Qui était Sara, femme d'Abraham, dans la Bible ?
Introduction
Elle a quatre-vingt-neuf ans. Son corps ne porte plus aucune promesse ; depuis des décennies, chaque mois lui répète la même sentence. Derrière la toile d'une tente, dans la chaleur de midi, elle entend un visiteur annoncer qu'elle sera mère l'an prochain. Et elle rit. Pas d'un rire joyeux : d'un rire sec, celui d'une femme qui a cessé d'espérer parce qu'espérer coûtait trop cher.
Cette femme s'appelle Sara. Elle est la première femme de l'histoire biblique à recevoir un nom nouveau de la bouche même de Dieu. Elle est aussi la seule dont le Nouveau Testament dise que son sein était « mort » (Romains 4:19), et pourtant elle figure dans la galerie des héros de la foi.
Vous découvrirez ici l'itinéraire complet de Sara, ses forces et ses fautes, et pourquoi son ventre stérile est l'un des lieux les plus évangéliques de tout l'Ancien Testament.
L'angle de ce guide
Beaucoup de portraits de Sara s'arrêtent à la morale : « soyez patients, Dieu tient ses promesses ». Ce guide prend un autre chemin. Nous lirons toute sa vie depuis un seul point : son corps stérile. Paul appelle cela « l'état de mort du sein de Sara ». Autrement dit, la première fois que Dieu fait sortir la vie d'un lieu de mort dans l'histoire du salut, ce n'est pas devant un tombeau au jardin, c'est dans le ventre d'une vieille femme. Sara n'est pas d'abord un modèle de vertu ; elle est le théâtre d'une résurrection avant la résurrection. Tout le reste de sa vie, y compris ses échecs, s'éclaire à partir de là.
Que dit la Bible au sujet de Sara, femme d'Abraham ?
Sara entre dans le récit biblique par une phrase qui ressemble à une porte fermée. Au moment où la généalogie de Sem se resserre sur la famille de Térakh, le texte s'arrête pour nous présenter deux épouses, puis lâche une information qui va commander les vingt-cinq chapitres suivants : « Et Abram et Nakhor prirent des femmes : le nom de la femme d'Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nakhor, Milca, fille de Haran, père de Milca et père de Jisca. Et Saraï était stérile, elle n'avait pas d'enfants. Et Térakh prit Abram son fils, et Lot, fils de Haran, fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d'Abram son fils ; et ils sortirent ensemble d'Ur des Chaldéens pour aller au pays de Canaan ; et ils vinrent jusqu'à Charan, et habitèrent là » (Genèse 11:29-31).
Lisez bien l'ordre des choses. D'abord la stérilité, ensuite le départ. Avant même que Dieu ne prononce la promesse d'une descendance innombrable, le narrateur nous a prévenus : cette famille est un cul-de-sac biologique. Quand Dieu appellera Abram au chapitre suivant en lui promettant une grande nation, nous saurons déjà que l'obstacle n'est pas la distance, ni les Cananéens, ni Pharaon. L'obstacle est dans le corps de Sara. Dieu choisit délibérément l'impasse comme point de départ.
Son nom d'origine, Saraï, et son nom nouveau, Sara, tournent tous deux autour de l'idée de « princesse ». Mais c'est Dieu lui-même qui opère le changement, et Il y attache une promesse qu'Abraham n'avait jamais entendue de façon aussi directe : « Et Dieu dit à Abraham : Quant à Saraï, ta femme, tu n'appelleras plus son nom Saraï ; mais Sara sera son nom. Et Je la bénirai, et même Je te donnerai d'elle un fils ; et Je la bénirai, et elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d'elle » (Genèse 17:15-16).
Trois fois la bénédiction, et surtout ce « d'elle ». Pendant des années, Abraham avait pu rêver d'une solution de contournement : un serviteur héritier, puis Ismaël, le fils d'Agar. Dieu ferme toutes les portes de secours. L'héritier viendra d'elle, de ce ventre précis, de cette femme nommée, pas d'une autre. Sara n'est pas un accessoire dans l'alliance ; elle en est la bénéficiaire nommée.
