Que dit la Bible sur la souffrance ?
Introduction
Trois heures du matin, dans un couloir d'hôpital. Le distributeur de café ronronne, une infirmière passe sans bruit, et vous tenez dans la main un gobelet devenu tiède. Derrière la porte, quelqu'un que vous aimez respire mal. Et dans votre tête, une seule question tourne en boucle : pourquoi ? Vous avez prié. Vous avez cru. Et vous êtes là, sur une chaise en plastique, avec le sentiment que le ciel s'est tu.
La Bible connaît ce couloir. Elle en parle plus souvent qu'on ne le croit, et avec une honnêteté qui surprend : des cris, des plaintes, des amis maladroits, un Dieu qui ne répond pas toujours à la question posée. Dans les pages qui suivent, vous découvrirez ce que les Écritures disent réellement de la souffrance, comment ce fil traverse la Bible de la Genèse à l'Apocalypse, quelles fausses idées font tant de mal aux croyants blessés, et comment tenir debout quand la douleur s'installe.
L'angle de ce guide
La plupart des textes sur ce sujet cherchent à expliquer la souffrance. Ce guide fait autre chose : il la pèse. Car c'est exactement ce que fait la Bible. Job réclame une balance pour que l'on pèse son chagrin (Job 6:2). Paul, des siècles plus tard, saisit cette même balance et y dépose deux poids : nos tribulations d'un côté, la gloire à venir de l'autre. Les Écritures ne nous donnent pas d'abord une explication de la douleur ; elles nous donnent une pesée, une comparaison, une mesure. Comprendre la souffrance biblique, c'est apprendre à quoi ressemble la balance de Dieu et pourquoi ce qui nous écrase y pèse moins lourd que ce qui nous attend.
Que dit la Bible au sujet de la souffrance ?
Commençons par ce que la Bible ne fait pas : elle ne promet nulle part une vie protégée de la douleur. Jésus est d'une franchise désarmante la veille de Sa mort : « Je vous ai dit ces choses, afin qu'en Moi vous ayez la paix. Vous avez de la tribulation dans le monde ; mais ayez bon courage, Moi J'ai vaincu le monde » (Jean 16:33). Remarquez l'ordre des mots. Il ne dit pas « vous aurez peut-être », ni « si vous priez bien, vous éviterez ». La tribulation est présentée comme le climat normal de l'existence croyante. Ce que le Christ oppose à cette tribulation, ce n'est pas une garantie de confort, c'est Sa victoire et Sa paix. Deux réalités coexistent donc dans la même phrase : la détresse est réelle, et elle n'a pas le dernier mot.
Le livre des Psaumes dit la même chose avec la voix de l'expérience : « Les maux du juste sont en grand nombre ; mais l'Éternel le délivre de tous » (Psaumes 34:19). Ce verset est souvent cité de travers, comme s'il annonçait une immunité. Lisez-le lentement. Les maux du juste ne sont pas rares, ils sont « en grand nombre ». La piété n'est pas un parapluie. Ce que le psalmiste affirme, c'est que dans cette multitude de maux, le Seigneur agit, délivre, accompagne, et que Sa fidélité couvre la totalité du parcours. Quelques versets plus haut, le même psaume précise où Il se tient : « L'Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, et Il sauve ceux qui ont l'esprit abattu » (Psaumes 34:18). Dieu n'est pas au bout du couloir. Il est assis sur la chaise en plastique.
Puis il y a Job, l'homme qui perd tout en un après-midi. Sa réaction est un modèle d'honnêteté croyante : « Et Job se leva, et déchira sa robe, et rasa sa tête, et se jeta à terre et se prosterna. Et il dit : Je suis sorti nu du ventre de ma mère, et nu j'y retournerai ; l'Éternel a donné, et l'Éternel a pris ; que le nom de l'Éternel soit béni ! En tout cela Job ne pécha pas, et n'imputa rien à Dieu qui fût inconvenable » (Job 1:20-22). Ne séparez pas les deux gestes. Il déchire ses vêtements et il se prosterne. Il hurle sa perte et il bénit. La Bible n'oppose jamais le deuil et l'adoration ; elle les met dans la même phrase.
