L'évangile de Luc : résumé et enseignements
Introduction
Quelque part dans l'Empire romain, un homme instruit tient un rouleau entre ses mains. Il s'appelle Théophile. Il a déjà entendu parler de Jésus, on lui a enseigné des choses, mais il reste en lui une question qui ne le lâche pas : est-ce que tout cela est vrai ? Est-ce que je peux poser le poids de ma vie sur ce récit ? Alors un homme, médecin de métier, compagnon de voyage de Paul, prend la plume. Il a interrogé des témoins, comparé des versions, recoupé des dates, écouté des femmes qui se souvenaient de choses que personne d'autre ne racontait. Et il écrit, pour une seule personne d'abord, le plus long des quatre évangiles.
Sur cette page, vous découvrirez qui a écrit l'évangile de Luc et quand, comment ce livre est construit, quels en sont les grands thèmes, comment sept versets en résument le cœur, et comment le lire vous-même en quatre semaines.
L'angle de ce guide
Beaucoup de présentations de Luc alignent les faits : un médecin, un évangile social, de belles paraboles. Ici, nous suivons une seule piste, celle que Luc annonce lui-même : il écrit pour donner de la certitude à quelqu'un qui doute. Et la certitude qu'il offre n'est pas un dossier de preuves à lire assis ; c'est une route à parcourir. De la crèche à Jérusalem, de Jérusalem à Emmaüs, Jésus marche, et Il marche toujours dans la direction de ceux qu'on croyait hors d'atteinte. Luc est l'évangile de la route : on y devient sûr de Christ en marchant derrière Lui.
Que dit la Bible au sujet de l'évangile de Luc ?
Luc est le seul évangéliste à nous expliquer sa méthode. Les quatre premiers versets de son livre forment une préface soignée, dans le style des historiens grecs de son époque, et le verset central est celui-ci : « il m'a semblé bon à moi aussi, ayant suivi exactement toutes choses depuis le commencement, de te les écrire par ordre, très-excellent Théophile » (Luc 1:3). Trois mots portent tout le reste : exactement, depuis le commencement, par ordre. Luc n'invente pas, il enquête. Il ne bricole pas, il ordonne. Et il précise son but au verset suivant : « afin que tu connaisses la certitude des choses dans lesquelles tu as été instruit » (Luc 1:4). La foi chrétienne n'a jamais eu peur des questions ; elle naît d'un récit que l'on peut vérifier.
Qui est cet auteur ? Le livre ne le nomme pas, mais la tradition ancienne, unanime dès le deuxième siècle, désigne Luc, compagnon de Paul. Le Nouveau Testament le mentionne trois fois. Paul écrit aux Colossiens : « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue, et Démas » (Colossiens 4:14). Il le cite parmi ses compagnons d'œuvre dans Philémon 24. Et dans sa dernière lettre, seul, abandonné, attendant l'exécution, il laisse tomber cette phrase bouleversante : « Luc seul est avec moi » (2 Timothée 4:11). L'homme qui a écrit le plus bel évangile de la compassion était de ceux qui restent quand les autres partent.
Luc n'a pas connu Jésus de son vivant, et il ne le cache pas : il dépend de ceux « qui, dès le commencement, ont été les témoins oculaires et les ministres de la parole » (Luc 1:2). Cela fait de lui le premier historien de la foi, et son second volume le prouve. Les Actes des Apôtres commencent ainsi : « J'ai composé le premier traité, ô Théophile, sur toutes les choses que Jésus commença de faire et d'enseigner » (Actes 1:1). Luc et Actes sont un même ouvrage en deux tomes : tome un, ce que Jésus a fait dans Son corps ; tome deux, ce qu'Il continue de faire par Son Esprit dans Son Église. Ensemble, ces deux livres représentent plus d'un quart du Nouveau Testament.