La suite est l'un des dialogues les plus humains de la Bible : « Et il dit : Je reviendrai certainement vers toi quand son terme sera là, et voici, Sara, ta femme, aura un fils. Et Sara écoutait à l'entrée de la tente, qui était derrière lui. Or Abraham et Sara étaient vieux, avancés en âge ; Sara avait cessé d'avoir ce qu'ont les femmes. Et Sara rit en elle-même, disant : Étant vieille, aurai-je du plaisir ?... et mon seigneur est vieux ! Et l'Éternel dit à Abraham : Pourquoi Sara a-t-elle ri, disant : Est-ce que vraiment j'aurai un enfant, moi qui suis vieille ? Y a-t-il quelque chose qui soit trop difficile pour l'Éternel ? Au temps fixé Je reviendrai vers toi, quand son terme sera là, et Sara aura un fils » (Genèse 18:10-14).
Notez que Dieu ne discute pas de biologie. Il pose une seule question, et c'est la question centrale de toute la Bible : y a-t-il quelque chose qui soit trop difficile pour l'Éternel ? Sara, prise en flagrant délit, aura encore le réflexe de nier (Genèse 18:15). Dieu ne la foudroie pas. Il la corrige avec douceur et maintient sa promesse intacte.
Puis vient l'accomplissement, raconté avec une sobriété qui laisse place à l'émerveillement : « Et l'Éternel visita Sara comme Il avait dit, et l'Éternel fit à Sara comme Il en avait parlé. Et Sara conçut, et enfanta à Abraham un fils dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé » (Genèse 21:1-2). Le fils reçoit le nom d'Isaac, « il rit ». Le rire d'incrédulité devient le nom de l'enfant de la promesse. Et Sara reprend le mot à son compte : « Dieu m'a donné lieu de rire ; quiconque l'entendra rira avec moi » (Genèse 21:6).
Enfin, la Bible ne cache pas la fin : « Et la vie de Sara fut de cent vingt-sept ans : ce sont là les années de la vie de Sara. Et Sara mourut à Kiriath-Arba, qui est Hébron, dans le pays de Canaan ; et Abraham vint pour mener deuil sur Sara, et pour la pleurer » (Genèse 23:1-2). Elle est la seule femme de la Bible dont l'âge est explicitement donné. Le texte refuse de la faire disparaître dans l'ombre de son mari.
Le fil conducteur de la Bible
De Genèse 11 à Genèse 23, Sara occupe douze chapitres. Mais son influence déborde largement la Genèse, et toujours autour du même thème : Dieu fait naître la vie là où il n'y a plus rien à attendre.
Ésaïe s'en empare au moment le plus sombre de l'histoire d'Israël. Le peuple est en exil, réduit, humilié, convaincu d'être arrivé au bout de son histoire. Et le prophète lui dit : « Regardez à Abraham, votre père, et à Sara, qui vous a enfantés ; car Je l'ai appelé seul, et Je l'ai béni, et Je l'ai multiplié » (Ésaïe 51:2). C'est un argument de consolation extraordinaire. Vous vous croyez trop peu nombreux ? Souvenez-vous que vous êtes nés d'un couple sans enfant. Votre point de départ était zéro. Le Dieu qui a tiré une nation d'un ventre mort peut tirer un retour d'exil d'un reste épuisé. Israël, en somme, n'a jamais eu d'autre existence que celle d'un miracle prolongé.
Le Nouveau Testament reprend exactement cette logique. Paul, en Romains 4, construit sa démonstration de la justification par la foi autour du corps d'Abraham et de Sara : la promesse a été reçue quand il n'y avait plus aucun moyen humain de la réaliser, « ni à l'état de mort du sein de Sara » (Romains 4:19). Et quel est le Dieu auquel Abraham a cru ? Celui « qui fait vivre les morts et appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient » (Romains 4:17). Voilà le pont. La foi de Sara et la foi chrétienne ont exactement le même objet : un Dieu qui ressuscite. Isaac sortant d'un ventre stérile et Jésus sortant du tombeau relèvent de la même puissance.