Le deuil et l'adoration tiennent dans la même respiration.
C'est ici que la balance apparaît. Job, chapitre 6, demande qu'on pèse son chagrin, comme si personne ne mesurait vraiment ce qu'il porte. Sa plainte est légitime : la souffrance a un poids, et prétendre le contraire serait une insulte. Paul reprend l'image, mais en ajoutant le second plateau : « Car notre légère tribulation d'un moment, opère pour nous, en mesure surabondante, un poids éternel de gloire » (2 Corinthiens 4:17). Le mot « légère » n'est pas une minimisation cynique de la part d'un homme qui a été lapidé, fouetté, naufragé, emprisonné. C'est le résultat d'une comparaison. Comparée au « poids éternel de gloire », la tribulation devient légère ; considérée seule, elle écrase.
Romains dit la même chose avec le vocabulaire du tribunal : « Car j'estime que les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d'être comparées avec la gloire à venir qui doit nous être révélée » (Romains 8:18). « J'estime » est un verbe de calcul. Paul a fait ses comptes. Son verdict n'est pas que la douleur est fausse, mais que la comparaison est déséquilibrée au point d'être injuste. La foi, dans la Bible, n'est pas le refus de sentir le poids ; c'est le refus de peser d'un seul côté.
Le fil conducteur de la Bible
La souffrance entre dans l'histoire biblique au troisième chapitre. Avant Genèse 3, il y a du travail mais pas de peine, de la relation mais pas de honte. Après la rupture, tout devient lourd : l'enfantement, le sol, la relation, et finalement la mort. La Bible ne présente donc jamais la souffrance comme normale au sens de bonne. Elle est une intruse, une conséquence d'un monde désaccordé. Cela explique pourquoi votre cœur proteste devant un cancer ou une injustice : ce réflexe est théologiquement juste.
Vient ensuite tout l'Ancien Testament, qui refuse de romantiser quoi que ce soit. Joseph au fond d'une citerne puis d'une prison. Israël sous les fouets égyptiens. Naomi qui demande qu'on l'appelle Mara, l'amère. David traqué dans les grottes. Le tiers du psautier est composé de lamentations, ces prières qui disent à Dieu, en face, que la situation est intolérable. Le psaume 22 commence par « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'as-Tu abandonné ». Ce cri est inspiré, donc autorisé. Jérémie pleure sur des ruines et écrit pourtant, au milieu des Lamentations, que « ce n'est pas volontiers qu'Il afflige et contriste les fils des hommes » (Lamentations 3:33). Dieu n'y prend aucun plaisir : voilà une donnée que beaucoup de croyants n'ont jamais entendue.
Puis le fil se resserre autour d'une figure étrange, chez Ésaïe : un serviteur qui souffre non pour Ses fautes, mais pour celles des autres. « Il est méprisé et délaissé des hommes, homme de douleurs, et sachant ce que c'est que la langueur » (Ésaïe 53:3), et plus loin : « Il a été blessé pour nos transgressions, Il a été meurtri pour nos iniquités ; le châtiment de notre paix a été sur Lui, et par Ses meurtrissures nous sommes guéris » (Ésaïe 53:5). Ici la balance change de sens : quelqu'un accepte de porter le poids qui n'était pas le Sien.
Le Nouveau Testament nomme cet homme. Jésus pleure devant un tombeau (Jean 11:35), transpire d'angoisse à Gethsémané, est trahi par un ami, torturé par un empire et abandonné en croix avec les mots du psaume 22 sur les lèvres. L'épître aux Hébreux ose écrire qu'Il « a appris l'obéissance par les choses qu'Il a souffertes » (Hébreux 5:8). Le Dieu de la Bible n'a pas envoyé une explication de la douleur ; Il est entré dedans jusqu'au fond. C'est ce qui distingue radicalement le christianisme de toute sagesse résignée.
