les trésoriers, les conseillers, les légistes, et tous les magistrats des provinces » pour la dédicace, et ils se tiennent devant la statue (Daniel 3:2-3). La liste est répétée mot pour mot : toute l'administration de l'empire est alignée devant un objet que le roi a dressé. Le chapitre continue en Daniel 3:5, Daniel 3:7 et Daniel 3:9.
La colère du roi
« Alors Nebucadnetsar, en colère et en fureur, commanda d'amener Shadrac, Méshac et Abed-Nego ; alors on amena ces hommes devant le roi. Nebucadnetsar prit la parole et leur dit : Est-ce à dessein, Shadrac, Méshac et Abed-Nego, que vous ne servez pas mon dieu, et que vous n'adorez pas la statue d'or que j'ai dressée ? » (Daniel 3:13-14). Il dit « mon dieu », puis « que j'ai dressée » : la question du roi tourne autour de lui-même. Le récit se poursuit en Daniel 3:16, Daniel 3:19, Daniel 3:24, Daniel 3:26 et Daniel 3:28.
L'herbe comme les bœufs
« Au même instant la parole s'accomplit sur Nebucadnetsar : il fut chassé du milieu des hommes, et il mangea de l'herbe comme les bœufs, et son corps fut baigné de la rosée des cieux, jusqu'à ce que ses cheveux soient devenus longs comme [les plumes] de l'aigle, et ses ongles, comme ceux des oiseaux. Et à la fin de ces jours, moi, Nebucadnetsar, j'élevai mes yeux vers les cieux, et mon intelligence me revint, et je bénis le Très-haut, et je louai et magnifiai celui qui vit éternellement, duquel la domination est une domination éternelle, et dont le royaume est de génération en génération » (Daniel 4:33-34). Celui qui faisait dresser une statue de soixante coudées élève enfin les yeux, et la domination qu'il reconnaît sans fin n'est pas la sienne. Le chapitre l'entoure de Daniel 4:1, Daniel 4:4, Daniel 4:18, Daniel 4:28, Daniel 4:31 et Daniel 4:37. Daniel 1:1 et Daniel 1:18, puis Daniel 2:1, Daniel 2:28 et Daniel 2:46 l'avaient précédé ; après lui, son nom revient en Daniel 5:2, Daniel 5:11 et Daniel 5:18.
Ce que le texte ne cache pas
L'Écriture ne lisse rien de cet homme. Il assiège Jérusalem (2 Kings 24:10-11 ; 2 Kings 25:1). Il lie un homme avec des chaînes d'airain et met les ustensiles de la maison de l'Éternel dans son temple à Babylone (2 Chronicles 36:6-7). Il déporte par milliers, et les chiffres sont consignés (Jeremiah 52:28-30). Il dresse une statue d'or et fait venir tout l'empire pour s'y tenir devant (Daniel 3:1-3). Il parle de « mon dieu » et se met en colère et en fureur contre trois hommes qui refusent de l'adorer (Daniel 3:13-14). Puis la parole s'accomplit sur lui : il est chassé du milieu des hommes et mange de l'herbe comme les bœufs (Daniel 4:33). La louange de Daniel 4:34 ne vient qu'après cela.
Ce que nous ignorons
L'Écriture ne nomme pas ses parents. Et aucune référence néotestamentaire n'est listée pour lui dans ce dossier : la ligne s'arrête ici, aux livres cités, sans prolongement que le texte ne donne pas.