L'épître aux Hébreux la nomme en toutes lettres parmi les témoins de la foi : « Par la foi, Sara elle-même aussi reçut la force de fonder une postérité, et cela, étant hors d'âge, puisqu'elle estima fidèle Celui qui avait promis » (Hébreux 11:11). Le verbe est décisif : elle « estima fidèle ». Sa foi n'a pas consisté à se sentir forte, mais à juger Dieu digne de confiance. Et l'expression « Sara elle-même aussi » sonne comme un clin d'œil : oui, même elle, même celle qui avait ri derrière la tente.
Paul va encore plus loin en Galates 4, où il fait de Sara, la femme libre, la figure de la Jérusalem d'en haut, mère des croyants, tandis qu'Agar, la servante, représente l'alliance de l'esclavage. Sa conclusion nous concerne directement : « Or vous, frères, comme Isaac, vous êtes enfants de promesse » (Galates 4:28). Tout chrétien naît donc à la manière d'Isaac : non par l'effort de la chair, non par un arrangement humain, mais par une parole de Dieu qui produit ce qu'elle annonce. Pierre, de son côté, présente Sara comme une mère spirituelle pour les femmes croyantes (1 Pierre 3:6). Et la généalogie du Messie passe par Isaac. Sans le ventre de Sara, pas de Jacob, pas de Juda, pas de David, pas de Bethléhem.
Le cœur de sa vie
Trois moments concentrent tout son parcours, et chacun touche à son corps.
Le premier est le plus long et le moins glorieux : l'attente, et ce qu'elle en a fait. Dix ans après l'entrée en Canaan, le silence de Dieu devient insupportable. Sara prend l'initiative : « Et Saraï dit à Abram : Tu vois que l'Éternel m'a empêchée d'avoir des enfants ; va, je te prie, vers ma servante ; peut-être me bâtirai-je une maison par elle » (Genèse 16:2). Il faut entendre l'amertume dans sa théologie : c'est l'Éternel qui m'a fermée. Elle croit assez en la souveraineté de Dieu pour l'accuser, pas assez pour l'attendre. La solution qu'elle invente est légale selon les coutumes de l'époque, et désastreuse selon le cœur de Dieu. Elle produit une rivalité, un mépris réciproque, puis une violence : Sara maltraite Agar au point que celle-ci s'enfuit au désert. L'Écriture ne la défend pas. Une femme blessée peut devenir une femme qui blesse. Plus tard, après la naissance d'Isaac, elle exigera encore le renvoi d'Agar et d'Ismaël (Genèse 21:10), et le texte précise que « cela fut très mauvais aux yeux d'Abraham » même si Dieu en reprendra le fil pour sa propre promesse. Il faut aussi rappeler qu'avant cela, deux fois, elle avait été livrée par son mari comme « sa sœur », en Égypte puis à Guérar, et qu'elle s'était tue. Sa vulnérabilité a été exploitée avant que son impatience ne fasse des victimes.
Le deuxième moment est son nom. À quatre-vingt-neuf ans, alors que le dossier est définitivement clos sur le plan humain, Dieu intervient et change son identité : Saraï devient Sara, et la promesse est reformulée autour d'elle (Genèse 17:15-16). Aucune autre femme de la Bible ne reçoit un nom directement de Dieu de cette manière. C'est une déclaration : ce qui définit Sara ne sera plus sa stérilité, mais la bénédiction de Dieu. Dieu renomme avant de transformer.