Après la résurrection, les apôtres cessent de considérer la souffrance comme une anomalie et commencent à la lire comme une communion. Paul veut connaître « la puissance de Sa résurrection, et la communion de Ses souffrances » (Philippiens 3:10). Pierre écrit à des chrétiens persécutés : « Bien-aimés, ne trouvez pas étrange le feu ardent qui est au milieu de vous, qui est venu sur vous pour votre épreuve, comme s'il vous arrivait quelque chose d'extraordinaire ; mais en tant que vous avez part aux souffrances de Christ, réjouissez-vous, afin qu'aussi, à la révélation de Sa gloire, vous vous réjouissiez avec transport » (1 Pierre 4:12-13). Ne trouvez pas étrange : c'est-à-dire, arrêtez de croire que la douleur signifie que Dieu vous a lâché.
Et le fil se termine par une promesse chiffrée sur l'autre plateau de la balance : « Et Il essuiera toute larme de leurs yeux ; et la mort ne sera plus ; et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni peine, car les premières choses sont passées » (Apocalypse 21:4). La Bible commence dans un jardin sans larmes et se termine dans une ville où les larmes sont essuyées une à une, personnellement, par une main.
Idées reçues fréquentes
La première fausse idée, et la plus cruelle, est que toute souffrance est une punition ciblée. Les disciples pensaient ainsi devant un aveugle de naissance : qui a péché, lui ou ses parents ? Jésus balaie la question : « Ni celui-ci n'a péché, ni ses parents ; mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui » (Jean 9:3). Le livre de Job existe précisément pour démolir cette logique comptable : les trois amis raisonnent avec un tableur, et Dieu conclut qu'ils n'ont pas parlé correctement de Lui. Certes, des choix mènent à des conséquences douloureuses, et l'Écriture parle aussi de discipline paternelle (Hébreux 12:11). Mais faire de chaque épreuve la facture d'un péché caché revient à endosser le rôle des amis de Job, ceux que Dieu réprimande.
La deuxième idée reçue est qu'une foi suffisamment forte supprime la souffrance. Paul, qui a guéri des malades, a lui-même prié trois fois pour être délivré d'une écharde et a reçu ce refus lumineux : « Ma grâce te suffit, car Ma puissance s'accomplit dans l'infirmité » (2 Corinthiens 12:9). Dieu ne lui a pas retiré son écharde ; Il lui a donné Sa force dedans. Si la guérison dépendait de la quantité de foi, le verset de Pierre serait absurde : pourquoi dire à des croyants exemplaires de ne pas trouver le feu ardent étrange ? La théologie qui promet la santé et la prospérité à tout croyant fidèle ajoute la culpabilité à la douleur. Elle brise les gens deux fois.
Troisième malentendu : se plaindre serait un manque de foi. Or Job déchire sa robe, David crie, Jérémie sanglote, Jésus supplie à Gethsémané que la coupe passe loin de Lui. La Bible n'a jamais demandé aux croyants d'avoir l'air solide. Elle leur donne au contraire un vocabulaire de lamentation pour que la douleur soit adressée à Dieu au lieu de tourner à vide. Une plainte dite à Dieu est un acte de foi ; c'est le silence poli qui éloigne.
Quatrième idée reçue, à l'opposé : la souffrance n'aurait aucun sens et Dieu n'y serait pour rien. La Bible ne dit ni que Dieu est l'auteur du mal, ni que le mal échappe à Son gouvernement. Elle affirme ceci : « Or nous savons que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon Son propos » (Romains 8:28). Le texte ne dit pas que toutes choses sont bonnes, mais qu'elles travaillent ensemble pour un bien. Jacques précise même le mécanisme : « Estimez-le comme une parfaite joie, mes frères, quand vous serez en butte à diverses tentations, sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience. Mais que la patience ait son œuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits et accomplis, ne manquant de rien » (Jacques 1:2-4). Notez encore un verbe de pesée : « estimez ». Jacques ne demande pas de ressentir de la joie à cause de la douleur ; il demande de calculer ce que l'épreuve est en train de produire.