Quant à la date, les avis diffèrent honnêtement. Les Actes s'arrêtent sur Paul prisonnier à Rome, sans mentionner sa mort, ni la persécution de Néron, ni la destruction du temple en 70. Beaucoup en concluent que Luc a achevé son enquête autour des années 60 à 62, peut-être pendant que Paul était retenu à Césarée puis à Rome, période idéale pour interroger des témoins en Judée. D'autres proposent les années 75 à 85. Dans tous les cas, nous sommes à une distance très courte des événements, du vivant de gens qui pouvaient contredire le récit.
Et à qui s'adresse-t-il ? Théophile signifie « ami de Dieu », et le titre « très-excellent » suggère un homme de rang. Mais derrière lui se profile un public plus large : des lecteurs de culture grecque, non juifs, qui ont besoin qu'on leur explique les coutumes juives, qu'on situe les événements dans l'histoire de l'Empire, qu'on leur montre que ce Sauveur né dans un village de Judée est le Sauveur du monde entier. C'est pourquoi le premier mot de l'annonce aux bergers dépasse d'emblée Israël : « car aujourd'hui, dans la cité de David, vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur » (Luc 2:11). Un Sauveur, un Christ, un Seigneur : trois titres en une phrase, adressés à des ouvriers de nuit qui sentaient le mouton.
Le fil conducteur de la Bible
Luc écrit pour des lecteurs qui ne connaissent pas l'Ancien Testament, et pourtant aucun évangile n'est plus enraciné dans l'attente d'Israël. Les deux premiers chapitres sonnent comme les dernières pages des prophètes : un prêtre au temple, un ange, une femme stérile, des cantiques qui reprennent les mots d'Anne dans 1 Samuel 2 et les promesses faites à Abraham et à David. Marie chante que Dieu renverse les puissants et élève les humbles ; Zacharie bénit le Dieu qui se souvient de Son alliance. Puis, dans le temple, le vieux Siméon prend l'enfant et prononce ce que tout l'Ancien Testament espérait : « car mes yeux ont vu ton salut, lequel tu as préparé devant la face de tous les peuples : une lumière pour la révélation des nations, et la gloire de ton peuple Israël » (Luc 2:30-32).
Luc indique la même chose par sa généalogie. Matthieu remonte jusqu'à Abraham, car il écrit pour des Juifs. Luc, lui, remonte au-delà : de Joseph à David, de David à Abraham, d'Abraham à Noé, et de Noé jusqu'à Adam, fils de Dieu. Jésus n'est pas seulement l'héritier d'un peuple, Il est le second Adam, le représentant de l'humanité entière. C'est déjà le programme de la Genèse : par une femme viendra Celui qui écrasera la tête du serpent (Genèse 3:15). Et aussitôt après cette généalogie, Luc place la tentation au désert, où le second Adam tient bon là où le premier a cédé.
Le fil se resserre dans la synagogue de Nazareth. Jésus déroule Ésaïe et lit : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres ; il m'a envoyé pour publier aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue ; pour renvoyer libres ceux qui sont foulés » (Luc 4:18). Puis Il ajoute cette phrase qui fait basculer les siècles : « Aujourd'hui cette écriture est accomplie à vos oreilles » (Luc 4:21). Le texte d'Ésaïe évoque l'année du jubilé de Lévitique 25, cette année où les dettes s'effaçaient et où chacun retrouvait son héritage. Jésus annonce que le jubilé, ce n'est plus une loi, c'est une Personne.
Et le fil se noue sur une route de campagne, le soir de la résurrection. Deux disciples déçus rentrent chez eux. Un inconnu les rejoint, et voici ce qu'Il fait : « Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les écritures, les choses qui le regardent » (Luc 24:27). Voilà la clé de lecture de toute la Bible, donnée par son Auteur en personne. L'Ancien Testament n'est pas un préambule encombrant ; c'est un portrait dont Jésus est le modèle. Toute l'Écriture converge vers un seul visage.
Structure et thèmes principaux
Luc compte vingt-quatre chapitres, et sa charpente est géographique avant d'être thématique. Le livre est une marche, et l'on peut le lire comme un itinéraire en cinq étapes.