Le troisième moment est la naissance. « Et l'Éternel visita Sara comme Il avait dit » (Genèse 21:1). Le verbe « visiter » signale une intervention personnelle. Dieu ne se contente pas d'avoir parlé neuf mois plus tôt ; Il vient. Et la vieille femme qui riait d'amertume rit de joie : « Et elle dit : Qui eût dit à Abraham : Sara allaitera des fils ? Car je lui ai enfanté un fils dans sa vieillesse » (Genèse 21:7). Elle, qui avait voulu « se bâtir une maison » par Agar, reçoit la maison qu'elle n'a pas pu construire. La grâce n'a pas corrigé son plan ; elle l'a remplacé.
Ce que nous apprenons de Sara
D'abord, que Dieu ne se sert pas de notre matériel disponible. La logique humaine demande : qu'est-ce que je peux encore offrir à Dieu ? La logique de Sara répond : rien, et c'est précisément pour cela que ce qui arrive ne peut venir que de Lui. Dieu aurait pu appeler un couple jeune et fertile ; Il choisit un corps hors d'âge pour que personne ne puisse confondre la promesse avec une réussite familiale. Si vous cherchez à être utile à Dieu en lui présentant vos capacités, l'histoire de Sara vous déplace : Il travaille avec ce qui est mort, parce qu'Il est le Dieu qui fait vivre les morts.
Ensuite, que la foi n'est pas l'absence de doute mais le retour au Dieu fidèle. Hébreux 11:11 ne dit pas que Sara n'a jamais vacillé ; nous savons qu'elle a ri, puis menti. Le texte dit qu'elle « estima fidèle Celui qui avait promis ». Sa foi s'est construite à contretemps, après le rire, pas avant. Cela devrait soulager tous ceux qui pensent être disqualifiés parce qu'ils ont douté une fois de trop. Dieu ne demande pas un cœur sans question ; Il demande un cœur qui finit par se reposer sur sa parole. Et quand Il inscrit Sara au registre des croyants, Il ne mentionne même pas son rire. La grâce a une mémoire sélective.
Enfin, que l'impatience fabrique des douleurs durables. Agar, Ismaël, les tensions dans la tente : rien de tout cela n'a annulé la promesse, mais tout cela a fait souffrir des personnes réelles. Nos raccourcis spirituels ont presque toujours un coût humain, et souvent ce sont les plus faibles qui le paient. Sara nous apprend à surveiller ce que notre attente non réglée fait à ceux qui vivent sous notre toit. Attendre Dieu n'est pas de la passivité ; c'est refuser de faire porter à d'autres le poids de notre frustration.
Le miroir
Vous connaissez peut-être très bien l'endroit de votre vie qui ressemble au ventre de Sara. Ce n'est pas forcément un désir d'enfant, même si pour certains d'entre vous c'est exactement cela, et ce texte vous est difficile à lire. Pour d'autres, c'est un mariage où plus rien ne pousse. Un travail dans lequel vous avez cessé de rêver. Une santé qui ne reviendra pas comme avant. Un frère, une fille, qui a tourné le dos à la foi depuis assez longtemps pour que vous ayez arrêté d'en parler à Dieu. Une solitude qui dure depuis tant d'années qu'elle est devenue une pièce meublée de votre maison.
Et vous avez peut-être, vous aussi, appris à rire derrière la tente. Ce petit rire poli que l'on a quand quelqu'un prie pour notre situation : on remercie, on ne croit plus. C'est moins douloureux que d'espérer encore.
Dieu ne vous reproche pas d'avoir mal. Mais Il vous pose, aujourd'hui, la même question qu'à Sara : y a-t-il quelque chose qui soit trop difficile pour l'Éternel ? Remarquez qu'Il ne promet pas d'accomplir tous vos désirs selon votre calendrier. Sara a attendu vingt-cinq ans après la première promesse. Elle est morte avant de voir une seule des nations annoncées. Ce que Dieu garantit, c'est que votre stérilité n'est pas le dernier mot, parce qu'elle est entre les mains de Celui qui a vidé un tombeau.