Le vivre aujourd'hui
Concrètement, cela commence par cesser de peser d'un seul côté. Quand une douleur chronique vous réveille chaque nuit, le plateau du présent est plein et vous le sentez à chaque geste. La discipline spirituelle consiste alors à poser délibérément quelque chose sur l'autre plateau : la présence promise du Christ, la résurrection, la ville sans larmes. Ce n'est pas de la pensée positive, c'est de la comptabilité de foi, exactement ce que Paul appelle « j'estime » dans Romains 8:18. Lisez à voix haute 2 Corinthiens 4:17 les nuits où vous ne dormez pas ; le verset ne supprimera pas la douleur, il changera son poids relatif.
Ensuite, priez comme les psaumes, pas comme une carte postale. Si vous avez perdu un emploi à cinquante-quatre ans et que les entretiens n'aboutissent pas, dites-le à Dieu avec les mots que vous employez vraiment dans la voiture. La lamentation biblique suit presque toujours trois mouvements : elle décrit la détresse, elle réclame l'intervention de Dieu, puis elle finit par se rappeler qui Il est. Vous n'avez pas à sauter directement au troisième mouvement.
Troisièmement, laissez les autres porter avec vous. Paul écrit que Dieu « nous console à l'égard de toute notre tribulation, afin que nous soyons capables de consoler ceux qui sont dans quelque tribulation que ce soit » (2 Corinthiens 1:4). La consolation reçue devient de la consolation transmise ; c'est le circuit normal de l'Église. Cela signifie très prosaïquement : accepter le repas qu'une sœur apporte, dire oui quand quelqu'un propose de garder les enfants, envoyer un message à celui qui vient d'enterrer son père même si vous ne savez pas quoi écrire. La plupart des gens qui souffrent ne demandent pas une explication, ils demandent une présence qui reste.
Enfin, refusez de comparer votre balance à celle du voisin. Ce réflexe, entretenu par les réseaux sociaux, empoisonne : la maladie de votre enfant, le mariage de votre sœur qui semble facile, la retraite confortable des autres. La Bible pèse les souffrances par rapport à la gloire à venir, jamais par rapport à celles des autres. Et si vous accompagnez un parent en fin de vie, si vous portez un célibat non choisi, si vous soignez un corps qui ne coopère plus, sachez que le Seigneur ne mesure pas votre fidélité à votre confort. Il la mesure à votre persévérance, celle même que Jacques appelle patience et qui accomplit son œuvre lentement, comme un os qui se ressoude.
Le miroir
Posez la question autrement, maintenant. Quand vous souffrez, quel est votre premier réflexe : chercher Dieu, ou chercher un coupable ? Beaucoup d'entre nous font instinctivement le procès. On accuse son conjoint, son employeur, son corps, son passé, parfois soi-même à longueur de nuit. Le procès donne l'illusion de la maîtrise, mais il n'allège rien. Job, lui, déchire sa robe et se prosterne. Vous pouvez faire les deux ce soir.
Il y a autre chose que la souffrance révèle, et c'est inconfortable. Elle montre sur quoi votre vie était réellement posée. Si un compte en banque qui se vide vous fait perdre la foi, c'est que la sécurité était votre dieu de rechange. Si un corps qui vieillit vous rend amer, c'est peut-être que votre valeur reposait sur votre apparence ou votre performance. Si la solitude vous détruit à ce point, c'est peut-être qu'un être humain occupait une place que lui seul ne pouvait pas remplir. L'épreuve ne crée pas ces fissures ; elle les éclaire. C'est brutal, et c'est une grâce.