La première étape (chapitres 1 et 2) est l'évangile de l'enfance, unique dans le Nouveau Testament par son ampleur : Zacharie et Élisabeth, l'annonce à Marie, la visitation, la naissance de Jean, la crèche, les bergers, Siméon et Anne, puis Jésus à douze ans au temple. Ces deux chapitres contiennent quatre cantiques que l'Église chante depuis deux mille ans. La deuxième étape (3:1 à 4:13) est la préparation : Jean-Baptiste, le baptême de Jésus, la généalogie, la tentation. La troisième (4:14 à 9:50) est le ministère en Galilée : Nazareth, Capernaüm, l'appel des disciples, les paraboles, les guérisons, la confession de Pierre et la transfiguration.
Puis survient le pivot du livre entier, en 9:51 : « il dressa sa face résolument pour aller à Jérusalem ». À partir de là s'ouvre la longue quatrième étape, dix chapitres qu'on appelle le récit du voyage (9:51 à 19:27), et qui constitue la signature de Luc. Presque rien de cette section ne se trouve ailleurs. C'est ici que Jésus raconte le bon Samaritain, le riche insensé, le grand souper, la brebis perdue, la drachme perdue, le fils prodigue, l'intendant infidèle, l'homme riche et Lazare, le pharisien et le publicain. Luc rappelle sans cesse que Jésus est « en chemin », qu'Il traverse des villages, qu'Il mange chez les uns et les autres. Dans cet évangile, l'enseignement se donne en marchant et à table. La cinquième étape (19:28 à 24:53) est Jérusalem : l'entrée royale, le temple, la dernière Pâque, Gethsémané, le procès, la croix, le tombeau vide, Emmaüs, l'ascension.
Cette structure de route porte des thèmes reconnaissables. D'abord, la joie : Luc commence et finit par la louange, et le mot « se réjouir » revient sans cesse. Ensuite, la prière : Jésus prie à Son baptême, avant de choisir les douze, à la transfiguration, pour Pierre, à Gethsémané, et sur la croix. Puis le Saint Esprit, présent de Luc 1:35 jusqu'à la promesse finale, préparant le second tome. Ensuite l'argent, traité avec une franchise dérangeante : Luc est l'évangile des bourses vidées et des tables ouvertes. Ensuite les femmes, nommées, écoutées, financièrement engagées (Luc 8:1-3), envoyées les premières au tombeau. Et enfin les exclus : le lépreux samaritain, le publicain, la femme de mauvaise réputation, le centurion romain, le brigand crucifié. Les pharisiens résument la chose sans le vouloir : « Celui-ci reçoit des pécheurs, et mange avec eux » (Luc 15:2). Luc reprend l'accusation et en fait son titre de gloire.
Un dernier trait mérite l'attention : le mot « aujourd'hui ». « Aujourd'hui, dans la cité de David, vous est né un sauveur » ; « Aujourd'hui cette écriture est accomplie » ; à Zachée, « aujourd'hui il faut que je demeure dans ta maison » ; au brigand, « Aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis ». La route de Jésus ne passe jamais demain. Elle passe maintenant, devant votre porte.
Versets clés de ce livre
Trois versets tiennent l'évangile de Luc comme trois piquets tiennent une tente.
Le premier est Luc 19:10 : « car le fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » Jésus le dit dans la maison de Zachée, un collecteur d'impôts riche et méprisé, monté dans un arbre pour voir sans être vu. Notez l'ordre des verbes : chercher, puis sauver. Beaucoup de religions attendent que l'homme cherche. Ici, c'est Dieu qui monte la rue, s'arrête sous l'arbre et appelle par le nom. Et notez l'objet : non pas « ceux qui se sentaient perdus », mais « ce qui était perdu ». Zachée n'a pas fait le premier pas ; le premier pas a été fait vers lui. C'est le résumé le plus court du livre entier, et c'est aussi le résumé de la route : Jésus va toujours dans la direction de la brebis absente.