Alors soyez honnête. Qu'avez-vous fabriqué, comme Sara, pour échapper à l'attente ? Quelle Agar avez-vous utilisée : le surmenage, une relation bancale, une dépense, un mensonge d'arrangement ? Apportez-le à Dieu avant de lui demander un miracle. Il sait très bien rire avec ceux qui reviennent.
Expliqué aux enfants
Pour un enfant, l'histoire de Sara se raconte en trois images simples. La première : une dame très gentille qui n'avait pas d'enfants et qui en voulait un depuis toujours. La deuxième : Dieu qui vient lui dire « tu auras un bébé », alors qu'elle est devenue une mamie, et elle qui rit parce que cela semble impossible. La troisième : le bébé qui arrive quand même, et qu'on appelle Isaac, ce qui veut dire « il rit ». On peut terminer en disant que Dieu est capable de faire des choses que personne ne peut faire, et qu'Il tient toujours ses promesses, même quand elles mettent longtemps à arriver.
Avec les enfants plus grands, on peut aborder honnêtement le fait que Sara s'est trompée et a été dure avec Agar, et que Dieu a continué à l'aimer malgré cela. C'est souvent plus utile qu'un portrait de sainte parfaite : les enfants savent déjà qu'ils ne sont pas parfaits, et ils ont besoin de savoir que Dieu travaille avec des gens comme eux.
Des explications adaptées à chaque âge sont disponibles : une version toute simple pour les tout-petits de 3 à 6 ans, un récit plus complet avec les questions difficiles pour les 7 à 12 ans, et une approche plus réfléchie pour les adolescents de 12 ans et plus, qui peuvent déjà discuter du rire de Sara, de l'attente et de la fidélité de Dieu.
Questions fréquentes
Qui était Sara dans la Bible ?
Sara était l'épouse d'Abraham, la mère d'Isaac et donc l'une des matriarches du peuple d'Israël. Originaire d'Ur des Chaldéens, elle s'appelait d'abord Saraï et quitta son pays avec son mari, son beau-père Térakh et son neveu Lot (Genèse 11:29-31). Elle fut stérile pendant la plus grande partie de sa vie et donna naissance à Isaac à quatre-vingt-dix ans, selon la promesse de Dieu. Elle mourut à cent vingt-sept ans à Hébron, en terre de Canaan, et fut enterrée dans la grotte de Macpéla, que son mari acheta pour elle.
Pourquoi Dieu a-t-il changé le nom de Saraï en Sara ?
Le changement a lieu en Genèse 17:15-16, au moment où Dieu établit le signe de l'alliance et renomme aussi Abram en Abraham. Les deux noms évoquent l'idée de « princesse », mais le nouveau nom est lié à une promesse explicite : « elle deviendra des nations ; des rois de peuples sortiront d'elle ». Autrement dit, Dieu détache l'identité de Sara de sa stérilité pour l'attacher à sa bénédiction. Elle est la seule femme de la Bible à recevoir ainsi un nom nouveau directement de Dieu, ce qui souligne qu'elle n'est pas une figure secondaire mais une porteuse de l'alliance.
Quel âge avait Sara quand elle a eu Isaac ?
Elle avait quatre-vingt-dix ans, et Abraham cent ans, comme le précise le récit de la naissance : « Et Abraham était âgé de cent ans lorsque Isaac, son fils, lui naquit » (Genèse 21:5). Genèse 17:17 confirme l'âge de Sara. Le texte insiste sur ces chiffres parce qu'ils rendent l'événement humainement impossible. Elle avait déjà « cessé d'avoir ce qu'ont les femmes » (Genèse 18:11). Paul reprendra cet argument pour montrer que la promesse repose entièrement sur la puissance de Dieu et non sur une capacité humaine résiduelle.
Pourquoi Sara a-t-elle ri en entendant la promesse de Dieu ?