Une question encore. Face à quelqu'un qui souffre, êtes-vous devenu un ami de Job ? Ces hommes sont venus de loin, ils ont pleuré, ils se sont assis sept jours en silence, et ils étaient magnifiques jusqu'au moment où ils ont ouvert la bouche pour expliquer. Vos explications blessent plus que votre silence. Demandez-vous quand vous avez pour la dernière fois visité quelqu'un sans conseil à donner.
Et si vous êtes dans le couloir en ce moment, entendez ceci : votre chagrin est pesé. Pas ignoré, pas minimisé, pesé. Par un Dieu qui a Lui-même hurlé à trois heures de l'après-midi sur une colline hors des murs de Jérusalem. Le seul qui ait le droit de dire à votre douleur qu'elle est légère est celui qui a porté la plus lourde.
Expliqué aux enfants
Les enfants posent la question de la souffrance avec un désarmant sens pratique : pourquoi mamie est morte, pourquoi le chat s'est fait écraser, pourquoi le copain de classe se moque de moi si Jésus m'aime. Ne bricolez pas une réponse qui rend Dieu coupable ni une réponse qui nie le mal. Dites simplement que le monde est cassé, que ce n'est pas comme cela que Dieu l'avait voulu, qu'Il est triste avec nous quand nous pleurons, et qu'Il est venu Lui-même dans notre monde cassé pour le réparer, en commençant par le plus profond. Un enfant comprend très bien l'idée d'un genou écorché : ça fait mal maintenant, et pourtant ça va guérir.
Deux réflexes aident énormément. D'abord, autorisez la tristesse : montrez à votre enfant que Jésus a pleuré devant la tombe de Son ami, cela vaut mille discours sur le courage. Ensuite, terminez toujours par la promesse d'Apocalypse 21:4, où Dieu essuie les larmes une par une ; les petits retiennent l'image de la main qui essuie bien mieux qu'un raisonnement.
Selon l'âge, le vocabulaire et la profondeur changent beaucoup. Nous proposons pour ce thème des explications adaptées aux tout-petits de trois à six ans, avec des images très simples et rassurantes, aux enfants de sept à douze ans, qui commencent à poser de vraies questions sur la justice, et aux adolescents à partir de douze ans, qui ont besoin d'affronter Job, la lamentation et le scandale de la croix sans réponses toutes faites. Choisissez la version qui correspond à l'enfant devant vous, et laissez-lui le droit de revenir avec ses questions.
Questions fréquentes
Pourquoi Dieu permet-Il la souffrance ?
La Bible relie la souffrance à un monde abîmé par la rupture avec Dieu, décrite dès Genèse 3, et non à un caprice divin. Elle affirme aussi que Dieu n'y prend aucun plaisir : « ce n'est pas volontiers qu'Il afflige et contriste les fils des hommes » (Lamentations 3:33). Ce que l'Écriture ne donne jamais, c'est la raison précise de chaque douleur individuelle. Job n'apprendra jamais ce qui s'est passé dans les deux premiers chapitres de son livre. En revanche, elle promet que Dieu fait travailler toutes choses ensemble pour le bien de ceux qui L'aiment (Romains 8:28) et qu'Il met un terme définitif aux larmes.
Est-ce que Dieu envoie la maladie pour me punir ?
Jésus a explicitement refusé cette équation devant l'aveugle-né : « Ni celui-ci n'a péché, ni ses parents » (Jean 9:3). Le livre de Job est construit pour démonter la logique selon laquelle toute épreuve serait la facture d'une faute. La Bible connaît des conséquences naturelles de nos choix et parle d'une discipline paternelle qui vise notre bien (Hébreux 12:11), mais elle ne vous autorise pas à lire votre diagnostic comme une sentence. Si votre conscience est troublée par un péché précis, réglez-le devant Dieu ; ne construisez pas une culpabilité générale à partir de votre dossier médical.
Que veut dire exactement Romains 8:18 ?