Le deuxième est Luc 15:20 : « Et se levant, il vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit et fut touché de compassion, et, courant à lui, se jeta à son cou et le couvrit de baisers. » C'est le sommet de la plus célèbre parabole du monde. Le fils a préparé un discours, un contrat de réparation : traite-moi comme un ouvrier. Il n'aura pas le temps de le finir. Le père le voit « comme il était encore loin », ce qui signifie qu'il regardait l'horizon depuis longtemps. Puis il court, ce qu'un patriarche oriental ne faisait jamais, car courir supposait de relever sa tunique et de perdre sa dignité. Dieu accepte de perdre Sa dignité pour arriver plus vite au cou d'un enfant sale. La grâce, chez Luc, n'est jamais une procédure ; c'est une course.
Le troisième est Luc 23:34 : « Et Jésus disait : Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Ce sont les premières paroles de Jésus en croix rapportées par Luc, et elles sont une prière pour Ses bourreaux, prononcée pendant qu'on Lui enfonçait des clous. Tout ce que l'évangile annonçait depuis Nazareth se réalise là : la délivrance des captifs coûte la captivité du Libérateur. Et le pardon offert n'est pas une faiblesse sentimentale : il sera payé intégralement avant la fin de l'après-midi. Quelques versets plus loin, un brigand se tourne vers Lui et reçoit le paradis pour la journée même. La croix de Luc est un tribunal où l'accusé acquitte les juges.
Guide de lecture pratique en quatre semaines
Luc se lit très bien en un mois, à raison d'un chapitre par jour, six jours par semaine, avec le septième pour relire ce qui vous a marqué.
La première semaine, lisez les chapitres 1 à 6, et notez chaque fois que quelqu'un chante, se réjouit ou bénit Dieu. Demandez-vous ce que ces cantiques savent de Dieu que vous avez peut-être oublié. Arrêtez-vous longuement sur Luc 4:18 : quel captif, quel aveugle, quel écrasé êtes-vous aujourd'hui ?
La deuxième semaine, lisez les chapitres 7 à 12, et suivez une seule question : comment Jésus traite-t-Il les gens que la religion tient à distance ? Comparez la femme du chapitre 7 et le pharisien qui L'a invité. Lisez Marthe et Marie en pensant à votre agenda.
La troisième semaine, lisez les chapitres 13 à 19, le cœur du récit de la route. Lisez le chapitre 15 en une seule traite, comme les trois mouvements d'une même musique, puis relisez Luc 15:20 à voix haute. Terminez la semaine avec Zachée et Luc 19:10.
La quatrième semaine, lisez les chapitres 20 à 24 lentement. Prenez un jour entier pour Luc 23:34 et un jour entier pour Emmaüs. Avec Luc 24:27 en main, ouvrez ensuite Ésaïe 53 et Psaumes 22, et voyez ce que les deux disciples ont entendu ce soir-là. Puis enchaînez avec les Actes des Apôtres : le tome deux commence là où votre lecture s'arrête.
Le miroir
Vous avez peut-être commencé cette page en cherchant des informations, et je voudrais vous prévenir : cet évangile ne vous laissera pas en position de lecteur. Luc a écrit pour un homme qui voulait de la certitude, et la certitude qu'il lui a donnée avait des pieds. Si vous attendez d'être sûr avant de suivre, vous attendrez toute votre vie. Chez Luc, on devient sûr en marchant.
Alors regardez votre semaine. Votre argent d'abord, parce que Luc y revient sans cesse et que c'est probablement l'endroit où ce livre vous grattera le plus. Le riche insensé du chapitre 12 n'était pas un escroc ; c'était un bon gestionnaire qui avait simplement oublié qu'il allait mourir. Votre table ensuite : qui mange chez vous ? Jésus s'est fait une réputation en acceptant les mauvaises invitations. Votre emploi du temps : Marthe n'était pas paresseuse, elle était débordée, et c'est précisément pour cela qu'elle a raté la seule chose nécessaire. Votre corps fatigué, votre solitude du dimanche soir, votre dossier médical : le médecin qui a écrit ce livre a soigné des gens, il sait que le salut n'est pas une idée mais une guérison.