Parce qu'elle avait attendu environ vingt-cinq ans depuis le premier appel d'Abraham et que son corps avait depuis longtemps dépassé l'âge d'enfanter. Son rire, décrit en Genèse 18:10-14, est un rire intérieur d'incrédulité résignée : « Étant vieille, aurai-je du plaisir ?... et mon seigneur est vieux ! » Ce n'est pas de la moquerie, c'est de la lassitude. Dieu ne la condamne pas ; Il pose simplement la question qui remet tout à sa place : « Y a-t-il quelque chose qui soit trop difficile pour l'Éternel ? » Plus tard, ce même rire deviendra joie dans le nom d'Isaac.
Sara était-elle vraiment la sœur d'Abraham ?
Oui, en partie. Abraham l'explique lui-même au roi Abimélec : « Et aussi, à la vérité, elle est ma sœur, fille de mon père ; seulement elle n'est pas fille de ma mère, et elle est devenue ma femme » (Genèse 20:12). Elle était donc sa demi-sœur, une situation courante dans le monde ancien et interdite plus tard par la loi de Moïse. Mais présenter cette demi-vérité pour se protéger était une tromperie : Abraham cachait leur mariage afin qu'on ne le tue pas pour prendre sa femme. Le procédé mit Sara en danger à deux reprises, en Égypte et à Guérar, et Dieu dut intervenir pour la protéger.
Pourquoi Sara a-t-elle donné sa servante Agar à Abraham ?
Parce qu'après une dizaine d'années en Canaan sans enfant, elle a conclu que Dieu ne lui donnerait pas de descendance et a cherché une solution conforme aux usages de son époque : une servante pouvait porter un enfant au nom de sa maîtresse. Sa phrase révèle son découragement : « Tu vois que l'Éternel m'a empêchée d'avoir des enfants » (Genèse 16:2). Le projet était humainement raisonnable et spirituellement désastreux. Il engendra mépris, jalousie et souffrance, et Paul l'utilisera plus tard comme image d'une religion fondée sur l'effort humain plutôt que sur la promesse (Galates 4).
Sara a-t-elle péché en maltraitant Agar ?
Oui, et la Bible ne le dissimule pas. Après la conception d'Ismaël, Sara humilie Agar au point de la pousser à fuir au désert (Genèse 16:6), et plus tard elle exige son renvoi définitif avec son fils (Genèse 21:10). Dieu prend soin d'Agar, l'appelle par son nom et lui fait une promesse à elle aussi, ce qui montre qu'Il n'approuve pas la dureté de Sara. Reconnaître cela n'annule pas sa foi ; cela rappelle que les patriarches et les matriarches de la Bible sont des pécheurs sauvés par grâce, pas des modèles irréprochables.
Que signifie Hébreux 11:11 au sujet de la foi de Sara ?
Le verset dit : « Par la foi, Sara elle-même aussi reçut la force de fonder une postérité, et cela, étant hors d'âge, puisqu'elle estima fidèle Celui qui avait promis » (Hébreux 11:11). L'accent ne porte pas sur une foi héroïque et sans faille, mais sur un jugement : elle a tenu Dieu pour digne de confiance. Le « elle-même aussi » souligne le caractère étonnant de son inclusion, après le rire et le mensonge de Genèse 18. C'est un verset profondément consolant : Dieu retient la foi finale de Sara, pas ses hésitations, et Il fait de même avec nous.
Où Sara est-elle morte et où est-elle enterrée ?
« Et Sara mourut à Kiriath-Arba, qui est Hébron, dans le pays de Canaan ; et Abraham vint pour mener deuil sur Sara, et pour la pleurer » (Genèse 23:1-2). Elle avait cent vingt-sept ans. Abraham acheta alors à Éphron le Héthien la grotte de Macpéla avec le champ qui l'entourait, pour en faire une sépulture. Ce détail est capital : cette tombe fut la première parcelle de la terre promise que la famille d'Abraham posséda légalement. La mort de Sara a donc donné au peuple de Dieu son premier ancrage concret dans le pays annoncé.