Paul écrit : « Car j'estime que les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d'être comparées avec la gloire à venir qui doit nous être révélée » (Romains 8:18). Le verbe « estimer » est un terme de calcul, presque comptable. Paul ne dit pas que la douleur est illusoire, lui qui a été fouetté et emprisonné, mais qu'une comparaison honnête entre les deux plateaux donne un résultat écrasant en faveur de la gloire. Ce verset ne vous demande donc pas de nier ce que vous vivez ; il vous demande d'inclure l'éternité dans votre calcul.
Pourquoi Jacques dit-il de considérer les épreuves comme une joie ?
Jacques écrit : « Estimez-le comme une parfaite joie, mes frères, quand vous serez en butte à diverses tentations, sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience » (Jacques 1:2). Là encore, le verbe est un verbe de jugement, pas d'émotion. Il ne demande pas de se réjouir de la douleur elle-même, ce qui serait malsain, mais de reconnaître ce qu'elle est en train de produire : une endurance qui, menée à son terme, rend le croyant « parfait et accompli, ne manquant de rien » (Jacques 1:4). La joie porte sur le résultat, pas sur le moyen.
Ai-je le droit d'être en colère contre Dieu ?
Un tiers du livre des Psaumes est constitué de plaintes, dont certaines très rudes, et Dieu les a fait entrer dans Sa Parole. Job accuse, questionne, réclame un procès, et le verdict divin est qu'il a parlé de Dieu avec droiture, contrairement à ses amis rassurants. Ce que la Bible condamne, ce n'est pas la colère exprimée à Dieu, c'est le mépris qui tourne le dos et s'éloigne. Amenez donc votre colère devant Lui, avec vos vrais mots. Une prière furieuse reste une prière ; le silence boudeur, lui, ne mène nulle part.
La foi peut-elle toujours obtenir la guérison ?
Non, et le Nouveau Testament l'illustre lui-même. Paul, qui a vu des malades guérir, a prié trois fois pour son écharde et reçu cette réponse : « Ma grâce te suffit, car Ma puissance s'accomplit dans l'infirmité » (2 Corinthiens 12:9). Timothée avait des faiblesses d'estomac, Épaphrodite est tombé gravement malade. Dieu guérit encore, et il est juste de le demander avec insistance ; mais faire dépendre la guérison de la quantité de foi du malade ajoute une accusation à sa douleur. La promesse ferme est la présence de Dieu maintenant et la résurrection ensuite.
Que nous apprend le livre de Job sur la souffrance ?
Que la souffrance de l'innocent existe, que les explications faciles blessent, et que Dieu répond autrement qu'on ne l'attend. Job perd tout et réagit ainsi : « l'Éternel a donné, et l'Éternel a pris ; que le nom de l'Éternel soit béni ! » (Job 1:21). Il déchire pourtant sa robe et passe trente-cinq chapitres à protester. À la fin, Dieu ne lui livre aucune explication ; Il se révèle Lui-même, et cela suffit à Job. Le livre déplace donc la question du « pourquoi » vers le « qui », sans jamais reprocher au souffrant ses larmes.
Jésus a-t-Il vraiment souffert comme nous ?
Plus que nous, et de manière plus profonde. Il a été trahi par un proche, abandonné par Ses amis, calomnié, torturé, exécuté, et Il a connu l'angoisse au point de supplier à Gethsémané. Ésaïe L'annonçait comme « homme de douleurs, et sachant ce que c'est que la langueur » (Ésaïe 53:3). Hébreux ajoute qu'Il « a appris l'obéissance par les choses qu'Il a souffertes » (Hébreux 5:8). Quand vous priez dans la douleur, vous ne parlez donc pas à un spectateur lointain, mais à quelqu'un qui reconnaît le terrain sous vos pieds.
Pourquoi Pierre dit-il de ne pas trouver l'épreuve étrange ?