Et puis il y a le point le plus dur. Peut-être que vous vous tenez loin, comme le publicain du chapitre 18, incapable de lever les yeux. Peut-être que vous avez un discours prêt, comme le fils cadet, une liste de ce que vous ferez pour compenser. Laissez tomber le discours. Dans cet évangile, c'est le Père qui court. Vous n'avez pas à Lui prouver que vous méritez la route ; vous avez à Le laisser vous rejoindre sur celle que vous êtes déjà en train de prendre, même si c'est la mauvaise, même si vous marchez, comme les deux d'Emmaüs, dans la direction opposée à Jérusalem.
Expliqué aux enfants
Avec un enfant, l'évangile de Luc est un cadeau, parce qu'il raconte des histoires avec des personnages, des animaux, des repas et des voyages. On peut commencer très simplement : Luc était un médecin, un monsieur qui soignait les gens, et il a voulu écrire une longue lettre à son ami pour lui raconter tout ce que Jésus avait fait, dans le bon ordre, comme quand on raconte une journée du matin au soir. Il a posé beaucoup de questions à des gens qui avaient vu Jésus de leurs propres yeux, pour être bien sûr de ne rien inventer.
Ensuite, on peut expliquer le cœur du livre en une phrase d'enfant : Jésus est venu chercher ceux qui étaient perdus, comme un berger qui part dans la montagne pour une seule brebis, ou comme un papa qui court sur la route quand il voit revenir son garçon. Les trois histoires du chapitre 15 sont faites pour être racontées à voix haute, et la crèche du chapitre 2 se comprend même à trois ans : Dieu est venu tout petit, et les premiers invités ont été des bergers qui travaillaient de nuit.
Selon l'âge, les besoins changent : les tout-petits de 3 à 6 ans ont besoin d'images et de répétition, les enfants de 7 à 12 ans veulent savoir si c'est vraiment arrivé et où c'était sur la carte, et les adolescents de 12 ans et plus posent des questions sur la souffrance, l'argent et la justice, toutes questions que Luc aborde de front. Des explications adaptées à chacune de ces tranches d'âge sont disponibles, et elles vous éviteront d'avoir à tout reformuler seul.
Questions fréquentes
Qui a écrit l'évangile de Luc ?
Le livre lui-même ne donne pas de nom, mais toute la tradition chrétienne ancienne, dès le deuxième siècle, l'attribue à Luc, médecin et compagnon de voyage de l'apôtre Paul. Paul le mentionne dans Colossiens 4:14 comme « le médecin bien-aimé », dans Philémon 24 parmi ses compagnons d'œuvre, et dans 2 Timothée 4:11 avec ces mots : « Luc seul est avec moi ». Plusieurs passages des Actes des Apôtres sont écrits à la première personne du pluriel, ce qui indique que l'auteur accompagnait personnellement Paul durant ces voyages. Luc est selon toute vraisemblance le seul auteur non juif du Nouveau Testament.
Quand l'évangile de Luc a-t-il été écrit ?
Les estimations sérieuses vont des années 60 aux années 85. L'argument le plus fort en faveur d'une date précoce est que les Actes des Apôtres, le second tome du même auteur, s'achèvent sur Paul vivant en résidence surveillée à Rome, sans mentionner ni sa mort, ni la persécution de Néron en 64, ni la destruction du temple en 70. Beaucoup situent donc la rédaction vers 60 à 62, peut-être pendant la détention de Paul en Judée, moment idéal pour interroger des témoins oculaires. Dans tous les cas, le texte est proche des événements qu'il rapporte.
Qui était Théophile ?