Que veut dire Galates 4 quand il parle de Sara et d'Agar ?
Paul y développe une comparaison : Agar, la servante, représente l'alliance du Sinaï et une religion qui produit des esclaves, tandis que Sara, la femme libre, représente la Jérusalem d'en haut, « notre mère ». Ismaël est né d'une initiative humaine ; Isaac est né d'une promesse divine. Paul en tire une conclusion pour tous les croyants : « Or vous, frères, comme Isaac, vous êtes enfants de promesse » (Galates 4:28). Il ne s'agit donc pas de dévaloriser Agar comme personne, mais de montrer que le salut ne se gagne pas par nos arrangements, il se reçoit.
Pourquoi Ésaïe 51:2 demande-t-il de regarder à Sara ?
Parce qu'Israël, en exil, se croyait trop faible et trop réduit pour avoir encore un avenir. Le prophète répond : « Regardez à Abraham, votre père, et à Sara, qui vous a enfantés ; car Je l'ai appelé seul, et Je l'ai béni, et Je l'ai multiplié » (Ésaïe 51:2). L'argument est que la nation entière est issue d'un couple sans enfant. Si Dieu a su produire un peuple à partir de rien, Il peut le restaurer à partir de peu. C'est l'un des rares textes prophétiques où Sara est nommée, et il la présente comme la preuve vivante que Dieu crée à partir du vide.
Sara apparaît-elle dans le Nouveau Testament ?
Oui, quatre fois au moins. Paul évoque « l'état de mort du sein de Sara » pour illustrer la foi d'Abraham (Romains 4:19), cite la promesse « Sara aura un fils » (Romains 9:9), fait d'elle la figure de la liberté en Galates 4, et l'auteur des Hébreux la place parmi les témoins de la foi (Hébreux 11:11). Pierre, enfin, la propose comme exemple aux femmes croyantes : « comme Sara obéissait à Abraham, l'appelant seigneur, de laquelle vous êtes devenues les enfants » (1 Pierre 3:6). Son influence dépasse donc largement le livre de la Genèse.
Combien de temps Sara a-t-elle attendu l'enfant promis ?
Abraham avait soixante-quinze ans lors de son départ de Charan et cent ans à la naissance d'Isaac : vingt-cinq ans séparent donc la première promesse de son accomplissement. Mais pour Sara, l'attente était bien plus longue, puisqu'elle était déjà décrite comme stérile avant même ce départ (Genèse 11:30). On parle d'une vie entière d'espoir déçu, suivie de vingt-cinq ans d'attente explicitement liée à une parole de Dieu. Ce calendrier explique à la fois son impatience du chapitre 16 et son rire du chapitre 18, et rend sa joie finale d'autant plus éclatante.
Pour conclure
Si vous ne deviez retenir qu'une chose de la vie de Sara, que ce soit celle-ci : le salut du monde a commencé dans un corps qui ne pouvait plus rien produire. Avant la mer Rouge, avant le tombeau d'Éphraïm, avant le matin de Pâques, Dieu a fait sortir la vie d'un lieu de mort, et ce lieu portait un nom et un visage de femme. Sara n'a pas mérité cela, elle ne l'a pas organisé, elle n'y a même pas cru tout de suite. Elle a simplement fini par estimer fidèle Celui qui avait promis, et cela a suffi.
Pour aller plus loin, relisez d'un trait Genèse 12 à Genèse 23 en notant chaque fois que Sara parle ou se tait ; vous verrez une femme bien plus complexe que l'image pieuse qu'on en fait parfois. Lisez ensuite Romains 4 et Galates 4, et demandez-vous honnêtement quelles « Agar » vous avez mobilisées pour échapper à l'attente de Dieu.
Et quand l'impossible de votre vie vous arrachera un rire fatigué, souvenez-vous que Dieu a déjà répondu à cette question-là, derrière une tente, il y a très longtemps.