Parce que la première réaction du croyant blessé est de conclure que quelque chose ne va pas dans sa relation avec Dieu. Pierre coupe court : « ne trouvez pas étrange le feu ardent qui est au milieu de vous, qui est venu sur vous pour votre épreuve, comme s'il vous arrivait quelque chose d'extraordinaire » (1 Pierre 4:12). Autrement dit, l'épreuve fait partie du contrat, elle n'est pas un signe d'abandon. Il ajoute même une raison de se réjouir : avoir part aux souffrances de Christ maintenant, c'est avoir part à Sa gloire quand elle sera révélée (1 Pierre 4:13).
Comment prier quand on n'a plus les mots ?
Empruntez ceux de la Bible. Les psaumes de lamentation ont été écrits exactement pour ces moments : ouvrez le psaume 13, le psaume 42, le psaume 88, et lisez-les à voix haute comme votre propre prière. Vous pouvez aussi ne dire qu'une phrase, répétée : Seigneur, aie pitié. Rappelez-vous que l'Esprit intercède pour les croyants qui ne savent pas comment prier, selon Romains 8:26. Dieu n'attend pas de vous une belle formulation ; Il est déjà « près de ceux qui ont le cœur brisé » (Psaumes 34:18), avant même que vous ouvriez la bouche.
Le verset « les maux du juste sont en grand nombre » promet-il une protection ?
Il promet quelque chose de plus solide qu'une protection contre les épreuves. « Les maux du juste sont en grand nombre ; mais l'Éternel le délivre de tous » (Psaumes 34:19) reconnaît d'abord la quantité de maux, ce qui interdit toute théologie du parapluie. La délivrance annoncée traverse ces maux plutôt qu'elle ne les évite, et elle inclut le salut final. Lu à la lumière de la résurrection, ce verset signifie qu'aucun mal ne gardera définitivement un enfant de Dieu ; tous seront un jour derrière lui, essuyés comme des larmes.
Comment aider quelqu'un qui souffre sans dire de bêtises ?
Commencez par ce que les amis de Job ont bien fait : venir, s'asseoir, se taire. Leur faute a commencé au moment de l'explication. Évitez donc les formules qui expliquent le malheur ou qui pressent la personne d'aller mieux, et préférez la présence répétée : un message le mardi, un repas, une visite courte, une prière dite à voix haute avec elle. Paul rappelle que Dieu nous console afin que nous consolions à notre tour (2 Corinthiens 1:4). Vous n'avez pas besoin d'être fort, seulement fiable et durable.
La souffrance aura-t-elle une fin ?
Oui, et la Bible se termine sur cette promesse : « Et Il essuiera toute larme de leurs yeux ; et la mort ne sera plus ; et il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni peine, car les premières choses sont passées » (Apocalypse 21:4). Ce n'est pas une consolation vague mais un événement daté par la résurrection du Christ, qui en est le premier acte. La foi chrétienne n'enseigne donc pas que la douleur est acceptable ; elle enseigne qu'elle est temporaire, et que le geste final de Dieu envers vous sera un geste de tendresse.
Pour conclure
Si vous ne retenez qu'une chose : la Bible pèse la souffrance, elle ne la nie pas et elle ne l'explique pas toujours. Job réclame une balance pour son chagrin, et Dieu ne lui répond pas par un chiffre mais par Sa présence. Paul reprend la balance et y dépose, en face de nos tribulations, « un poids éternel de gloire ». Entre les deux, il y a une croix, où le Fils de Dieu a pris sur Lui le poids que personne d'autre ne pouvait soulever. Voilà pourquoi un chrétien peut à la fois déchirer sa robe et se prosterner, pleurer et bénir, sans être incohérent.
Pour aller plus loin, prenez le temps de lire lentement Romains 8 en entier, puis Job 1 à 3 et Job 38 à 42, en observant ce que Dieu répond et ce qu'Il ne répond pas. Notez ensuite, sur une feuille, ce que vous posez actuellement sur chaque plateau de votre balance. Et si le couloir d'hôpital est votre réalité cette semaine, contentez-vous d'une phrase, répétée aussi souvent que nécessaire : Seigneur, Tu es près de ceux qui ont le cœur brisé.