Théophile est le destinataire nommé de l'évangile (Luc 1:3) et des Actes (Actes 1:1). Son nom signifie « ami de Dieu », et le titre « très-excellent » suggère un homme de rang social élevé, peut-être un fonctionnaire. Il avait déjà reçu un enseignement chrétien, puisque Luc écrit « afin que tu connaisses la certitude des choses dans lesquelles tu as été instruit » (Luc 1:4). Il s'agissait donc d'un croyant, ou d'un sympathisant, qui avait besoin d'un récit ordonné et vérifié pour consolider ce qu'il avait entendu oralement.
Quelle est la différence entre l'évangile de Luc et les autres évangiles ?
Matthieu écrit pour des lecteurs juifs et présente Jésus comme le Roi promis ; Marc écrit un récit rapide et centré sur l'action ; Jean écrit une méditation sur la divinité du Fils. Luc, lui, écrit en historien pour un public de culture grecque : il datre les événements par rapport à l'Empire, explique les usages juifs, remonte la généalogie jusqu'à Adam et souligne sans cesse l'accueil des étrangers, des pauvres, des femmes et des pécheurs. C'est aussi le plus long des quatre, et le seul qui possède une suite, les Actes des Apôtres.
Pourquoi dit-on que Luc est l'évangile des pauvres et des exclus ?
Parce que le programme annoncé par Jésus à Nazareth est explicite : « il m'a oint pour annoncer de bonnes nouvelles aux pauvres » (Luc 4:18), et que tout le livre le met en pratique. Les premiers informés de la naissance sont des bergers ; les héros des paraboles sont un Samaritain, un mendiant nommé Lazare et un collecteur d'impôts ; les avertissements les plus sévères visent les riches satisfaits. Luc ne romantise pas la pauvreté, mais il montre que le royaume de Dieu entre par les portes que la société tient fermées.
Combien de chapitres compte l'évangile de Luc ?
L'évangile de Luc compte vingt-quatre chapitres, ce qui en fait le plus long des quatre évangiles et, en nombre de mots grecs, le livre le plus volumineux du Nouveau Testament. Sa structure suit un itinéraire : l'enfance dans les chapitres 1 et 2, la préparation et la Galilée jusqu'au chapitre 9, puis la longue montée vers Jérusalem de 9:51 à 19:27, et enfin la semaine de la passion, la résurrection et l'ascension dans les chapitres 19 à 24. Avec un chapitre par jour, on le lit en un mois.
Quelles paraboles ne se trouvent que dans l'évangile de Luc ?
Plusieurs des plus connues sont exclusives à Luc : le bon Samaritain, le riche insensé, le figuier stérile, la drachme perdue, le fils prodigue, l'intendant infidèle, l'homme riche et Lazare, le juge inique et la veuve, le pharisien et le publicain. Elles se concentrent presque toutes dans le récit du voyage vers Jérusalem, entre les chapitres 10 et 19. Luc nous a également transmis, seul, les récits de Zachée, des dix lépreux, de la veuve de Naïn, de Marthe et Marie, du brigand repentant et de la route d'Emmaüs.
Luc a-t-il connu Jésus personnellement ?
Non, et il le dit ouvertement : il s'appuie sur ceux « qui, dès le commencement, ont été les témoins oculaires et les ministres de la parole » (Luc 1:2). Cette honnêteté est précieuse, car elle nous montre comment il a travaillé : par enquête, recoupement et mise en ordre. Certains détails des chapitres 1 et 2, en particulier les pensées intérieures de Marie, laissent penser qu'il a recueilli des souvenirs de première main auprès d'elle ou de son entourage, ce qui expliquerait la place inhabituelle donnée aux femmes dans son récit.
Pourquoi Luc parle-t-il autant de la prière et du Saint Esprit ?
Parce qu'il écrit le premier volume d'une histoire en deux temps. Dans son évangile, Jésus prie à chaque tournant décisif : à Son baptême, avant de choisir les douze, à la transfiguration, à Gethsémané, sur la croix. Et l'Esprit agit dès Luc 1:35, remplit Élisabeth, Zacharie et Siméon, conduit Jésus au désert et L'oint pour Sa mission. Ce double accent prépare les Actes, où l'Église priante reçoit le même Esprit et continue l'œuvre commencée. Chez Luc, prier n'est pas une performance spirituelle, c'est la respiration du Fils.
Que veut dire Luc 19:10 exactement ?
Jésus prononce cette phrase chez Zachée, après un scandale public : le Maître s'est invité chez l'homme le plus détesté de Jéricho. « Car le fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19:10) donne la raison de toute Sa venue. Deux choses frappent : l'initiative est entièrement de Son côté, puisqu'Il cherche avant de sauver, et l'objet de Sa recherche est désigné comme déjà perdu, non comme simplement égaré. Ce verset est le résumé le plus concis de l'évangile de Luc.
Luc et les Actes des Apôtres forment-ils un seul livre ?
Ce sont deux volumes d'une même œuvre, écrits par le même auteur et adressés au même destinataire. Actes 1:1 renvoie explicitement au « premier traité » consacré à « toutes les choses que Jésus commença de faire et d'enseigner ». Le mot « commença » est décisif : l'évangile raconte le début, les Actes racontent la suite par l'Esprit dans l'Église. L'évangile s'achève à Jérusalem avec la promesse de l'Esprit, et les Actes partent de Jérusalem jusqu'à Rome. Lire les deux d'affilée change la compréhension de l'un comme de l'autre.
Que signifie « évangile synoptique », et Luc en fait-il partie ?
Oui. On appelle synoptiques Matthieu, Marc et Luc, parce qu'on peut les placer côte à côte et les regarder d'un seul coup d'œil : ils partagent une grande partie de leur matériau et un plan comparable, à la différence de Jean. Luc a manifestement connu d'autres récits, il le dit au premier verset, et il a ajouté une masse d'informations que lui seul possède. Les ressemblances témoignent d'une tradition commune fiable ; les différences reflètent la perspective, le public et l'enquête propres à chaque auteur.
Pourquoi Jésus dit-Il « Père, pardonne-leur » sur la croix ?
Parce que Luc veut que nous voyions jusqu'où va la mission annoncée à Nazareth. « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font » (Luc 23:34) est une prière d'intercession pour les soldats et pour tous ceux qui ont organisé Sa mise à mort. Ce n'est pas une excuse qui minimiserait la faute, puisque le pardon demandé sera payé par la mort même de Celui qui prie. C'est la preuve que l'amour dont parle cet évangile ne s'arrête pas quand il coûte, et le brigand crucifié à côté en profite immédiatement.
Pour conclure
Luc a pris la plume pour un homme qui avait besoin d'être sûr, et il ne lui a pas envoyé un argumentaire : il lui a envoyé une route. Une route qui commence dans une étable de Bethléhem avec un Sauveur annoncé à des bergers, qui passe par une synagogue de Nazareth où un jubilé prend chair, qui monte résolument vers Jérusalem en s'arrêtant chez les mauvaises personnes, qui traverse une croix où le Condamné prie pour Ses bourreaux, et qui se termine au crépuscule sur le chemin d'Emmaüs, quand deux cœurs découvrent que toutes les Écritures parlaient de Lui. La certitude, dans cet évangile, ne précède pas la marche ; elle naît en marchant.
C'est pourquoi la meilleure suite à donner à cette page n'est pas d'en lire une autre, mais d'ouvrir Luc 1 ce soir et de tenir quatre semaines. Lisez lentement, notez les « aujourd'hui », laissez-vous déranger par les questions d'argent et de table, et demandez au Seigneur ce que les deux d'Emmaüs ont fini par demander : reste avec nous. Puis enchaînez avec les Actes des Apôtres, et vous comprendrez que l'histoire n'est pas terminée, parce que Celui qui cherchait ce qui était perdu cherche encore.
